Richard Vadeboncoeur, biologiste et directeur du développement des affaires chez GDG Environnement.

Le virus Zika menacerait les enfants à naître

Les voyages dans le sud sont populaires, en hiver, notamment au Mexique.
<p>Jacques Boisvert, microbiologiste et professeur retraité de l'UQTR, est un spécialiste des insectes piqueurs reconnu au Canada.</p>
Toutefois, si vous êtes une femme enceinte, pensez-y à deux fois avant de vous rendre dans certains pays, préviennent Jacques Boisvert, professeur retraité de microbiologie de l'Université du Québec à Trois-Rivières et spécialiste des insectes piqueurs et Richard Vadeboncoeur, biologiste et directeur du développement des affaires chez GDG Environnement, une firme spécialisée dans le contrôle des insectes piqueurs.
C'est que le virus Zika, transmissible par des moustiques du genre Aedes frappe présentement une cinquantaine de pays, tout particulièrement le Brésil, mais aussi l'Amérique du Sud, l'Afrique, le Pacifique, l'Amérique Centrale et le Mexique.
Les symptômes de ce virus sont en général banals: un peu de fièvre, quelques douleurs articulaires ou musculaires ainsi que des maux de têtes et des rougeurs.
Dans quelques cas, les autorités sanitaires ont rapporté le développement du syndrome de Guillain-Barré consécutivement à l'infection.
L'aspect le plus terrifiant du virus concernerait toutefois l'enfant à naître.
Le CDC (Center for Disease Control and Prevention), le plus important institut de santé publique des États-Unis, a récemment émis une alerte à l'intention des femmes enceintes qui doivent se rendre dans un des pays où circule ce virus, leur demandant de remettre leur voyage après leur grossesse à titre préventif. L'avis a aussi été lancé par l'Agence de la santé publique du Canada.
Selon le CDC, certains éléments laissent croire que les bébés dont la mère a été infectée par le virus Zika pourraient naître avec une microcéphalie, c'est-à-dire un cerveau beaucoup plus petit qu'un enfant normal.
Le CDC ajoute que le virus ne se transmet toutefois pas par l'allaitement.
Au Brésil, le pays présentement le plus affecté par le Zika, «on parle de 4000 cas de microcéphalie dans les derniers mois alors qu'il y en avait peut-être 50 par année avant», indique Richard Vadeboncoeur.
Cette condition est très grave pour l'enfant à naître puisque ce dernier pourrait présenter des problèmes d'apprentissage, des retards, de la difficulté à avaler, une perte de l'ouïe ou des problèmes de vision, indique le CDC sur son site web.
Le microbiologiste Jacques Boisvert a été alarmé en lisant récemment, dans le Journal of General Virology, un article des scientifiques européens Derek Gatherer et Alain Kohl disant que le virus avait atteint, en novembre dernier, le Mexique, une des destinations hivernales favorites des Québécois.
Le Dr Gilles Delage, vice-président aux affaires médicales en microbiologie d'Héma-Québec précise que pour l'instant, seulement trois cas ont été répertoriés au Mexique. Mais le Dr Kohl indique, sur le site web de l'Université de Glasgow, que «dans un court laps de temps, ce virus est passé d'un côté du globe à l'autre et infecte des dizaines de milliers de personnes. C'est le genre de situation qui inquiète les virologues», dit-il.
Le virus Zika «a été découvert dans les années 40, à peu près en même temps que le virus du Nil occidental. C'est de la même famille, d'ailleurs», indique Jacques Boisvert. «Et c'est transmis par les mêmes moustiques.»
Pour une raison que les scientifiques ne s'expliquent pas encore, le Zika fait actuellement une percée rapide dans les Amériques.
Jacques Boisvert se fait toutefois rassurant. Les moustiques vecteurs du Zika ne sont pas présents au Québec.
Le Zika, précise Richard Vadeboncoeur, est de la même famille que la fièvre dengue et le chikungunya. «Il a été documenté pour la première fois en Ouganda. Ça ressemble drôlement à l'historique du virus du Nil», dit-il. «Il y a eu des cas, au fil des ans, mais ça n'a jamais été majeur.»
Toutefois, il y a quatre ou cinq ans, en Polynésie, «ils ont commencé à documenter des épidémies du virus Zika», raconte M. Vadeboncoeur. «Ils sont en train de s'apercevoir que le virus peut aussi être associé au syndrome de Guillain-Barré et à des microcéphalies», explique-t-il.
Les deux moustiques vecteurs du virus sont Aedes albopictus et Aedes aegypti.
Même s'ils ne sont pas présents au Québec, l'Aedes albopictus, lui, se trouve en Europe, notamment en France, dit-il.
Notons que pour l'instant, selon le CDC, le Zika n'est pas présent en Europe.
«Au Brésil, ça a pris très peu de temps, puisque le vecteur est déjà là, le virus s'est répandu de façon très rapide», indique M. Vadeboncoeur.
«Des Brésiliens malades qui s'en vont en France sont des réservoirs», fait-il valoir. «Il suffit que des albopictus en France piquent les gens infectés qui arrivent du Brésil, par exemple et donnent le virus à d'autres. C'est comme ça que le virus voyage de continent en continent», explique-t-il.
Le CDC rappelle qu'il n'y a pas de vaccin contre le Zika et demande aux voyageurs de se prémunir contre les piqûres de moustiques.
Distribution du virus Zika
AFRIQUE
Angola
Burkina Faso
Cameroun
Cap-Vert
République centrafricaine
Côte d'Ivoire
Égypte*
Éthiopie*
Gabon
Gambie*
Kenya
Nigeria
Sénégal
Sierra Leone*
Somalie*
Tanzanie*
Ouganda
Zambie*
AMÉRIQUES
Barbade
Bolivie
Brésil
Colombie
Équateur
El Salvador
Guinée française
Guadeloupe
Guatemala
Guyane
Haïti
Honduras
Martinique
Mexique
Panama
Paraguay
Porto Rico
Saint Martin
Suriname
Vénézuela
OCÉANIE / ÎLES DU PACIFIQUE
Îles Cook
L'Île de Pâques
Les États fédérés de Micronésie
Nouvelle-Calédonie
Samoa
Îles Salomon
Vanuatu
ASIE
Cambodge
Inde*
Indonésie
Malaisie
Pakistan*
Philippines
Thaïlande
Vietnam*
*(Pour les pays marqués d'un astérisque, la seule preuve de transmission du virus Zika provient de tests qui ont détecté des anticorps de ce virus chez des sujets sains. Ces tests ne déterminent pas où ces personnes ont été infectées.)