Nathalie Perron

Le manque de personnel cause davantage d'incidents

Trois-Rivières — Le manque de personnel est la raison du nombre grandissant d’incidents et d’accidents à survenir dans le réseau de la santé, soutiennent Nathalie Perron et Pascal Bastarache.

Le discours de ces deux présidents syndicaux est diamétralement à l’opposé de celui de Martin D’Amours, cadre du CIUSSS régional. Selon Mme Perron, les établissements de santé dans la région fonctionnent avec un personnel insuffisant.

«Ça prend du personnel suffisant pour donner des soins de qualité. Statistiquement, on vit une période critique dans le réseau. Sur un quart de travail, il peut manquer trois préposés aux bénéficiaires. Il manque des infirmières auxiliaires. La commis n’est pas là. Des gens entrent travailler en temps supplémentaire. Donc, on se redistribue les patients. La charge est augmentée, ce qui augmente le risque d’erreur. Les camionneurs ont un nombre d’heures restreint pour conduire, il y a des ratios sécuritaires dans les garderies. Mais dans le réseau de la santé, ce n’est pas grave qu’une infirmière ait à s’occuper de 160 patients. La réforme dans le domaine de la santé a amené de grandes restrictions budgétaires», martèle la présidente du Syndicat des professionnels en soins (FTQ) de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Invité lui aussi à réagir aux données du dernier rapport annuel sur les incidents et les accidents à survenir dans le réseau de la santé, Pascal Bastarache rappelle que les 11 121 chutes répertoriées en CHSLD dans la région sont la preuve d’une pénurie de main-d’oeuvre.

«Malheureusement, je ne suis pas surpris. Ça rejoint ce qu’on dénonce depuis un certain temps. On a un grand manque de personnel dans les CHSLD, dont des préposés aux bénéficiaires. Si une journée, il y a deux préposés au lieu de six, et qu’une personne qui souffre de l’Alzheimer essaie de se lever même si sa condition ne le permet pas, ça arrive», ajoute le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers (CSN) en Mauricie et au Centre-du-Québec.

Pascal Bastarache

Le CIUSSS affirme que la hausse du nombre d’incidents et d’accidents s’explique par un meilleur taux de déclaration de la part du personnel et non par une montée du nombre d’événements. Cette position est rejetée du revers de la main par Nathalie Perron.

«La charge de travail de tout le monde est augmentée, on va plus vite. Il y a plus d’erreurs commises dans le réseau de la santé. Il y a des chuteurs chroniques dans les CHSLD. Ils ont une note à leur dossier, un plan d’intervention. Et on n’a pas à déclarer chaque chute! Je suis infirmière depuis plus de 20 ans et je n’avais jamais vu ce qui se passe dans le réseau.»

Selon M. Bastarache, le taux d’absentéisme des préposés aux bénéficiaires a atteint 23,27 % en 2016-2017. Les dirigeants du réseau de la santé doivent prendre des mesures pour régler la question des travailleurs de plus en plus nombreux à être «à bout» et pour investir dans des programmes de formation. «La direction dit que tout va bien, mais le personnel appelle à l’aide. Le gouvernement libéral se vante d’énormes surplus budgétaires. Le ministre Barrette doit débloquer des fonds pour trouver des solutions. C’est une question de volonté.»

Pas de surprise à la FADOQ
Manon De Montigny trouve difficile de qualifier à chaud les conclusions du rapport annuel. La nouvelle directrice générale de la FADOQ-Mauricie n’est toutefois pas tombée en bas de sa chaise en constatant que les personnes âgées sont très souvent impliquées dans des accidents en milieu de santé.

«Ça ne me surprend pas. Quand les gens arrivent dans le réseau de la santé, ils sont de plus en plus malades à cause des soins à domicile qui sont offerts plus longtemps. Quand ils arrivent en réseau, ils arrivent en fin de vie. Et on a une population qui est plus vieille dans la région», raconte cette ancienne gestionnaire du domaine des résidences pour personnes âgées.

Manon De Montigny

Mme De Montigny a été à même de constater l’ampleur du travail effectué par le personnel de la santé. Elle laisse le soin au CIUSSS et aux différents syndicats de débattre sur la question de la présence suffisante de personnel. Mais elle voit d’un bon oeil que les employés déclarent de tels événements.

«Comme gestionnaire, plus j’avais de déclarations, plus j’étais à l’aise. Quand on déplore un événement, c’est dans l’esprit d’améliorer les choses et pas de taper sur les doigts du personnel.»