Atteinte de la maladie de Lyme, la Trifluvienne Catherine Laurin a dû se rendre aux États-Unis pour se faire soigner.

La maladie de Lyme fait des ravages

Une manifestation se déroulera le 3 juin prochain, de 13 h à 16 h, devant le parlement de Québec. Les participants seront des personnes atteintes de la maladie de Lyme et leurs proches.
Ces personnes veulent faire connaître cette terrible infection qui se développe après une simple morsure de tique. Elles veulent surtout faire comprendre au ministre de la Santé et aux médecins qu'il faut intervenir rapidement, après une telle morsure, pour éviter que la maladie devienne chronique, fasse des ravages neurologiques irréversibles ou cause la mort.
Une des manifestantes sera Catherine Laurin, une étudiante, violoniste et chanteuse de 22 ans de Trois-Rivières.
Il y a un an, la jeune femme avait remarqué la présence d'une étrange marque circulaire rosée sur son flanc gauche. Cette histoire fut suivie d'un épisode de ce qui ressemblait à un rhume qui n'en finissait plus.
Peu de temps après, dit-elle, «je ne sentais plus le côté gauche de ma figure». Des engourdissements comme celui-là se mettent à se manifester de façon aléatoire un peu partout dans son corps. Des douleurs aux muscles et des problèmes de concentration commencent à faire leur apparition.
Catherine Laurin subit alors toute une panoplie de tests pour s'assurer que les symptômes n'appartiennent pas à d'autres maladies, comme la sclérose en plaques ou le lupus, par exemple. Ce ne sera finalement rien de tout cela.
La neurologue qui la reçoit soupçonne la maladie de Lyme. La jeune femme est alors référée du côté des spécialistes en maladies infectieuses.
«J'ai alors allumé sur la marque rosée qui était apparue sur moi», dit-elle.
À l'hôpital, on lui fait passer les deux tests de dépistage habituels pour la maladie de Lyme, le ELISA (Enzyme-Linked Immuno-Sorbant Assay) et le buvard de western (western blot).
Son test est positif dans le premier cas, mais négatif dans le second. Elle refera ces deux mêmes tests un mois plus tard lesquels donneront les mêmes résultats.
«Entre-temps, ils ne voulaient pas me prescrire d'antibiotiques», raconte-t-elle même si des symptômes comme l'arythmie, des palpitations, de la confusion et des spasmes s'étaient ajoutés au portrait symptomatique. Le buvard de western donnant des résultats négatifs, «les infectiologues ne voulaient pas me traiter».
Le Dr François Milord de l'Institut national de santé publique indique que «quand on fait un test de laboratoire, souvent, le résultat n'est pas noir ou blanc». Les experts ont donc à déterminer «à quel niveau c'est positif», explique-t-il. Certains laboratoires américains «fixent un seuil plus bas», indique-t-il en précisant «qu'aucun test de laboratoire n'est parfait» et qu'on «peut avoir des résultats faussement positifs ou faussement négatifs».
L'Association québécoise de la maladie de Lyme explique qu'il existe encore une controverse dans le diagnostic et le traitement de cette pathologie. «La compréhension scientifique de cette maladie est en pleine expansion et plusieurs questions fondamentales restent sans réponse», peut-on lire sur le site web de l'organisation.
Comme beaucoup de Québécois aux prises avec cette maladie, Catherine Laurin a refusé de continuer à voir son état se détériorer et elle s'est tournée vers les États-Unis pour espérer se faire soigner adéquatement.
Elle a trouvé à la fois une oreille attentive et de l'expertise auprès de la Dre Maureen McShane, à Plattsburgh, dans l'État de New York. Elle y a aussi trouvé du soulagement puisqu'elle a pu se faire prescrire une antibiothérapie au long cours. «C'est là que ça a commencé à mieux aller», dit-elle.
«Il faut des patients parfaits pour se faire traiter pour la Lyme, au Québec. Il aurait fallu que mon western bot soit positif et positif plusieurs fois», analyse-t-elle.
Malheureusement, les antibiotiques qui lui sont prescrits par la Dre McShane ne sont pas payés par la Régie de l'assurance maladie du Québec «et ça coûte très cher», dit-elle.
Craignant toutefois les effets d'une longue antibiothérapie, elle raconte avoir cessé le traitement pendant une semaine, à un certain moment. «Tous mes symptômes ont recommencé à se dégrader», raconte-t-elle.
La jeune femme constate alors qu'elle n'a pas le choix de suivre à la lettre les consignes de son nouveau médecin. «Je suis très bien encadrée». Afin d'éviter les complications d'un aussi long traitement, elle doit suivre une diète spartiate qui ne contient ni levures, ni produits laitiers, ni sucre, ni gluten.
Le Dr Milord, pour sa part, indique que l'efficacité des traitements antibiotiques prolongés pendant plus de deux mois contre la maladie de Lyme n'a pas encore été démontrée par la science et comporte des risques.
«Je ne peux pas me faire traiter de cette façon au Québec parce que la maladie n'est pas reconnue», estime pour sa part Catherine Laurin. «Et c'est ça qu'on demande. On voudrait que la maladie, dans sa phase chronique, soit reconnue», indique cette victime de la maladie de Lyme qui chantera et jouera du violon lors de la manifestation, en juin.