Diane Boisvert a été sauvée par une greffe du foie en 2009.

Greffe du foie: une deuxième chance

Le 21 septembre 2009, le pronostic de survie de Diane Boisvert était évalué à deux ou trois jours. Grâce à un concours de circonstances aussi heureux (pour elle) que tragique (pour le donneur et sa famille), elle a reçu le foie qui lui a permis de non seulement survivre, mais de vivre plus en forme qu'à 40 ans.
C'est en 1996 que des examens ont révélé une anomalie au foie de Mme Boisvert et qu'on lui a diagnostiqué une cirrhose biliaire primitive.
«C'est plus vers 2002 que les symptômes ont commencé. Je faisais quand même mes journées, mais j'étais plus fatiguée, j'avais des courbatures, des crampes aux mains et aux jambes, des petites rougeurs un peu partout. Le pire c'est quand mon taux d'urée est devenu 10 fois plus élevé que la normale. Ça cause des démangeaisons, et tu te grattes continuellement. Tu n'as pas de rougeurs, tout est en dedans. J'avais des nuits d'insomnie», se souvient la Trifluvienne qui travaillait comme décoratrice.
La mère de deux enfants a travaillé jusqu'en décembre 2008 et a été placée sur la liste d'attente de greffes en 2009. «Au mois de septembre, j'avais un rendez-vous avec le médecin à Montréal, et avec les prises de sang il m'a dit: ''Il vous reste à peine deux ou trois jours à vivre. Il faut vous trouver un foie''. J'ai tout de suite été hospitalisée», raconte-t-elle en parlant de cette journée du 21 septembre.
Le 24 septembre en matinée, une personne en fin de vie a été identifiée comme étant compatible avec Mme Boisvert. «Ils devaient m'opérer dans l'après-midi, mais ils se sont aperçus que la personne qui donnait ses organes pouvait sauver cinq personnes. Il fallait coordonner les autres patients», ajoute celle qui a passé la nuit suivante éveillée, avec ses enfants et son mari. 
«Tu t'en vas là-dedans et tu laisses aller ça; de toute façon, tu n'es plus maître de rien. Je voulais passer le plus de temps avec mes enfants et mon mari en me disant: ''Si j'en sors, j'en sors, et si je n'en sors pas, j'aurai passé la nuit avec eux''. J'étais sur l'adrénaline, j'étais contente, j'étais inquiète... Je suis entrée dans la salle d'opération autour de midi et je suis ressortie à 17 h, connectée de partout», explique la dame qui avait 55 ans au moment de sa transplantation.
Après trois mois d'hospitalisation, Mme Boisvert a pu renter à la maison. Si au début elle devait se soumettre à une lourde médication, aujourd'hui, elle ne prend plus qu'un médicament antirejet par jour. L'été suivant sa greffe, elle constatait déjà qu'elle se sentait «beaucoup mieux» qu'à 40 ans, avant d'apprendre qu'elle souffrait d'une maladie du foie. L'état de la greffée est contrôlé par des prélèvements sanguins tous les quatre mois et par un rendez-vous médical de suivi annuel.
Diane Boisvert n'a jamais cherché à savoir qui était son donneur. «Je ne voulais pas voir un visage. Là, c'est un foie, c'est ce qui m'a sauvée, et je n'ai pas de visage associé à ça. Dans ma tête c'est suffisant.»
Qu'aimerait-elle dire à son donneur si c'était possible? Devant cette question, les émotions étreignent la voix de Diane Boisvert, muette pendant plusieurs secondes. «Je lui dirais: ''Merci d'avoir signé''. Sinon, je ne serais plus là», arrive-t-elle à formuler.
Depuis le 25 septembre 2009, la vie de Mme Boisvert a repris son cours. Elle est retournée au travail en 2011 et a pris sa retraite un an et demi plus tard. «Je voulais juste décider moi-même quand j'arrêterais. En décembre 2008, je n'avais pas décidé.»
Mais c'est surtout le bonheur de connaître ses petits-enfants et de les voir grandir qui suscite le plus de reconnaissance chez la greffée. «À cette époque-là, j'avais un petit-fils qui avait trois ans et demi. Je pensais que je ne le verrais jamais partir pour l'école. Je l'ai vu, et là, il s'en va au secondaire! J'en ai un autre qui aura cinq ans en mai, un autre petit qui a eu un an. C'est ça les cadeaux de la vie, de voir nos petits-enfants», apprécie-t-elle.
Évidemment, à l'aube de la 20e Semaine nationale du don d'organes et de tissus, du 23 au 29 avril, Diane Boisvert encourage tout le monde à signer sa carte de dons d'organes, en pensant que oui, peut-être que cette signature pourrait éventuellement sauver des vies, mais en pensant aussi que c'est nous qui pourrions en avoir besoin un jour.