Carol Fillion, président et directeur général du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec.
Carol Fillion, président et directeur général du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec.

Foncer au cœur de la crise

Trois-Rivières — «Je ne peux pas faire abstraction de ma responsabilité et du poids que je portais à ce moment-là. La dernière personne qui a pris l’ensemble des décisions, c’est moi. Je suis imputable, intellectuellement et émotivement, car je porte la santé de 512 000 personnes».

Assis au bout de la table de réunion dans son bureau de la Terrasse Turcotte, le président et directeur général du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec, Carol Fillion, ne se défile devant aucune question.

Le PDG a accepté de raconter le cœur de la crise du coronavirus, alors qu’il continue de planifier l’ensemble des services... en prévision d’une possible deuxième vague.

Le CIUSSS MCQ était en mode veille depuis la fin janvier sur ce qui se passait dans le monde avec le coronavirus. Durant la semaine de relâche, alors qu’il se trouvait en République Dominicaine — les voyages n’étaient alors pas contre-indiqués, précisera-t-il — Carol Fillion a vite compris la portée mondiale de la crise en voyant les mesures sanitaires qui avaient été mises en place dans l’hôtel où il logeait. Rapidement, le rythme des vacances a changé, lui qui n’a plus cessé de consulter ses courriels par la suite.

«J’ai vu que la préoccupation était mondiale, et qu’il fallait vite déployer des actions parce que ça pouvait arriver au Québec n’importe quand», ajoute-t-il.

C’est donc en confinement chez lui que Carol Fillion a vécu le début de la crise, en télétravail forcé après un retour de l’étranger. Il ne tarit d’ailleurs pas d’éloges envers toute l’équipe de direction qui a été présente et disponible durant tout ce temps.

Tout au long de cette crise, Carol Fillion dit avoir été accompagné de deux sentiments très forts: la conviction que l’ensemble de l’équipe réussirait à vaincre le virus, mais également un fort sentiment de tristesse qui ne l’aura plus quitté à partir du moment où la crise a frappé très fort, spécialement dans les CHSLD.

«En CHSLD, on accompagne les gens très près de leur personnalité. On lave ces personnes, on les aide à manger, on les fait rire, on essuie leurs larmes quand elles sont tristes. On fait ça jusqu’au dernier moment de la vie en accompagnant les familles. Et pendant deux ou trois semaines, les gens mouraient. Plusieurs personnes par jour... C’était vraiment une situation d’une grande tristesse», soupire Carol Fillion, rappelant que le deuil vécu par les familles était partagé par le personnel au quotidien.

Le PDG n’hésite plus à le dire aujourd’hui: on ne connaissait rien de ce virus au départ. «Il y a des fois où je n’osais pas le dire. On a essayé des choses, de lire ce qui s’était passé en Italie et en Chine pour ne pas revivre une situation comme celle-là, essayer de faire différemment. Ça nous a pris plusieurs semaines, malheureusement, pour apprendre à travailler dans un environnement où la COVID était très active. Et on continue à apprendre», souligne-t-il.

Carol Fillion rappelle que l’éclosion survenue au CHSLD Laflèche, le premier durement touché, aura eu un taux d’attaque de 78 %. Le dernier CHSLD touché, Saint-Joseph, aura quant à lui connu un taux d’attaque de 40 %. «On a appris. Même si pour chacune de ces personnes, c’est terrible. On a appris non pas à dompter le virus, mais à s’en protéger», croit-il.

Aurait-on pu éviter que les CHSLD soient si durement touchés, notamment en cessant la mobilité du personnel? Difficile de trancher aussi simplement pour Carol Fillion, alors que cette situation l’a placé devant un choix déchirant.

«Toute notre structure de présence au travail était basée sur la mobilité. Vers la fin du mois de mars, on a voulu arrêter la mobilité. Et là j’étais confronté à ce qu’il manque de personnel pour nourrir les gens dans les CHSLD. J’ai choisi de continuer d’accompagner les gens au risque de les contaminer, en accompagnant le plus fidèlement possible le personnel pour l’utilisation adéquate des équipements de protection. Je pense qu’il n’y avait pas de bonne décision possible à ce moment. Pour la deuxième vague, si vous me demandez c’est quoi la bonne décision, je vais être prêt pour éviter la mobilité du personnel», signale celui qui rappelle que 400 nouveaux préposés aux bénéficiaires sont actuellement en formation pour venir s’ajouter au personnel en place.