De gauche à droite: Clayton Peterson, animateur de la table ronde, Me Jean-Pierre Ménard et Vincent Thériault, conférenciers, accompagnés de Christian Bouchard, l’un des organisateurs du FestiPhilo.

Élargissement de l'aide médicale à mourir: la question reste difficile à trancher

TROIS-RIVIÈRES — Pour démarrer sa seconde édition, le FestiPhilo de Trois-Rivières a mis la barre haute avec une table ronde sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir, vendredi. Les citoyens présents ont pu entendre les enjeux autour de cette question soulevés par l’avocat Jean-Pierre Ménard, qui représente notamment Nicole Gladu et Jean Truchon, qui réclament cet élargissement, et Vincent Thériault, qui a participé aux travaux de recherche menés par Gina Bravo, de l’Université de Sherbrooke, sur le sujet. Force est de constater, après une bonne heure de discussions sur ce qu’implique l’élargissement de l’aide médicale à mourir, que la question n’est pas prête d’être tranchée et demeurera toujours extrêmement complexe, autant pour le public que pour ceux qui travaillent dessus quotidiennement.

Selon les deux intervenants, il faudra être particulièrement prudent sur la question du consentement anticipé à l’aide médicale à mourir. La loi actuelle stipule qu’une personne qui demande cette aide doit être apte à prendre une telle décision autant au moment de la prendre qu’au moment de la faire appliquer. Cette disposition empêche donc une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer de se prévaloir de la loi pour la faire appliquer ultérieurement, alors qu’elle risque de ne plus être apte à prendre cette décision, en raison de troubles cognitifs, par exemple.

Le gouvernement Legault aura à décider s’il maintient ou non cette disposition s’il élargit l’aide médicale à mourir. Or, souligne Vincent Thériault, il n’est pas impossible qu’une personne souhaitant mourir change d’avis une fois inapte.

«Ça fait longtemps qu’on sait, que la littérature scientifique démontre que les gens s’adaptent à leur condition, souligne-t-il. C’est ce qu’on appelle en anglais le ‘‘disability paradox’’, le fait qu’on se prononce plus négativement envers un état possible futur, versus l’expérience qu’on vit ultimement. Plusieurs études ont fait ces constatations-là sur des gens qui ont des démences.»

La loi prévoit cependant un délai de 10 jours entre le moment où la demande est acceptée et celui où elle est exécutée, ce qui peut permettre au demandeur de changer d’avis. Or, dans certains cas, ce délai peut avoir pour effet de rendre encore plus souffrante la vie de patients qui craignent d’être jugés inaptes en raison de leur médication.

«Il y a des gens qui se privent de certains soins et de certains médicaments pour pouvoir être en mesure d’obtenir l’application de l’aide médicale à mourir. Ça, c’est inhumain, car ça entraîne encore plus de souffrances pour eux», dénonce-t-il.

Un problème d’accessibilité

Élargissement ou pas, l’accessibilité à l’aide médicale à mourir doit être améliorée, plaide Me Ménard. En 2017-2018, 835 personnes ont reçu l’aide médicale à mourir, contre 431 à qui elle a été refusée. Or, ce nombre de refus est probablement beaucoup plus élevé, selon Me Ménard. «Il y a sûrement beaucoup plus de demandes qui sont refusées et qui ne sont même pas évaluées, car les gens se sont fait dire qu’ils ne répondaient pas aux critères», estime-t-il. L’accessibilité à l’aide médicale à mourir varie également d’une région à l’autre et d’un établissement de santé à l’autre, déplore l’avocat. Les maisons de soins palliatifs du Québec sont également encore peu nombreuses à autoriser le recours à l’aide médicale à mourir entre leurs murs.