Sébastien Rouleau

Crise dans les CHSLD: des solutions qui tardent

La direction du Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux de la Mauricie-et-Centre-du-Québec reconnaît les problèmes de manque de personnel et à la mi-juin, elle dévoilait une stratégie pour faciliter le recrutement de préposés aux bénéficiaires. Elle doute toutefois que les dénonciations publiques rendent le métier attrayant.
Près de 2350 préposés aux bénéficiaires sont engagés par le CIUSSS régional et l'organisation veut en embaucher 150 de plus au cours de la prochaine année. Toutefois, le plan ne règle pas les problèmes à court terme, encore plus criants pendant les vacances estivales. De plus, 150 préposés de plus sur l'ensemble du territoire représentent une goutte d'eau dans un océan, selon des travailleurs interrogés au cours des dernières semaines.
Cette stratégie repose notamment sur la reconnaissance d'acquis et une formation de courte durée à l'interne.
«Nous accueillons bien la nouvelle, mais on dénonce la lenteur», déplore Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers (CSN). 
«Nous prenions pour acquis que ça commencerait à la fin mai. Pour une raison que j'ignore, ça ne prendra effet qu'en septembre. Ça signifie que nous n'aurons aucune solution pour le moment et que ça va perdurer tout l'été. Ça n'a aucun sens.»
En fait, le représentant syndical estime à 400 le manque de préposés aux bénéficiaires dans le réseau régional. Du côté du personnel infirmier, Nathalie Perron, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec - Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et Centre-du-Québec, rappelle que les coupes de 34 millions $ dans le réseau ont entraîné un gel d'embauche, dont les conséquences crèvent les yeux aujourd'hui.
«La pénurie augmente», observe-t-elle. «Il n'y a pas moins de départs à la retraite. Les gens quittent la profession, vont vers le privé ou décrochent complètement. On se retrouve dans un résultat très négatif. La gestion des ressources humaines a été difficile et maintenant, on paye le prix. La charge est très élevée. On se bat pour avoir des ratios adéquats et sécuritaires, mais d'un autre côté, nous nous retrouvons avec plus de patients que ce que nous devrions avoir. C'est à risque pour la qualité des soins, pour la population et pour notre personnel, qui est épuisé.»
Mme Perron rappelle que son syndicat travaille pour augmenter le nombre de postes à temps complet dans les établissements de la région, afin de rendre la profession un peu plus attrayante.
«Actuellement, on voit de la détresse un peu partout, c'est clair», observe-t-elle. «À Trois-Rivières, c'est vraiment pathétique. En 2016, on commençait à voir une dégradation, mais en 2017...»
Sébastien Rouleau, directeur adjoint au programme de soutien à l'autonomie des personnes âgées, hébergement rive nord au CIUSSS Mauricie-et-Centre-du-Québec, rappelle que l'enjeu de l'attraction de personnel qualifié en CHSLD revêt une envergure provinciale.
«Les centres d'enseignement ont de la difficulté à combler des cohortes», constate-t-il. «Nous montons un projet conjoint avec le milieu pour offrir de la formation axée sur la conciliation travail-études et la reconnaissance d'acquis. Les CIUSSS du Québec déploient des plans d'action pour contrer la pénurie.»
«La période estivale n'est jamais facile», ajoute M. Rouleau. «Même si la plage de vacances va de mai à octobre, les mois de juin, juillet et août sont particulièrement souhaités. Ce n'est jamais simple. Nous avons aussi des absences pour maladie à long ou moyen terme. Ça fait partie de la réalité à gérer.»
Même si le CIUSSS partage les préoccupations de certains groupes d'employés, l'organisation estime que dénoncer les conditions de travail sur la place publique ne facilite pas le recrutement de nouvelles ressources.
«Je lève mon chapeau aux préposés aux bénéficiaires», reconnaît M. Rouleau. «Ce sont des gens excessivement dévoués. C'est le message à lancer, ne serait-ce que pour s'assurer de demeurer attractif pour de nouvelles ressources. Si on fait constamment des sorties qui salissent la pratique, je ne suis pas certain qu'on soit gagnant de part et d'autre.»