Lise Matteau, responsable pour la région de Shawinigan du Syndicat du personnel paratechnique des services auxiliaires et des métiers (CSN) en compagnie du président de la même unité, Pascal Bastarache, devant le CHSLD Saint-Maurice.

Crise dans les CHSLD: les employés de Saint-Maurice crient à l'aide

Frustrés, exténués et désabusés, des préposés aux bénéficiaires et des infirmières assignés au Centre d'hébergement de soins de longue durée Saint-Maurice, à Shawinigan, lancent à leur tour un appel à l'aide pour éviter que le coeur de la période estivale se transforme en cauchemar pour leur qualité de vie et le service auquel les usagers doivent normalement s'attendre.
Le concert de doléances est déjà bien entamé sur le territoire du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec, avec les récentes sorties publiques bien senties aux CHSLD Frederick-George-Hériot de Drummondville et Avellin-Dalcourt, à Louiseville. 
Les récriminations du personnel du CHSLD Saint-Maurice, avec qui Le Nouvelliste s'est entretenu au cours des dernières semaines, s'entrecroisent avec celles déjà entendues: surdose de temps supplémentaire obligatoire, manque de bras et organisation du travail insatisfaisante pour des employés de plancher qui ne savent plus trop à quel saint se vouer pour constater une amélioration de leurs conditions de travail. Même les officiers syndicaux sont pris à partie, leurs interventions étant jugées insuffisamment vigoureuses. Bref, un vrai ras-le-bol où tout le monde y passe.
Le Nouvelliste a rencontré huit employés du CHSLD Saint-Maurice, qui ne veulent évidemment pas être identifiés par crainte de représailles. Leur désarroi crève les yeux. Ils sont déchirés entre l'amour de leur métier et ses conditions insoutenables qui leur laissent envisager une réorientation de carrière, une décision déjà prise par plusieurs jeunes collègues éberlués par ce climat peu enviable. 
«Ça n'a jamais été aussi pire», assure une préposée aux bénéficiaires, à propos du temps supplémentaire obligatoire imposé de plus en plus régulièrement pour pallier le manque de ressources. «Il y en a tous les jours! On a une vie, à l'extérieur du travail!»
«Ils sont en train de nous mettre à terre», renchérit une collègue. «On est écoeurés de dire qu'on est écoeurés!», ajoute un autre. «Il y a de la tension dans les équipes, du stress. Dire que notre slogan, c'est Être humain!»
Un préposé aux bénéficiaires se surprend à constater que chaque fois qu'il entre au travail, il devient angoissé à l'idée qu'il devra sans doute prolonger ses heures en raison d'une demande de dernière minute.
«Le CIUSSS, c'est rendu trop gros», résume-t-il. «Ils ont perdu le contrôle.»
Hausses vertigineuses
Difficile de contredire ces perceptions à la lumière de l'évolution du temps supplémentaire obligatoire au cours des dernières années. Entre 2015-2016 et 2016-2017, ce nombre d'heures a explosé sur le territoire du CIUSSS Mauricie-et-Centre-du-Québec. Tous métiers confondus, il est passé de 10 687 à 18 025, une hausse de 69 %!
Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers (CSN), confirme que le CHSLD Saint-Maurice se distingue dans le réseau par la pression imposée au personnel.
«Au moins une fois par jour, quelqu'un est en temps supplémentaire. C'est quotidien», observe-t-il. 
«Le temps supplémentaire obligé, on n'est pas supposé voir ça aussi souvent. Chez les préposés aux bénéficiaires, on ne voyait pratiquement pas ça jusqu'à il y a environ un an. C'était surtout utilisé pour ceux qui font partie d'un ordre, comme les infirmières ou les infirmières auxiliaires. Pour nous, ça devrait être des cas exceptionnels, mais il y a maintenant une utilisation du temps supplémentaire obligatoire qui est nettement exagérée.»
Le personnel infirmier vit avec cette situation depuis déjà plusieurs années. L'an dernier, les deux tiers du temps supplémentaire obligatoire recensé lui était imposé. En 2014-2015, cette proportion atteignait 88 %!
«Nous avons toujours la menace de notre ordre professionnel, de faire une plainte déontologique comme quoi on laisse nos patients sans surveillance adéquate», explique Nathalie Perron, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec - Syndicat des professionnelles en soins de la Mauricie et du Centre-du-Québec.
«Le temps supplémentaire, c'est catastrophique. Au cours de la dernière année, on parle de 23 millions $. C'est beaucoup d'argent investi dans des mesures qui ne sont pas structurantes.»
Pour le personnel de catégorie 1, qui regroupe les infirmières, le temps supplémentaire atteignait 11,8 millions $, précise Mme Perron. 
Au CIUSSS Mauricie-et-Centre-du-Québec, Sébastien Rouleau, directeur adjoint, programme de soutien à l'autonomie des personnes âgées, hébergement rive nord, assure que le temps supplémentaire obligatoire constitue une «mesure extrême», «la mesure la plus malheureuse qu'on se doit de mettre en place». Il précise que les gestionnaires épluchent les listes de rappel pour réduire cet irritant.
«Si on pouvait éliminer le temps supplémentaire obligatoire, on le ferait avec grand plaisir parce qu'on sait que nous avons un personnel dévoué, qui travaille très fort dans des conditions qui ne sont pas toujours évidentes. Devoir travailler seize heures de suite, ce n'est jamais gagnant pour personne.»