La présidente du syndicat, Nathalie Perron.

Cri du cœur des infirmières

Trois-Rivières — «Ce qui se passe en ce moment, c’est du jamais vu!» C’est en ces termes que la présidente du Syndicat des professionnels en soins de santé Mauricie et Centre-du-Québec (FIQ), Nathalie Perron, a décrit la situation actuelle dans les établissements du CIUSSS MCQ, en lien avec le recours au temps supplémentaire obligatoire. Le syndicat souhaite maintenant lancer un cri du cœur afin d’obtenir une intervention immédiate du ministère de la Santé pour tenter de régler la crise.

«C’est devenu insoutenable. On a des filles qui démissionnent, qui tombent au combat, qui choisissent de partir et de changer de domaine ou encore d’aller faire leur baccalauréat. À toutes les semaines, on se retrouve à devoir combler des manques à droite et à gauche. Il y a une gestion déficitaire des effectifs et ce n’est plus juste les fins de semaine, c’est tout le temps», résume Nathalie Perron.

La fin de semaine dernière, par exemple, sur les trois jours des 22, 23 et 24 février, plus de 50 quarts de travail ont été effectués en temps supplémentaire obligatoire dans les différents établissements du CIUSSS MCQ, affirme Nathalie Perron. Seulement au département des soins intensifs, un quart de travail qui compte normalement neuf infirmières aurait débuté avec seulement trois infirmières sur le plancher, note-t-elle. Même scénario dans un CHSLD, où le quart de travail a débuté avec trois personnes au lieu de six.

«C’est une pression qui repose sur nos épaules, mais au bout du compte, ce sont les résidents et les patients qui ne reçoivent pas les soins qu’ils doivent recevoir. Ce qu’on voit en ce moment, ce n’est que la pointe de l’iceberg, c’est inimaginable», constate Mme Perron.

Le syndicat et la direction du CIUSSS MCQ avaient conclu, en janvier dernier, un contrat de travail qui garantissait maintenant des postes à toutes les infirmières qui souhaitaient obtenir un poste. Un pas en avant, reconnaît la présidente, mais qui commencera à faire sentir ses effets à moyen terme. «En attendant, il faut quand même réussir à tenir le coup, et ça va prendre des ressources pour pouvoir y parvenir», croit Mme Perron, qui était jeudi en réunion avec une centaine de professionnelles en soins lors d’une rencontre de déléguées syndicales. Parmi elles, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Nancy Bédard, a apporté son appui aux membres du syndicat.

«Je constate que le TSO est utilisé systématiquement à la grandeur du Québec. Les professionnelles en soins ne peuvent plus travailler de cette façon et la situation a trop duré. La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a fait la promesse d’abolir le TSO. Nous attendons ses propositions et sommes prêtes à discuter avec elle pour régler ce problème majeur de gestion», a-t-elle déclaré.

«Le budget provincial arrive à grands pas. On espère ne pas être oubliées», a ajouté Nathalie Perron.

CIUSSS

Au CIUSSS MCQ, on reconnaît que le recours au temps supplémentaire obligatoire n’a rien de réjouissant pour le personnel et que la pression est extrêmement forte sur les équipes présentement. Cependant, on rappelle que le recours au TSO est une mesure de dernier recours, et que plusieurs autres actions sont posées avant d’en arriver à cette solution.

«On vit une situation difficile actuellement. Mais nous ne sommes malheureusement pas dans une organisation qui peut se permettre d’arrêter de donner des soins. Le recours au TSO n’est pas devenu un mode de gestion, là-dessus nous ne pourrons jamais être en accord avec le syndicat», mentionne Antranik Handoyan, directeur adjoint aux ressources humaines pour le CIUSSS MCQ.

Avant même d’en arriver au TSO, les gestionnaires passeront d’abord par la liste du personnel se mettant disponible pour du temps supplémentaire, puis procéderont à des appels auprès du personnel n’ayant pas offert de disponibilité, une mesure qui peut générer jusqu’à 1800 appels par semaine, fait remarquer M. Handoyan. Une réorganisation des tâches est aussi envisagée en ayant recours à d’autres corps de métier parfois et chaque semaine, les gestionnaires dresseront le portrait de la fin de semaine à venir en vue de sa planification.

Pour M. Handoyan, l’entente conclue avec la FIQ en janvier dernier viendra évidemment enlever de la pression sur les équipes, alors que la direction estime avoir multiplié les efforts non seulement pour valoriser la profession, mais pour mettre en place une offre de postes attractive avec des conditions de travail qu’il qualifie d’avant-gardistes. D’ailleurs, le CIUSSS MCQ note avoir déjà commencé à recevoir des candidatures de l’extérieur, ce qui lui indique être compétitif dans ses offres par rapport aux autres régions.