Une consultation publique aura lieu afin de se pencher sur l’élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir.

Consultation sur l'aide médicale à mourir: nécessaire, mais complexe

Trois-Rivières — Une consultation publique verra le jour au Québec afin de se pencher sur l’élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir. L’annonce faite vendredi matin par la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a été bien accueillie dans la région, même si certains intervenants croient que ce débat risque d’être très ardu et nécessitera de mettre en place des critères dont on mesure encore bien mal le degré de complexité.

C’est le cas de Nicole Poirier, directrice générale de la Maison Carpe Diem, ressource pour personnes vivant avec la maladie d’Alzheimer. Il y a quelques mois, Mme Poirier clamait qu’une telle question ne devait pas se trancher sans qu’on tienne une commission parlementaire sur le sujet, spécialement si, comme dans le cas actuel, on souhaitait y inclure les personnes inaptes à faire le choix de l’aide médicale à mourir, comme les personnes souffrant d’Alzheimer.

«C’est une bonne chose qu’on tienne une consultation publique, et je souhaite qu’elle soit la plus large possible, non pas se limiter à quelques groupes», souligne Mme Poirier, qui entend être au premier rang des intervenants qui demanderont le droit de parole lors de ces audiences.

Pour Mme Poirier, le Québec est définitivement prêt pour ce débat, mais les critères qui devront être établis ne sont pas si simples. «Présentement, la loi dicte que la personne doit être apte jusqu’à la fin. Mais dans une perspective de directives anticipées, il faut des critères objectifs. Pour une personne atteinte d’Alzheimer, le fait par exemple de reconnaître ou non ses proches n’est pas une mesure objective», dicte-t-elle, citant l’avancement de la recherche sur l’activité du cerveau des personnes atteintes d’Alzheimer qui apporte un éclairage différent sur le degré de lucidité de la personne.

En outre, elle ajoute que le poids moral sur les épaules de la tierce personne qui aura à donner l’autorisation dans l’exécution des directives anticipées est énorme et carrément sous-estimé à l’heure actuelle. Elle espère également que le débat ne soit pas faussé par la question des conditions de vies adéquates qu’on offre ou non aux personnes inaptes.

La loi actuelle, par ailleurs, entraîne souvent des situations déchirantes, comme on a pu en voir à quelques reprises à la Maison Aline-Chrétien de Shawinigan, qui rend disponible l’aide médicale à mourir pour une personne qui en ferait la demande et qui remplirait tous les critères.

«Nous avons eu quelques cas où la personne donnait son consentement une première fois. Par contre, dans le délai prescrit par la loi de dix jours, sa condition médicale se détériorait si rapidement qu’elle devenait inapte à consentir jusqu’à la fin. Ça donne des situations déchirantes et tristes pour la personne mais aussi pour sa famille, parce que la personne n’a pas la fin de vie qu’elle aurait souhaité», fait remarquer Yves Arseneault, directeur général de la Maison Aline-Chrétien.

Ce dernier voit donc d’un bon œil l’ouverture d’une consultation publique sur la question, mais espère qu’un éventuel élargissement ne viendra pas augmenter le fardeau administratif des médecins qui acceptent de prodiguer l’aide médicale à mourir. Il craint en effet que l’alourdissement de la procédure décourage certains médecins d’y avoir recours, «ce qui ne viendrait pas régler le problème», fait-il remarquer.

Nicole Poirier, directrice générale de la Maison Carpe Diem de Trois-Rivières.

L’élargissement légal de l’accès à l’aide médicale à mourir fait partie des 14 recommandations formulées par le groupe d’experts mandaté par le gouvernement précédent en 2017 pour examiner ce scénario. Son rapport de 150 pages a été rendu public vendredi par la ministre de la Santé, Danielle McCann.

Si le gouvernement l’entérine, une personne pourrait rédiger une demande anticipée d’aide médicale à mourir, sans devoir être au seuil de la mort, comme c’est le cas selon la loi actuelle.

Cependant, cette personne devrait au préalable avoir reçu un diagnostic de maladie grave et incurable, incluant une maladie entraînant des pertes cognitives comme la démence ou l’Alzheimer.

Celui ou celle qui rédigerait une telle demande anticipée d’aide à mourir devrait aussi désigner un tiers chargé d’y donner suite le moment venu.

En mêlée de presse, le premier ministre François Legault n’a pas caché que son gouvernement était «en faveur de l’élargissement de l’aide médicale à mourir».

Il a dit s’appuyer sur la volonté populaire, affirmant sentir «dans la population que les gens voudraient qu’on élargisse» l’accès à cette pratique.

En conférence de presse, la ministre McCann s’est engagée à mener à bien cette consultation durant le présent mandat, mais pas nécessairement à modifier la loi avant le prochain scrutin.

ll ne faut donc pas s’attendre nécessairement à voir le Parlement modifier la loi sur les soins de fin de vie avant la prochaine échéance électorale.

Pour le groupe d’experts, il n’est pas question d’admettre par exemple les blessés dans un accident ou les personnes victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC) ou encore d’un traumatisme cérébral, donc sans diagnostic de maladie incurable et incapables de formuler une demande en toute connaissance de cause.

Il n’était pas question non plus pour le groupe d’experts de permettre à une personne en bonne santé de rédiger une demande anticipée d’aide médicale pour abréger ses jours, en cas d’inaptitude éventuelle.