Yvon Laquerre, directeur des ressources humaines chez Shawinigan aluminium, croit que l’entreprise offre un milieu de travail encore plus intéressant à la suite de la signature de la dernière convention collective.

Salon de l'emploi: la denrée rare au rendez-vous

SHAWINIGAN — On peut mesurer l’intensité d’une pénurie de main-d’œuvre lorsque la chaîne de restauration rapide McDonald’s loue un espace au Salon de l’emploi et de la formation de Shawinigan. Mercredi, un record de 89 exposants ont cherché à attirer l’attention des 1115 visiteurs qui se sont déplacés au Centre Gervais auto entre 14 h et 18 h 30, furetant les quelque 600 emplois disponibles.

«Nous avons des postes-clés qui sont plus difficiles à trouver chez les jeunes», explique Anthony Marchand, gérant du restaurant McDonald’s de Shawinigan. «On parle de postes de nuit, d’entretien, des postes à temps plein qui demandent plus de flexibilité, où les jeunes répondent moins.»

Le Salon de l’emploi et de la formation de Shawinigan présentait sa cinquième édition mercredi et il s’agissait d’une première apparition pour cette populaire bannière.

La Mauricie affiche un taux de chômage historiquement bas, de sorte que les employeurs se sentent souvent en évaluation lorsqu’ils s’entretiennent avec un candidat.

«Les gens qui viennent scanner juste pour voir s’ils vont aimer ça et qui s’en vont, on voyait moins ça avant», ajoute M. Marchand. «Ils nous disaient merci quand ils étaient embauchés, mais aujourd’hui, c’est nous qui devons quasiment leur dire merci!»

À l’autre bout de la chaîne, Kruger-Wayagamack affiche un panneau qui énumère de nombreux postes à pourvoir à des taux horaires variant entre 24,71 $ et 38,73 $. La recherche de la précieuse main-d’œuvre n’est facile pour personne, même pour une grande entreprise qui se tourne vers des produits d’avenir, tel que l’emballage alimentaire.

«C’est parfois en raison des horaires», indique Chantale Maurais, conseillère en ressources humaines chez Kruger-Wayagamack, qui emploie 300 personnes. «Nous avons des refus parce que les gens sont appelés à travailler de jour, de soir et de nuit. Ce sont des horaires qui ne plaisent pas aux jeunes.»

Chez Shawinigan aluminium, il a justement fallu rebrasser les cartes avec le syndicat pour améliorer le milieu de travail. Au printemps, une nouvelle convention collective a été signée jusqu’en 2025 et Yvon Laquerre, directeur des ressources humaines, croit maintenant détenir les conditions gagnantes pour stabiliser sa main-d’œuvre.

«Nous avons changé notre modèle d’affaires», explique-t-il. «Nous avons beaucoup amélioré le sort des nouveaux employés. Ils arrivent avec un horaire stable à 40 heures par semaine et lors des périodes tranquilles, on les occupe sur d’autres postes dans l’usine. Avant l’été, nous avions 11 postes à pourvoir et nous avons reçu 250 CV. On fait des jaloux dans les environs!»

Un sondage a été réalisé chez Shawinigan aluminium, l’an dernier, qui a fait sursauter la direction et provoqué une profonde réflexion.

«Cinquante pour cent de notre monde nous disait qu’ils cherchaient ailleurs!», précise M. Laquerre.

Défi supplémentaire

Pour mettre encore davantage les entreprises en valeur, le Salon de l’emploi et de la formation de Shawinigan offrait pour la première fois deux zones distinctes aux visiteurs, dont une pour les technologies de l’information. La région foisonne de ces petites entreprises qui doivent non seulement se débattre pour faire leur place dans un monde concurrentiel, mais également séduire des employés fortement sollicités par des compétiteurs bien établis.

Chez Rum&Code, Félix-Antoine Huard explique que son équipe compte douze employés et il recherche un développeur senior et un spécialiste en qualité logiciel.

«Ce serait mentir de dire qu’on n’a pas d’enjeu de main-d’œuvre dans la région!», convient-il. «Les entreprises doivent s’adapter. La guerre des ressources n’est pas la bonne façon de faire. On s’implique auprès des jeunes, dans les écoles primaires et secondaires pour former la prochaine génération d’entrepreneurs techno.»

Robert Lefebvre, président - directeur général d’Alezia Technologies, cherche des gens d’expérience en gestion de réseau et surtout, des façons de garder ses employés.

«Ceux qui terminent dans ce domaine vont se diriger vers Montréal, vers les gros employeurs qui offrent des plus gros salaires. Dans la région, nous avons une difficulté à recruter. Nous expliquons aux gens ce qui existe dans notre domaine. Il n’y a pas que le développement des jeux!», souligne M. Lefebvre.

«Trouver des gens expérimentés, c’est extrêmement difficile», corrobore Pierre-Yves Rousselle, président d’Attractif. «Le fait d’être en région et en innovation, c’est un défi parce que les yeux du Québec sont tournés vers la métropole. Or, ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas d’innovation en région!»

«Il y a un enjeu par rapport à la formation des ressources, mais quand on n’a pas de garantie de pouvoir les garder, c’est aussi un défi», fait remarquer M. Rousselle.

L’agence de publicité B15 est installée au DigiHub depuis un an. «Ce qui est compliqué en communication, c’est que les gens vont de plus en plus vers la pige», observe le propriétaire, Cédrick Marchand. «Ils veulent cette liberté. C’est donc difficile de les convaincre de venir en entreprise. Il faut mettre de l’avant de bonnes conditions de travail.»