Michel Fortin dit recevoir sans arrêt la visite d’inspecteurs de différents ministères et de la Municipalité. Il accuse cette dernière d’être à l’origine des plaintes, dans le but de le harceler.
Michel Fortin dit recevoir sans arrêt la visite d’inspecteurs de différents ministères et de la Municipalité. Il accuse cette dernière d’être à l’origine des plaintes, dans le but de le harceler.

Saint-Roch-de-Mékinac: un entrepreneur dénonce l’acharnement de la Municipalité

SAINT-ROCH-DE-MÉKINAC — Le conflit qui oppose le propriétaire de l’Hébergement de la Montagne St-Roch à la Municipalité de Saint-Roch-de-Mékinac fait toujours rage. Deux ans après s’être plaint au Nouvelliste que la Municipalité tentait de faire fermer son entreprise, Michel Fortin affirme que cette querelle est toujours en cours.

«La Municipalité est après moi, c’est sans arrêt. C’est du harcèlement», dénonce M. Fortin.

Celui-ci accuse la Municipalité de porter plainte à répétition contre lui auprès de différents ministères chaque fois que l’occasion se présente. Le ministère de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques s’est rendu sur place à quatre reprises, en 2017, 2018 et 2019, chaque fois après avoir reçu une plainte. Deux de ces plaintes concernaient le quai installé par M. Fortin sur la rivière Saint-Maurice. Celui-ci avait été installé sans autorisation. Le ministère lui a donc demandé de le retirer, mais il a été installé à nouveau sur la rivière l’année suivante.

«Je l’ai remis après avoir parlé à un journaliste qui enquêtait sur les difficultés que rencontrent les entrepreneurs dans les petites municipalités. Quand il est reparti, j’étais crinqué et je l’ai remis», se justifie M. Fortin.

L’inspecteur est revenu à la suite d’une nouvelle plainte et M. Fortin a retiré à nouveau son quai. Il a toutefois eu l’autorisation de le remettre à l’eau, à la suite d’un changement de règles. En 2019, après avoir reçu une plainte alléguant qu’un bâtiment rejetait ses égouts directement dans la rivière, le ministère a de nouveau envoyé un inspecteur sur place.

«La maison est abandonnée, elle me sert d’entrepôt. Aucune toilette ne fonctionne. Mais l’inspecteur m’a demandé de couper le tuyau et de lui envoyer une photo en preuve, ce que j’ai fait», assure M. Fortin.

Plus récemment, c’est le ministère des Transports (MTQ) qui est intervenu. En effet, la pancarte faite à la main et installée en face de l’entreprise était située trop près de la route. Bien que le ministère soit venu après avoir reçu une plainte, sa porte-parole régionale souligne qu’une opération d’harmonisation de l’affichage publicitaire est en cours dans la région depuis l’an dernier. L’intervention aurait donc probablement eu lieu, même sans plainte. M. Fortin a détruit sa pancarte après avoir reçu l’ordre du MTQ de la retirer ou de la déplacer. Cette dernière option n’était toutefois pas possible, selon M. Fortin, car il aurait alors dû l’installer dans la pente abrupte qui mène au lit de la rivière. Le ministère des Transports aurait également demandé à M. Fortin de retirer une pancarte sur roues demandant aux usagers de la route de ralentir devant l’établissement.

«Vu qu’elle était sur roues, il n’y avait pas de normes pour ça. Mais il y a eu des plaintes comme quoi ça pouvait être dangereux pour les automobilistes qui ne connaissent pas le coin et qui freinaient, alors je l’ai enlevée à la seconde où on me l’a demandé», se défend M. Fortin.

Michel Fortin a détruit la pancarte qu’il avait installée en bordure de la route 155, en face de son établissement, après que le MTQ lui ait demandé de la déplacer ou de la retirer.

Crainte de concurrence?

En 2018, la Municipalité avait sommé M. Fortin de démanteler ses installations, arguant qu’il n’avait pas le droit d’offrir des services de type camping sur son terrain. M. Fortin s’était défendu en disant qu’il offrait de l’hébergement prêt-à-camper et non des aires de camping. Depuis cet incident, la Municipalité multiplie les visites d’inspection sur le terrain de M. Fortin, selon ce dernier. Il a d’ailleurs reçu l’un d’eux, la semaine dernière, après avoir été averti par une lettre d’avocat. Il venait vérifier la conformité du bâtiment à l’entrée du site, pour les mêmes raisons que le ministère de l’Environnement.

«Ils voulaient rentrer à l’intérieur et me prendre en infraction. Ils sont rentrés et ils ont pu voir que la première toilette à l’intérieur est toute cassée, pas fixée et qu’il n’y a aucune eau qui l’alimente. La deuxième toilette, en haut, n’est plus là, elle sert de toilette pour l’hébergement. La douche et les deux éviers sont non fonctionnels», soutient M. Fortin

À l’origine du litige, la Municipalité accusait Michel Fortin d’offrir un service de camping, ce que le zonage ne lui permet pas de faire, mais celui-ci s’est défendu en indiquant offrir une formule prêt-à-camper, dans des installations qu’il a bâties.

Selon ce dernier, l’inspecteur – qui était accompagné de policiers, puisque M. Fortin ne voulait pas le laisser rentrer sur sa propriété - est reparti bredouille. Le propriétaire d’Hébergement de la Montagne St-Roch se doute cependant que la Municipalité ne le laissera pas tranquille pour autant. Il soupçonne que depuis le début de son aventure à Saint-Roch-de-Mékinac, la Municipalité le considère comme un concurrent au camping municipal, situé quelques kilomètres au sud.

«La première année, ils ne m’ont pas écoeuré parce qu’ils pensaient que je me planterais. Mais je ne me suis pas planté, mon chiffre d’affaires a augmenté de façon exponentielle. Ils ont peut-être peur que je leur fasse concurrence, mais ce n’est même pas le même type de camping, moi, c’est du prêt-à-camper. Les gens arrivent ici avec leur brosse à dents et leur linge, c’est tout», souligne M. Fortin.

«Il a le droit de gagner sa vie»

Michel Fortin n’est apparemment pas seul dans son bras de fer avec la Municipalité. Le propriétaire de Quais Prestige Mauricie, une entreprise de Saint-Roch-de-Mékinac, trouve lui aussi que l’administration municipale en fait trop.

«C’est rendu du harcèlement. Une personne a pourtant le droit de gagner sa vie», affirme Ghislain Mongrain.

M. Mongrain indique avoir été embauché pour faire des travaux correctifs sur le terrain de M. Fortin à la demande de la Municipalité, des travaux qu’il estime superflus.

«C’était des choses mineures. Il y a beaucoup de demandes qui sont faites à lui (M. Fortin) et pas à d’autres», avance-t-il.

Il craint d’ailleurs que les agissements qu’il reproche à la Municipalité finissent par faire craquer Michel Fortin.

«Ça fait des années que ce gars-là se développe ici. Je n’ai pas envie de voir encore un autre terrain vacant à Saint-Roch-de-Mékinac», mentionne M. Mongrain.

De son côté, Michel Fortin assure être déterminé à rester à Saint-Roch-de-Mékinac.

«Si je sors d’ici, ce sera les pieds devant», promet-il.

Constructions sans permis

Le maire de Saint-Roch-de-Mékinac, Guy Dessureault, affirme pour sa part qu’il n’a absolument rien personnellement contre Michel Fortin. Il soutient cependant que si des plaintes ont été déposées, tant du côté municipal que gouvernemental, c’est que celui-ci ne respecte pas les normes et les règlements.

«Il a fait des constructions et des choses sans permis. L’inspecteur qui a le dossier a été le visiter et il ne fait rien que chialer. Il dit qu’on le harcèle, mais ça prend des permis. On a eu des plaintes de personnes, des citoyens. La pancarte pour faire baisser la vitesse devant chez lui, il n’avait pas le droit de mettre ça. Ce sont toutes des affaires de même (qu’il fait)», indique M. Dessureault.

Le premier magistrat se défend toutefois d’avoir une dent contre M. Fortin. «Je ne me mêle pas de ça, il y a des inspecteurs payés pour ça», soutient-il.

Le maire ajoute avoir constaté que malgré l’interdiction de la SOPFEU de faire des feux à ciel ouvert, il y a quelques semaines, il voyait de la fumée s’élever du tipi construit sur le site d’hébergement.

Michel Fortin reconnaît ne pas avoir demandé de permis pour la construction de deux bâtiments sur son terrain. S’il ne l’a pas fait, toutefois, c’est en raison du conflit qui l’oppose à la Municipalité.

«À l’époque, j’ai eu tous les permis qui étaient requis pour faire ce que je voulais faire, affirme-t-il. Il y a deux permis que je n’ai pas demandé, pour la construction de deux chalets. Mais avec les problèmes que j’ai (avec la Municipalité), pensez-vous que j’ai le goût d’aller les voir pour des permis?»

Quant au feu dans son tipi, M. Fortin assure qu’il s’est renseigné au préalable et qu’il avait le droit de le faire à ce moment-là.