La façon de diriger de Robert Gauthier ne plaît pas à tout le monde.
La façon de diriger de Robert Gauthier ne plaît pas à tout le monde.

Saint-Élie-de-Caxton: Robert Gauthier, un contrôlant?

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
Saint-Élie-de-Caxton — Des personnes ayant travaillé ou oeuvrant toujours au sein de l’administration municipale de Saint-Élie-de-Caxton dénoncent l’attitude du maire Robert Gauthier concernant sa façon de diriger seul et à sa manière les destinées de la Municipalité.

Manon Shallow, une femme qui compte plus de 20 ans d’expérience comme directrice générale, secrétaire-trésorière et greffière dans le monde municipal, se souvient très bien des quelque quatre mois passés à travailler avec le maire de Saint-Élie. Elle le décrit comme étant un homme qui veut tout contrôler et qui veut que tout se passe comme il l’entend, selon ses projets qu’il élabore et qu’il pousse avec insistance sans se préoccuper de ce que pensent les autres intervenants municipaux.

«Quand le leader veut que ce soit à sa façon, ça ne facilite en rien le travail des décideurs et des employés. C’est dans la personnalité de M. Gauthier de contrôler beaucoup. C’est très lourd de voir une personne qui impose, qui exige, qui prend autant de place. Un directeur général a un rôle à jouer et a besoin de sa latitude. M. Gauthier a un problème de relations interpersonnelles qui rend les choses lourdes. Ce n’était pas sain à la table du conseil.»

Manon Shallow

Une personne ayant oeuvré au sein de l’administration municipale au cours du mandat de Robert Gauthier mentionne que Saint-Élie souffre d’un problème de leadership et de gestion des ressources humaines. «Il a des idées non négociables. Chaque action qu’il porte est pour arriver à ses fins. Quand il est arrivé, il traitait des gens d’incompétents. Il s’est mis tout le monde à dos. Les employés trouvaient ça insupportable et ont quitté les uns après les autres. En terme de leadership, tu ne peux pas avoir pire que ça. C’est un one man show», mentionne cette personne sous le couvert de l’anonymat par peur de représailles.

En tant que président du Syndicat régional des employés municipaux de la Mauricie, Sylvain Pratte entend des employés de Saint-Élie se plaindre que le maire fait cavalier seul.

«Il a un problème de vouloir tout gérer et de ne pas aller chercher de l’aide. On a demandé à la Municipalité, il y a deux ans, d’aller chercher de l’aide extérieure pour les relations humaines. Rien n’a bougé. Ce n’est pas un mauvais type. Mais il ne veut pas qu’on s’ingère dans sa Ville et n’aime pas avoir une ingérence extérieure. Et la présence syndicale le dérange.»

Sylvain Pratte

«M. Gauthier est exigeant et a besoin de contrôler. Les choses doivent être faites à sa façon. Nous, on doit refaire, on doit réécrire, selon ce qu’il veut. C’est épuisant», ajoute Mme Shallow.

Un maire exigeant peut être vu comme une difficulté pour certaines personnes, mais vu comme étant une qualité pour d’autres qui pourraient percevoir chez lui des qualités de ténacité et de détermination dans le but que sa localité progresse.

«Un maire qui veut faire avancer sa Municipalité, il y a moyen de vivre ça avec des relations agréables et en respectant les couloirs de travail de chacun, déclare Manon Shallow. Vouloir faire avancer une municipalité, oui, avec ce que veut l’ensemble des personnes. Je ne suis pas sûr que ce que veut M. Gauthier est ce que veulent l’ensemble des personnes.»

Le Nouvelliste n’a pu entrer en contact avec Robert Gauthier afin d’obtenir sa version des faits.

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Pas une question de «perception»

La déclaration d’Andrée Laforest selon laquelle le climat observé à Saint-Élie-de-Caxton depuis plusieurs mois repose principalement sur une question de perception est rejetée du revers de la main par Manon Shallow, Sylvain Pratte et Nicole Garceau. Cette dernière souhaite même que le premier ministre François Legault se mêle du dossier et rappelle sa ministre à l’ordre.

Mme Shallow a œuvré durant un an à la direction générale de Saint-Élie avant de remettre sa démission en mars 2018, car elle disait être incapable de continuer de travailler dans un climat qu’elle qualifiait de tendu. Elle affirme avoir été épuisée mentalement durant les quatre mois qu’elle a travaillé avec le nouveau conseil en raison de la lourdeur du climat de travail.

Prétendre que le dossier de Saint-Élie est une question de perception vient mettre de côté tout ce qu’ont vécu plusieurs employés municipaux et conseillers qui ont quitté leur siège depuis l’arrivée en poste du maire Robert Gauthier, croit l’ancienne directrice générale.

«Ce n’est pas juste moi qui suis partie. Il y a eu des départs dans tous les services. L’intervention de la ministre auprès du conseil, c’est comme un procès où on a juste un côté qui explique ce qui est arrivé. On n’a pas la version des gens qui ont quitté. Et qu’elle dise (mercredi en commission parlementaire) qu’on ne connaît pas la source du problème, c’est gros! On en parle dans les médias depuis trois ans. Ce n’est pas une question de perception. Il y a trop d’humains impliqués», raconte Mme Shallow.

Mme Garceau est l’instigatrice de la pétition signée par plus de 1000 personnes ayant été remise à la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation en novembre dernier. Elle indique avoir discuté avec Andrée Laforest lors du dépôt de la pétition. Selon Mme Garceau, la ministre semblait alors comprendre la situation. Sa déclaration de jeudi l’a jetée en bas de sa chaise.

Nicole Garceau

«On n’en revient tout simplement pas. On ne peut pas accepter ça. C’est plus de 25 personnes affectées par des démissions, des maladies, des gens de 12, 15 ans d’expérience qui offraient de bons services qui ont vécu de l’abus, du harcèlement, un climat toxique. La ministre fait une petite visite de courtoisie, elle rencontre une partie des gens impliqués et dit que c’est une question de perception. Elle manque de respect envers les gens qui ont souffert. En démocratie, on ne peut pas entendre une seule partie et une seule a été rencontrée. Elle est venue mettre le couvercle sur la marmite, mais les souffrants ont été oubliés. C’est inacceptable de traiter Saint-Élie de cette façon», clame Mme Garceau qui aurait bien aimé que Mme Laforest rencontre d’anciens employés et d’anciens élus.

«Mon premier réflexe en lisant sa déclaration a été: «Vous avez consulté qui?» Elle a rencontré le conseil municipal et personne d’autre. Il est là, le problème. Et il est plus profond. C’est un problème de relations de travail. Ce que je comprends, c’est que la ministre a évalué la compétence administrative des gens. Au niveau du climat de travail, c’est autre chose. Le problème est là», témoigne Sylvain Pratte, président du Syndicat régional des employés municipaux de la Mauricie dont font partie les employés syndiqués de Saint-Élie.

M. Pratte aurait souhaité que Mme Laforest constate par elle-même ce que les actuels employés municipaux ont à dire sur la situation. Selon lui, nombreux sont les employés qui ont baissé les bras, attendant que la tempête passe.

«Les gens ont peur de réagir dans ce genre de climat, soutient M. Pratte. Ils sont nerveux, ils ont peur des représailles, d’être victimes de bougonnage. Ça n’aide pas à un climat de travail qui est déjà difficile.»

Si Manon Shallow avait pu parler avec Andrée Laforest, elle lui aurait dit de regarder la situation dans son ensemble, en incluant l’impact subi par les citoyens et les commerces. «La situation nécessitait une intervention du ministère au niveau humain. Mais dans la loi municipale, le ministère gère l’administratif, pas les relations humaines.»