La séance du conseil municipal de Saint-Barnabé a été mouvementée, lundi soir.
La séance du conseil municipal de Saint-Barnabé a été mouvementée, lundi soir.

Saint-Barnabé: une séance du conseil mouvementée

Pierrick Pichette
Le Nouvelliste
Saint-Barnabé — Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il pleuvait des opinions divergentes, lundi soir, à la séance du conseil municipal de Saint-Barnabé. Pendant près de deux heures au cours desquelles le ton est monté à de nombreuses reprises, le maire, Michel Lemay, les conseillers ainsi que les citoyens de la municipalité ne se sont pas gênés pour exprimer leur désaccord face à de nombreux points discutés au cours de l’assemblée.

En plus des résidents, qui ont fermement exprimé leur désarroi quant au comportement du maire, certains élus n’ont pas mâché leurs mots afin d’afficher clairement leur position face aux agissements de M. Lemay. «Tu n’as jamais su comment gérer ça toi, une municipalité. […] Tu n’as pas de classe», a entre autres déclaré le conseiller Guillaume Laverdière.

Dans le camp des citoyens, la tension était extrêmement palpable. Une Barnabenoise a même quitté la séance en hurlant des injures dirigées vers le maire ainsi que le conseiller Michel Bournival. Celle-ci critiquait non seulement la façon d’œuvrer du maire, mais également le fait que M. Bournival aurait sali son nom publiquement dans la communauté.

Par ailleurs, seuls quatre conseillers sur six étaient présents lors de l’assemblée. En plus de la conseillère Louise Lamy, qui ne siégera vraisemblablement plus au conseil, Geneviève Saint-Louis manquait à l’appel.

Selon des informations fournies par Jimmy Gélinas, une discussion tenue à huis clos avant la séance du conseil se serait envenimée, poussant la conseillère à quitter avant même l’arrivée du public.

Une conversation tendue entre le maire et le directeur des pompiers

Notamment, la grogne des différentes parties portait sur un échange téléphonique qui a eu lieu au cours des dernières semaines entre le directeur par intérim du service incendie de Saint-Barnabé, Ghislain Samson, ainsi que le maire de la municipalité, Michel Lemay.

Selon ce qui a été avancé par le directeur par intérim lors de la période de questions, le maire l’aurait intimidé en le traitant «d’incompétent en plus de l’accuser de fraude», tout ça parce que le conseiller du village Jimmy Gélinas avait tenté de se faire verser un salaire de la municipalité après avoir prêté main-forte à M. Samson dans la rédaction de rapports destinés à la MRC et à la Sûreté du Québec.

Le conseiller Jimmy Gélinas.

«J’ai fait du bénévolat pendant je ne sais pas combien d’heures auprès de Ghislain pour l’aider. De plus, j’ai longtemps reçu simultanément des salaires de pompier et de conseiller et personne n’a jamais dit quoi que ce soit là-dessus. Maintenant, pour seulement deux heures d’aide pour lesquelles j’ai souhaité être rémunéré, on m’accuse de fraude et on me dit que je suis dans le trouble. Je ne comprends pas», a raconté Jimmy Gélinas.

Ce dernier a d’ailleurs ouvertement refusé de recevoir son salaire. La proposition de rémunération du conseiller a donc par la suite été rejetée par les autres élus.

Face aux faits rapportés, le maire Lemay a préféré ne pas confirmer ou infirmer ces allégations.

«Quand on signe une feuille de temps, il faut être conscient qu’on met notre nom en bas d’une facture. Il semblerait que le directeur des pompiers savait que M. Gélinas n’était plus pompier. J’ai donc déploré le fait qu’il soit prêt à signer des chèques en blanc à n’importe qui», a indiqué Michel Lemay

«Il faut être conscient qu’un élu n’a pas le droit d’être rémunéré pour des services rendus à la municipalité autre que ceux qu’implique son mandat. […] Il y a des conversations qui doivent demeurer privées», a-t-il ajouté.


Le maire de Saint-Barnabé, Michel Lemay.

La négociation d’un contrat critiquée

Il y a de cela quelques semaines, il a été déterminé par l’appareil municipal de Saint-Barnabé que le contrat de travail du prochain directeur général de la municipalité, Martin Beaudry, serait négocié par un comité formé des conseillers Jimmy Gélinas et Stéphanie Rivard ainsi que du maire Lemay.

Or, lorsque les deux conseillers ont trouvé un moment pour négocier auprès du candidat principal à l’obtention de cet emploi, il semblerait que Michel Lemay n’ait répondu à aucun de leurs courriels lui demandant d’être présent. Ayant une autre réunion en même temps, il n’aurait donc pas été présent à la rencontre.

Ce faisant, il s’est montré fermement en désaccord avec la proposition de Jimmy Gélinas d’offrir le contrat tel qu’il avait été négocié à M. Beaudry. Bien que ladite proposition ait été votée à trois conseillers contre seulement un, soit Michel Bournival, le maire a utilisé son droit de veto, reportant par le fait même la question à la prochaine assemblée du conseil.

«Dans le contrat, il y a des choses qui sont irritantes. Même si on est de fins négociateurs, il y a plein de choses qui peuvent être oubliées. Quand on amorce un processus d’embauche pour trouver la personne qui occupera l’emploi le plus important à la municipalité, je crois qu’il faut prendre le temps pour bien discuter», a mentionné M. Lemay, qui a aussi critiqué la rapidité avec laquelle les conseillers ont procédé pendant leur période de négociation.

Le contrat d’embauche du prochain directeur général de la municipalité pourrait être adopté lors de n’importe quelle séance extraordinaire du conseil pendant les prochaines semaines.

Dès son embauche, le prochain directeur général du village oeuvrera à titre d’adjoint aux côtés de celui qui occupe actuellement ce poste, Denis Gélinas, jusqu’en décembre. Ce dernier a négocié les termes de sa démission, qui devait être effective dès le 31 août, afin qu’elle soit reportée à la fin de l’année.

De gauche à droite, la conseillère Stéphanie Rivard et les conseillers Michel Bournival et Guillaume Laverdière.

Les frais d’avocats du maire remis sur la table

Lors des derniers mois, en plus d’être accusé en justice, le maire de Saint-Barnabé aurait, semble-t-il, été appelé à donner des informations à propos d’un dossier traité devant les autorités. Pour ce faire, il aurait, selon ce qu’a affirmé Jimmy Gélinas, fait appel à un avocat pour le guider dans ses propos.

Ne souhaitant pas assumer seul les frais qu’implique la présence de ce professionnel du droit, Michel Lemay a évidemment demandé à la municipalité de couvrir les coûts de cette intervention. Chose qui n’a pas fait l’affaire des citoyens et de quelques élus.

«J’ai moi-même été appelé à donner des informations aux tribunaux sur quelques sujets. Chaque fois, je n’ai eu aucun besoin de faire appel à un avocat. Je ne crois pas non plus que le maire en avait besoin. Voilà que les citoyens, dont je fais partie, devront assumer 1681$ de frais pour cette décision inutile», a souligné Jimmy Gélinas.

Il est à noter que les frais d’avocats ne représentent pas le seul squelette à être sorti du placard pendant et après l’assemblée. Les élus municipaux ont également fait référence au dossier du déneigement, qui a souvent fait les manchettes au cours des derniers mois.

Rappelons qu’à ce moment, le maire avait été pointé du doigt par des conseillers et citoyens croyant qu’il avait magouillé pour qu’un entrepreneur en particulier obtienne le contrat du déneigement de la municipalité. Cette situation avait obligé la Municipalité à débourser des coûts importants afin que ses rues ne demeurent pas enneigées l’hiver dernier.

C’est donc dans le but de dénoncer le choix d’un soumissionnaire originaire d’un autre village pour le remplacement du matériel électrique de certaines infrastructures barnabenoises que les élus ont fait référence à cette fameuse controverse. Selon eux, il aurait été pertinent d’accepter l’offre d’un entrepreneur local, et ce, même si celle-ci n’était pas la plus basse soumission.

Enfin, d’entrée de jeu lors de la séance, les conseillers et le maire ont débattu sur l’assemblée tenue le 3 août dernier en l’absence de Michel Lemay. Aux yeux du maire, ce qui a été conclu lors de cette rencontre ne devrait pas être retenu, puisque celle-ci n’a pas été réalisée dans les règles de l’art par les conseillers présents.

Sans grande surprise, Jimmy Gélinas, Stéphanie Rivard et Guillaume Laverdière se sont opposés au maire sur cette question. À leurs yeux, les conseillers n’étaient nullement tenus de faire quoi que ce soit différemment.

Il faudra patienter jusqu’au mois prochain, lors de la prochaine assemblée du conseil de Saint-Barnabé, afin de savoir si les décisions prises à ce moment seront retenues.