Une dizaine d’étudiantes sages-femmes sont en processus pour porter plainte à la Protectrice universitaire.

Sages-femmes: allégations de harcèlement et discrimination

Trois-Rivières — L’Association des étudiantes sages-femmes du Québec dénonce plusieurs situations de harcèlement et de discrimination posées à l’endroit de ses membres qui suivent leur formation à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Ces situations ont été décrites en détail dans un rapport envoyé le 11 avril au recteur de l’UQTR, Daniel McMahon.

Les étudiantes en pratique sage-femme ont fait appel à une doctorante de l’Université d’Ottawa, Hélène Saint-Jacques, analyste stratégique consultante, pour produire ce rapport dans lequel on demande à l’UQTR de mettre en œuvre des actions pour remédier à la situation avant le 18 avril.

En entrevue au Nouvelliste, le recteur indique qu’il a lu la version longue du rapport. Une partie des plaintes portent sur la non-rémunération des sept stages (2500 heures) que doivent réaliser les étudiantes durant leur parcours académique, constate-t-il.

Le rapport porte toutefois principalement sur des plaintes recueillies par l’auteure auprès de diplômées sages-femmes ainsi que d’étudiantes au programme.

Selon ces témoignages, «les étudiantes sont mises en situation d’échec lorsqu’elles s’absentent pour un congé de maladie prolongé ou lorsqu’elles accouchent avant la fin de leur stage. Un seul échec étant permis au programme, cela les met en situation ultra-précaire au retour. Lorsqu’elles reviennent d’un arrêt (...) elles sont considérées en cheminement particulier. (...) L’effet du cheminement particulier est d’effectuer de la discrimination basée sur la grossesse, la maladie ou le handicap», explique le document.

Deux plaintes ont été déposées à la Commission des droits de la personne en février et mars 2019 à ce sujet.

Selon la publication de Mme Saint-Jacques, les témoignages évoquent des événements survenus sur 10 ans, «démontrant l’effet systémique des expériences vécues».

Il y a des allégations de discrimination basées sur la grossesse, par exemple, quant à l’octroi des stages. «Des questions portent même sur la méthode de contraception lors de l’entrevue», illustre le rapport.

Le fait de l’épuisement des étudiantes est également souligné. «Une étudiante en stage aux États-Unis finira son stage avec 35 accouchements, l’équivalent du nombre de naissances qu’une sage-femme québécoise assiste en une année», illustre le rapport.

En ce qui a trait à la rémunération des stages, le recteur rappelle que cette question relève exclusivement du ministre de l’Enseignement supérieur. «On sait que le ministre Roberge a pris l’engagement de revenir dans les prochaines semaines avec des propositions relativement au financement des stages», rappelle M. McMahon. L’UQTR, dit-il, n’a pas de contrôle sur ce volet.

Le recteur indique qu’il a discuté avec la directrice du département qui a reçu, elle aussi, le rapport en question. «Rapidement, je me suis aperçu que, comme d’habitude, il y a deux côtés à une médaille», dit-il.

C’est pourquoi, ajoute-t-il, il serait «impératif que l’on ait un portrait dressé de façon neutre et indépendante», d’autant plus que le conseil d’administration de l’UQTR a adopté, en novembre 2017, une politique de prévention du harcèlement et de traitement des plaintes d’où a découlé la création du Bureau de traitement des plaintes qui est sous l’autorité de la Protectrice universitaire, Me Geneviève Hardy, souligne le recteur.

Le recteur a discuté avec l’auteure du document, Hélène Saint-Jacques, pour qu’elle invite les étudiantes sages-femmes à porter plainte au Bureau de la Protectrice universitaire. Or, aucune plainte n’aurait encore été déposée, selon lui. «S’il vous plaît, portez plainte au Protecteur universitaire pour qu’on ait une enquête indépendante», dit-il.

Hélène Saint-Jacques a indiqué au Nouvelliste qu’une dizaine d’étudiantes sages-femmes sont présentement en discussion avec la Protectrice universitaire en vue de déposer des plaintes. Mme Saint-Jacques assure que d’autres démarches ont été faites auparavant, notamment au comité de programme, pour régler la question, mais sans y parvenir.

Si des plaintes finissent par être déposées, le recteur s’engage «à prendre acte des recommandations qui seront faites par la Protectrice universitaire». L’UQTR est justement sur le point de déclencher une révision du programme sage-femme, un processus normal qui se fait aux 10 ans et si les plaintes sont déposées, je m’engage tout de suite à enclencher le processus de révision de programme», dit-il et «d’intégrer les recommandations» qui viendraient de la Protectrice universitaire.

Toute cette situation est d’autant plus importante, souligne-t-il, que le programme sage-femme reçoit un agrément canadien, agrément qui est lui aussi révisé de façon cyclique.

Le recteur souligne que dans le rapport, «il y a des allégations qui mettent en doute la compétence professionnelle de nos professeurs. Je regrette. Ça, là-dessus, il va falloir qu’on me fasse une démonstration. Pour moi, il y a une question de respect», dit-il en soulignant qu’une enquête de la Protectrice universitaire permettrait de faire la lumière sur cette affaire. Le rapport affirme en effet que «le corps professoral est peu outillé pour accueillir, guider et aider les étudiantes vivant des traumatismes professionnels.»

«Si des gens ont été traités de façon injuste, on va s’organiser pour corriger les choses», fait valoir Daniel McMahon.