Marc Francoeur, directeur général de l’entreprise Re Plast de Notre-Dame-du-Bon-Conseil.

Sacs et pellicules de plastique jetés par la Régie: un problème de contamination

Trois-Rivières — À la mi-juillet, la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie et Récupération Mauricie annonçaient conjointement aux citoyens qu’il ne fallait plus mettre les sacs et autres pellicules de plastique dans notre bac bleu. La raison évoquée est qu’il n’y a plus de débouchés.

Ce n’est pas sans une certaine frustration que Marc Francoeur, un citoyen de Shawinigan et directeur général de l’entreprise Produits Re Plast (autrefois Cascades Re Plast) de Notre-Dame-du-Bon-Conseil, au Centre-du-Québec, a pris connaissance de cette information.

Depuis plus de 30 ans, Re Plast recycle en effet les sacs et autres pellicules de plastique pour en faire des planches pour terrasses, du mobilier urbain et même du pavé en mélangeant des sacs de plastique avec du verre.

M. Francoeur dit avoir rencontré la Régie et Récupération Mauricie après cette annonce. Lorsque la RGMRM et Récupération Mauricie étaient à la recherche de débouchés pour ces matières, «ils ne nous avaient pas contactés», signale M. Francoeur. Depuis la rencontre d’avant les vacances, «on n’a pas terminé nos discussions», ajoute-t-il non sans frustration de voir toutes ces matières s’en aller à l’enfouissement.

Le directeur général de Récupération Mauricie, Daniel Cassivi, indique qu’un essai a été fait avec un ballot fourni par le centre de tri «autour du 16 juillet avec M. Francoeur. Malheureusement, notre qualité n’était pas conforme pour ses opérations», explique-t-il. «On avait convenu que de notre côté, on devait travailler à certaines améliorations, autant dans nos méthodes de tri que dans nos équipements, pour éviter la contamination des matières. On devait se reparler après les vacances, cet automne. On n’a pas eu l’occasion de se relancer pour faire le suivi», dit-il.

«On est à l’affût. Il y a M. Francoeur, mais aussi d’autres entrepreneurs qui travaillent sur des projets. On a toujours des ballots de plastique pour envoyer aux entrepreneurs et faire des tests», souligne-t-il.

Dans le communiqué de presse qu’avaient publié les deux organismes à la suite de la décision d’enfouir les pellicules de plastique, on indiquait que «de nombreuses tentatives» avaient été faites «pour trouver une filière de recyclage ou même de valorisation énergétique. Force est de constater», disait le communiqué, «que le marché québécois n’en est qu’à ses balbutiements».

Or, le problème n’en est pas tant un de débouchés, semble-t-il, que de qualité des matières envoyées par les centres de tri aux transformateurs.

M. Francoeur reconnaît que la qualité de la matière est importante. Sans vouloir partir en croisade contre les centres de tri, il précise qu’il ne peut accepter de pellicules et sacs qui sont contaminés par du papier, du carton ou du métal «car ça occasionne des problèmes au niveau du produit fini», explique-t-il.

«En juin dernier, nous avons eu des échanges avec la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie et leur avons notamment suggéré de contacter Modix et Soleco qui sont des conditionneurs et recycleurs de sacs et pellicules», indique Brigitte Geoffroy, responsable des communications chez Recyc-Québec.

«Lors de notre visite des installations de Produits Re-Plast, à Notre-Dame-du-Bon-Conseil, le 11 mars 2019, l’entreprise s’approvisionnait en ballots de pellicules plastiques postcommerciales et postindustrielles. Les matières issues de la collecte sélective peuvent contenir des contaminants et pour pouvoir les traiter, il faut habituellement un équipement de lavage, équipement dont Re-Plast n’était pas doté au moment de notre visite», explique-t-elle.

«Nous tenons une liste des conditionneurs et recycleurs dans nos fiches sur les produits de la collecte sélective dans laquelle figure Re Plast et d’autres conditionneurs et recycleurs. Les municipalités sont informées dès qu’il y a une mise à jour de ces fiches», précise-t-elle.

«En janvier dernier», ajoute Me Geoffroy, Recyc-Québec lançait un appel de propositions doté d’une enveloppe budgétaire de 3,45 M$, dont l’objectif était de soutenir des projets porteurs permettant une amélioration de la qualité et de la quantité des matières, tout en favorisant un meilleur arrimage entre les matières qui sortent des centres de tri de la collecte sélective et les besoins des entreprises qui valorisent ces dernières et en augmentant l’offre de conditionnement des matières.

Le président de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie, Michel Angers, assure que la Régie ne demande qu’à trouver des débouchés pour ses pellicules de plastique. Tout laisse croire que pour bien servir les entreprises qui donnent une nouvelle vie à ces produits, les centres de tri devront déployer de nouvelles stratégies, dont certaines pourraient impliquer chaque citoyen. «Est-ce qu’il faut prendre tous nos sacs de plastique et les mettre dans un seul sac?», illustre-t-il. «La pire affaire qu’on peut faire, c’est d’enterrer nos sacs», plaide-t-il.