Le propriétaire de la pourvoirie Lac Dumoulin, Dany Frigon, exige des améliorations de l’entretien de la route forestière 25.
Le propriétaire de la pourvoirie Lac Dumoulin, Dany Frigon, exige des améliorations de l’entretien de la route forestière 25.

Route forestière 25 : «C’est très dangereux»

La Tuque — La vingtaine d’employés d’Hydro-Québec, qui ont refusé de se rendre à leur lieu de travail en raison de l’état de la route forestière 25, ne sont pas les seuls à trouver que ce tronçon forestier est dangereux. Plusieurs villégiateurs et pourvoyeurs dénoncent l’état de la chaussée et ils estiment qu’il est grand temps que la situation change avant qu’une catastrophe ne survienne.

«J’ai des clients qui sont arrivés à la pourvoirie en tremblant parce qu’ils avaient eu la peur de leur vie et ils ne veulent plus mettre les pieds sur cette route», affirme Dany Frigon, propriétaire de la pourvoirie Lac Dumoulin.

Ce dernier croit qu’un des problèmes est que la route n’est pas considérée comme une route avec une circulation aussi importante.

«Les gens sont dépassés, les administrateurs, les gestionnaires, peu importe à qui revient la responsabilité, ils sont dépassés par la popularité de cette route-là», assure M. Frigon.

«Moi, j’ai peur pour mes clients et ils ont seulement 20 kilomètres à faire, ce n’est pas beaucoup. […] Ce 20 kilomètres-là, c’est le pire bout. C’est épouvantable», ajoute-t-il.

Dany Frigon n’est pas le seul à constater que l’état de la route forestière 25 semble anormalement cahoteuse et poussiéreuse cette année. Des villégiateurs abondent dans le même sens.

«J’emprunte la route 25 depuis son début, il y a plus de 30 ans, j’ai rarement vu des conditions aussi mauvaises, voire dangereuses, jusqu’au kilomètre 26. On a presque de la misère à tenir sur la route», témoigne Sylvain Brisson, un villégiateur.

«La semaine dernière, même à 30 km/h la remorque avec le bateau voulait passer en avant du camion tellement la route était cahoteuse. Avant ça pouvait arriver de temps en temps, mais aussi souvent, je n’ai jamais vu ça. […] Quelqu’un qui va là pour la première fois et qui tombe sur une route comme ça, d’après moi il ne veut plus jamais y retourner, ce n’est certainement pas bon pour les pourvoiries», lance-t-il.

Le villégiateur constate qu’il y a eu une augmentation du trafic sur cette route qu’il emprunte plusieurs fois par semaine, ce qui expliquerait en partie l’état de la chaussée. D’autres avancent que ce serait un changement de l’entrepreneur chargé des travaux qui pourraient être à l’origine de la dégradation de la route.

Le ministère des Transports (MTQ) confirme que depuis cette année, c’est la communauté atikamekw qui assure l’entretien du tronçon entre les kilomètres 3 et 106 pour le nivellement hebdomadaire et l’épandage d’abat-poussière. L’an dernier, le travail était divisé entre un autre entrepreneur et des employés du ministère.

Un problème soulevé par des utilisateurs de la route 25 est le manque de visibilité causé par la poussière. Dans tous les cas, on ne croit pas que l’asphaltage serait la solution pour cette route. On estime qu’il faudrait plutôt revoir les travaux d’entretien.

«L’asphaltage réglerait le problème de poussière, mais la chaussée deviendrait encore plus maganée qu’elle est là. Avec d’aussi gros camions de bois, je ne suis pas certain que ce serait beau longtemps», pense M. Buisson.

«C’est possible d’entretenir cette route-là pour qu’elle soit sécuritaire, mais il faut mettre les efforts raisonnables. […] Il faut revoir les façons de faire sur la route, il faut nommer un responsable gouvernemental. On ne sait pas à qui s’adresser. On se relance la balle. Ça fait un an que je me fais lancer comme une balle de ping pong. Je pense que ma bataille est noble. Je veux sauver des gens, et je veux protéger l’environnement», ajoute Dany Frigon.

Depuis mai 2008, le ministère des Transports (MTQ) a pris à sa charge une portion de la route 25, celle qui relie La Tuque et Wemotaci, et ce même si la route demeure sous l’autorité et l’administration du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

L’entretien de la route forestière 25 est critiqué par plusieurs utilisateurs.

Le MTQ souligne qu’en moyenne, ce sont 710 véhicules qui circulent sur cette route par jour, on parle d’environ 770 en été et 640 en hiver.

«Les chiffres datent de 2019. On refait ces chiffres-là en ce moment pour le nombre de véhicules, mais avec plus de plages horaires. On procède à plus de relevés pour avoir un nombre qui est plus représentatif», souligne Roxanne Pellerin, porte-parole du MTQ.

On estime à 4 millions de dollars en moyenne les coûts estimés à l’entretien de la route 25 entre Wemotaci et La Tuque. Ça inclut les activités d’entretien autant en été qu’en hiver. On parle de l’entretien des ponceaux et des ponts, du nivellement hebdomadaire, le rechargement de la route, ça comprend aussi le débroussaillage, l’entretien de la signalisation, l’abat-poussière (entre 3 et 5 fois par année) et le déneigement et l’entretien hivernal.

Le ministère investit 300 000$ annuellement pour l’abat-poussière pour assurer la sécurité et il y a près d’un million qui sont investis par l’ensemble des partenaires pour de l’abat-poussière uniquement.

La députée de Laviolette–Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, se rendra sur les lieux en début de semaine. Elle a indiqué au Nouvelliste qu’elle avait demandé au ministère des Transports et à Hydro-Québec de travailler ensemble pour l’entretien de ce chemin-là et d’envisager des solutions.

«Je ne sais pas si mettre près d’un million de dollars en abat-poussière c’est un bon investissement, c’est là-dessus que je travaille avec le MTQ et Hydro-Québec. […] Il faut avoir une façon optimale de travailler ce chemin-là pour que ce soit plus sécuritaire ou une surface plus durable, mais on s’entend que ce ne sera pas asphalté comme une autoroute. On est en train de regarder les possibilités», indique-t-elle.

«Il y a plusieurs utilisateurs, et c’est compliqué. Personne ne veut mettre d’argent, mais tout le monde veut passer et que ce soit parfait», ajoute Mme Tardif.

La députée a quand même tenu à souligner les conclusions du rapport des enquêteurs de la CNESST qui se sont rendus sur la route forestière 25 après que des employés d’Hydro-Québec aient refusé de se rendre sur leur lieu de travail.

«Finalement, la CNESST a dit que les conditions de la route n’étaient pas mauvaises. C’est le rapport que j’ai eu suite à ça. C’est pour ça que les employés sont retournés travailler le lendemain. Le rapport dit qu’Hydro-Québec n’était pas fautive», a-t-elle fait savoir.

Marie-Louise Tardif soutient qu’aucune plainte ne lui a été adressée concernant l’état de la route 25.

Dans les trois dernières années, la Sûreté du Québec a enregistré une quarantaine de collisions autant matérielles qu’avec blessés sur cette route forestière, 15 accidents en 2017, 15 en 2018 et 9 l’année dernière.

Toutefois, le combat de la pourvoirie du Lac Dumoulin ne s’arrête pas à l’état de la route. Le propriétaire estime que la poussière est dommageable pour les lacs à proximité et que la situation est grave.

«Là où le bât blesse, c’est sur le lac Dumoulin où il y a un poisson extrêmement sensible aux particules fines. La pourvoirie est située à 1,5 km environ de la 25 à vol d’oiseau. […] Au niveau de l’environnement, avez-vous idée du nombre de particules fines qui est déposé sur le lac? Est-ce qu’on doit accepter ça? Est-ce qu’on peut se permettre de tuer l’environnement?», se questionne Dany Frigon.

«Il y a des journées où j’ai de la poussière jusque sur mon oreiller. Les clients qui se promènent sur le lac eux mangent de la gravelle dans leurs dents à certains moments. Ce n’est pas l’expérience qu’on vend au client de manger de la gravelle», ajoute-t-il.

Le propriétaire de la pourvoirie avoue tout de même avoir remarqué qu’il y avait «de gros efforts opérationnels» dans les derniers temps dans l’entretien de la route 25.