André Lavoie est le directeur général de Roulons Vert.

Roulons Vert: «La rue appartient à tout le monde»

TROIS-RIVIÈRES — «La rue appartient à tout le monde. Cette culture devrait revenir dans la tête des gens. On n’est pas contre l’auto. On est pour une utilisation intelligente de l’auto: des gens qui ont 500 mètres à faire pour se rendre à leur lieu de travail et qui prennent leur auto, c’est questionnant.»

André Lavoie met son grain de sel dans tout le débat entourant Vision zéro, l’idée lancée par le conseil municipal de Trois-Rivières qui a ses partisans, mais aussi de nombreux opposants. Le directeur général de Roulons Vert, cet organisme ayant la mission notamment de développer des solutions alternatives à l’automobile en solo et de sensibiliser les gens aux avantages que peut représenter le transport durable, fait partie des partisans de cette idée.

Selon M. Lavoie, les avantages de cette orientation promue par le gouvernement québécois sont nombreux. Premièrement, on augmente la sécurité des usagers en aménageant entre autres des îlots refuges, des terre-pleins et des trottoirs et en construisant des pistes cyclables aux bons endroits. Cette vision permet aussi une amélioration de la fluidité de la circulation, soutient-il.

«Ça peut paraître moins évident avec une diminution de la vitesse et des aménagements qui favorisent les autres modes de déplacement. Avec d’autres modes de déplacement, il y a moins d’autos sur les routes et ça améliore la fluidité. Vision zéro favorise la multimodalité, tous les modes de transport. Et c’est pour protéger les plus vulnérables (écoliers, aînés). Les opposants parlent de coûts. Des infrastructures avec un terre-plein, ça coûte plus cher que si tu ne fais rien. Mais peut-être qu’on peut faire moins de chantiers, mais plus durables. C’est une vision qui se fait sur 15 ou 20 ans, de façon graduelle. Roulons Vert est favorable à Vision zéro, c’est un mouvement sociétal à la grandeur du monde. C’est pour la protection de l’ensemble de la population», commente M. Lavoie, en indiquant que d’autres villes québécoises regardent Trois-Rivières afin de voir comment les choses se passent dans ce dossier.

La volonté de réduire la vitesse à 40 km/h dans les secteurs résidentiels de Trois-Rivières suscite effectivement une certaine résistance. André Lavoie estime que l’impact sur le temps de déplacement total sera marginal.

Diminuer la vitesse de 50 à 40 km/h dans les secteurs résidentiels augmente de 18 secondes le temps requis pour franchir un kilomètre.

«Si on passe de 50 km/h à 40 km/h, la différence pour franchir un kilomètre est de 18 secondes (il faut 72 secondes pour faire un kilomètre à une vitesse de 50 km/h, alors qu’il faut 90 secondes pour parcourir la même distance à 40 km/h). Les vitesses moyennes de déplacement en ville sont de 35 km/h (en incluant le temps consacré aux arrêts, aux feux de circulation). À Montréal, c’est probablement entre 17 et 19 km/h en raison du trafic.»

Selon lui, l’opposition se nourrit d’une certaine frilosité face au changement.

«Le changement, ça amène de la grogne. C’est normal. C’est inquiétant, le changement. Quand la récupération a été implantée il y a quelques années, c’était la fin du monde pour certains. Quand on a commencé à interdire la cigarette, à obliger le port de la ceinture de sécurité en voiture, c’était la même chose.»

Reconnaissant que le transport autre qu’en voiture peut être plus difficile en territoire rural, quoi que des options s’installent peu à peu avec le transport collectif, André Lavoie croit que cette politique s’inscrit dans une autre façon d’aborder les déplacements. Mais il faut que les options soient intéressantes pour le citoyen.

«Avant, quelqu’un qui avait une camionnette travaillait dans la construction ou dans le bois. Aujourd’hui, avoir une camionnette shinée est un symbole social. L’automobile a été vendue comme étant la liberté. Mais là encore, l’industrie du taxi et de l’autobus n’a pas suivi. Pour que le monde change de moyen de déplacement, ça prend de la compétitivité en argent et en temps.»

Roulons Vert participera aux consultations publiques de février. L’organisme informera les citoyens entre autres sur l’impact réel d’une telle mesure sur le temps de déplacement et sur les coûts sociaux associés aux accidents causant des décès et des blessés.