Robert Trudel

Robert Trudel «à la retraite»

SHAWINIGAN — La polémique a eu raison de Robert Trudel, qui a décidé de quitter officiellement ses fonctions de directeur général de la Cité de l’énergie.

Dans un communiqué de presse diffusé en après-midi mardi, l’organisation indique que M. Trudel prend sa retraite et que cette décision a été prise «d’un commun accord et avec sérénité».

«C’est lui qui prend sa retraite. Ce sont ses raisons personnelles», affirme d’emblée en entrevue le président du conseil d’administration, Roland Desaulniers. 

Ce dernier précise d’ailleurs que l’enquête interne initiée à la suite de la publication des révélations concernant Robert Trudel n’est pas terminée. Selon ses dires, la Cité de l’énergie réitère son engagement de promouvoir un «environnement de travail sain à son personnel» et de lutter «contre tout comportement inapproprié». 

«Nous avons des firmes professionnelles qui travaillent là-dessus. Mais l’enquête n’a rien à voir avec la décision de Robert Trudel», soutient également M. Desaulniers, l’homme qui composait avec Robert Trudel le duo de fondateur de la Cité de l’énergie. 

Son départ est effectif dès maintenant et l’intérim sera assuré par le président du conseil d’administration, Roland Desaulniers. Pour l’instant, il est trop tôt pour connaître la suite des choses. 

Ce départ survient alors que Robert Trudel est visé par des allégations d’inconduites à caractère sexuel, d’intimidation ou de harcèlement. Il avait quitté temporairement son poste à la suite de témoignages anonymes de cinq femmes. 

Le 16 mai dernier, Radio-Canada Mauricie-Centre-du-Québec a diffusé un reportage dans lequel cinq femmes soutenaient avoir été victimes d’inconduites à caractère sexuel, d’intimidation ou de harcèlement de la part de Robert Trudel. Sur les cinq présumées victimes, seulement une a accepté de se confier à visage découvert. La maquilleuse Lisane Boucher, a affirmé que Robert Trudel lui a fait des blagues de nature sexuelle en juin 2010 lorsqu’elle devait le maquiller pour une émission de télévision diffusée à MAtv. 

«Il a fait allusion au fait que même s’il n’avait plus de prostate, il pourrait bander sur moi avec des gros totons comme les miens. Il s’est levé de sa chaise, il m’a pris, il a mis ses mains dans mon dos puis il m’a collée sur lui. Il a pressé ma poitrine sur lui pour sentir mes seins», avait-elle raconté à Radio-Canada.

Deux des victimes présumées ont occupé des postes en tourisme, un milieu où Robert Trudel avait beaucoup d’influence. Craignant de possibles représailles, elles ont préféré conserver l’anonymat. Ces femmes disaient que Robert Trudel a eu des comportements déplacés alors qu’il était en position d’autorité. Une de celles-ci a dévoilé que Robert Trudel se serait mis à l’embrasser et à la toucher dans une chambre d’hôtel à l’occasion d’un voyage professionnel. L’ancien directeur général de la Cité de l’énergie avait demandé deux chambres avec une porte communicante, prétextant qu’il avait besoin d’une surveillance en raison de ses problèmes de santé. 

«Je me vois encore raide comme une barre sous lui. J’étais étourdie par ce qui se passait sans pour autant réagir, sauf me lever d’un bond pour aller vomir aux toilettes», avait-elle confié dans une lettre.

Un départ bien accueilli 

Le départ de Robert Trudel est bien accueilli par le milieu municipal, culturel et touristique de Shawinigan. Le maire de Shawinigan, Michel Angers, soutient que la Ville se soucie du milieu de travail à la Cité, mais aussi de l’image de l’attraction touristique. 

«Nous souhaitons que les gens évoluent dans un milieu de travail exempt de harcèlement», a mentionné le maire.

Consciente que la Cité de l’énergie est un pôle d’attraction touristique majeur, la Ville de Shawinigan la soutient financièrement. Chaque année, près de 600 000 $ des contribuables sont investis dans le fonctionnement de la Cité de l’énergie. «Ce sont des montants substantiels. On veut s’assurer que l’image de la Cité de l’énergie soit intacte», précise le maire. 

Par ailleurs, cette annonce du départ de Robert Trudel a lieu deux jours avant le dévoilement de Planète énergie, la toute nouvelle exposition de la Cité de l’énergie. Cette exposition s’ajoute à une programmation estivale déjà chargée, avec la présentation pour la première fois du spectacle Nezha, l’enfant pirate du Cirque Éloize. Le président du conseil d’administration reconnaît que l’avenir de Robert Trudel au sein de l’organisation aurait fait l’objet de toutes les questions des journalistes et aurait éclipsé le dévoilement de Planète énergie. 

La directrice générale de Tourisme Mauricie, Geneviève Boivin, accueille également favorablement l’annonce du départ de Robert Trudel. «Le conseil d’administration a pris acte de ce qui a été rapporté et il a posé les gestes en conséquence pour protéger la Cité de l’énergie», affirme Geneviève Boivin. «Est-ce que c’est une retraite prématurée ou est-ce que c’était prévu plus tard dans l’année? Je ne sais pas, mais évidemment c’est lié à ce qui s’est passé.» 

Le départ de Robert Trudel était essentiel, estime Geneviève Boivin, pour que la Cité de l’énergie conserve sa notoriété. «C’est une décision très sage. La Cité de l’énergie est un attrait très important pour la Mauricie et Shawinigan. Ça contribue à attirer des visiteurs ce qui entraîne de belles retombées», précise Geneviève Boivin. 

De son côté, le directeur général de Culture Shawinigan, Bryan Perro, est confiant de voir la Cité de l’énergie poursuivre son rôle touristique. «C’est un important pivot du tourisme. Mais j’ai confiance, il y a des gens intelligents dans cette organisation», soutient-il. 

«Ils vont trouver des solutions pertinentes pour qu’on conserve la Cité de l’énergie. Je pense qu’il n’y a personne d’irremplaçable dans la vie, ajoute Bryan Perro en faisant référence au départ de Robert Trudel.