En allant rendre visite à sa mère à la résidence Cooke, en juillet 2015, Johanne Panneton avait capté sur vidéo une scène qui l’avait choquée: elle avait vu deux résidents couchés au sol après avoir fait une chute, réclamant de l’aide, mais les membres du personnel étaient introuvables à cet étage.

«Rien n’a changé»

Trois-Rivières — Les récentes sorties de familles dénonçant le manque de personnel et la diminution de la qualité des soins dans les CHSLD ne surprennent pas du tout Johanne Panneton.

Cette femme avait été mise à l’avant-scène de l’actualité en juillet 2015. En allant rendre visite à sa mère à la résidence Cooke de Trois-Rivières, elle avait capté sur vidéo une scène qui l’avait choquée: elle avait vu deux résidents couchés au sol après avoir fait une chute, réclamant de l’aide, mais les membres du personnel étaient introuvables à cet étage.

Mme Panneton avait diffusé les images sur les réseaux sociaux, ce qui avait entraîné une tempête de réactions. Cet événement avait secoué le milieu de la santé. Le ministre Gaétan Barrette avait demandé à son ministère de mener une enquête. Le Centre intégré universitaire de la santé et des services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec avait déposé un mois plus tard un rapport contenant certaines recommandations.

À la lumière des commentaires faits depuis le début de la semaine par plusieurs familles du centre Cloutier-du Rivage et des observations de la famille Savard à propos du centre Roland-Leclerc, Johanne Panneton avoue avoir réagi avec colère.

«Rien n’a changé! Et je pense que ça ne va pas changer si on ne met pas plus de personnel et si on ne fait pas les changements qu’il faut. Les préposés et les infirmières sont à bout de souffle. Mais on arrive en période électorale. Ils vont sortir de belles promesses», affirme Mme Panneton, dont la mère est décédée en février 2017.

Les commentaires négatifs concernant la piètre qualité des repas souvent servis froids, les couches changées moins régulièrement et les bains remis sont autant d’exemples sur lesquels Mme Panneton appuie sa pensée.

Claude Audy, vice-président régional de la FSSS-CSN.

«Je lève mon chapeau aux préposés. On leur demande de prendre soin de nos parents qui sont dans les CHSLD, mais ces gens sont plus malades d’épuisement que les résidents.»

Une idée proposée par une famille était de permettre à des bénévoles d’offrir de leur temps pour nourrir les résidents et leur tenir compagnie. Johanne Panneton estime que l’idée se défend, mais pourrait inciter le gouvernement à s’en laver les mains.

«À force de donner du temps, on est toujours là pour protéger nos parents que le gouvernement ne se force pas trop, car il sait qu’on va être là pour aider. Je ne suis pas certaine que MM. Couillard (Philippe, le premier ministre du Québec) et Barrette (Gaétan, le ministre de la Santé) vont finir leurs jours là. Et moi, j’espère ne jamais avoir à aller là.»

Claude Audy affirme que les propos de la famille Savard sont véridiques. Selon le vice-président régional de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), la stabilité du personnel est un enjeu majeur, mais il faut que le réseau mise sur davantage de préposés aux bénéficiaires pour pouvoir leur permettre d’exercer leur métier dans de meilleures conditions.

«On n’est pas capable d’aller au rythme des résidents. Ça cause d’autres problèmes chez eux comme de l’anxiété, de l’agressivité, car il faut accélérer. Mais si un préposé avait du temps, il y aurait beaucoup moins de problèmes.»

Selon M. Audy, le CIUSSS a eu une bonne idée en établissant un programme de reconnaissance des acquis pour faciliter l’arrivée de nouveaux préposés dans le réseau. Mais toutes les mesures prises par la direction doivent être simplifiées et donner de meilleurs résultats dans des délais plus courts qu’actuellement.

Le représentant syndical remarque que les sorties publiques font boule de neige depuis lundi, car d’autres familles se sont manifestées pour joindre le mouvement de protestation. Il incite la population à continuer de dénoncer et à réclamer des actions concrètes.

D’après le représentant syndical, la CSN tiendra en mars une grande assemblée durant laquelle les familles pourront probablement recevoir l’avis d’un conseiller juridique concernant une possible demande de remboursement des frais associés à des services qui ne sont pas offerts.