Étienne Champagne, vice-président projets majeurs et développement de marchés émergents chez Énergir et Michel Angers, président de la RGMRM.

RGMRM: le biogaz enfin payant

Saint-Étienne-des-Grès — Le biogaz généré par la décomposition des déchets, au lieu d’enfouissement technique de Saint-Étienne-des-Grès, a longtemps été une source de dépenses importantes pour la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie. On se souviendra en effet de l’interminable saga avec les serres Savoura. Or, ce temps est révolu. La Régie annonce en effet qu’elle arrivera enfin à faire de l’argent avec son biogaz.

Après avoir réussi, il y a environ un an, à racheter le contrat avec Savoura signé en 2007, la Régie a dévoilé, jeudi matin, les détails d’un secret de Polichinelle, soit la signature d’un contrat d’achat-vente de gaz naturel renouvelable avec Énergir (anciennement Gaz Métro). Les détails de cette entente étant confidentiels, il n’a pas été possible de savoir exactement combien la Régie retirera de cette nouvelle alliance, mais le président de la Régie, Michel Angers, parle de «plusieurs millions par année», c’est-à-dire plus de 2 millions $ de profits nets par année, précise-t-il. «On passe d’un profil déficitaire à un profil rentable», se réjouit-il.

Cette nouvelle entente, d’une durée de 20 ans, garantit un revenu à la Régie pour ses 8,5 millions de mètres cubes de gaz naturel renouvelable produits annuellement grâce à une technologie qui permettra de séparer le méthane du CO₂ et autres composés se trouvant dans le biogaz des cellules d’enfouissement. La technologie a été choisie avec les conseils scientifiques prodigués par le CNETE de Shawinigan.

«On a de 18 à 20 millions de mètres cubes de disponibles ici», indique le maire Angers.

Comment expliquer que le biogaz de la Régie puisse soudainement intéresser Énergir? Michel Angers croit que «la technologie qui avait été employée (du temps de Savoura) pour faire le raffinage du biogaz était expérimentale et rendue à la fin de sa vie utile. Il fallait absolument trouver de nouveaux procédés. Depuis une dizaine d’années, toutes sortes de nouvelles technologies ont émergé un peu partout dans le monde et on s’est servi de la recherche pour nous permettre de choisir la meilleure», dit-il, et ce, afin de répondre aux critères de qualité de son acheteur.

Michel Angers rappelle qu’une des premières préoccupations qu’il a eues, lors de son arrivée à la présidence de la Régie, était de mettre fin à l’entente à perte qui avait été signée avec Savoura et de racheter les 10 millions de mètres cubes réservés à la productrice de tomates en serres. «Il fallait se défaire de ce carcan financier qui nous enlisait jour après jour, semaine après semaine, dans une situation qui était assez catastrophique», rappelle-t-il.

Il restait 15 années à cette entente avec Savoura. «Ça ne nous coûtait pas seulement notre bras de chemise, mais notre chemise au complet», dit-il.

Le rachat de ce contrat est arrivé à un moment opportun puisqu’en mars dernier, Québec annonçait que le gaz naturel renouvelable devait désormais représenter 1 % du gaz naturel distribué à partir de 2020 et 5 % à partir de 2025.

L’entente intervenue avec Énergir, estime le maire Angers, «est gagnante-gagnante». Les revenus engendrés par la vente du biogaz à cette entreprise «vont permettre de soulager éventuellement les citoyens et citoyennes payeurs de taxes», prévoit le président de la Régie.

Le CNETE (Centre national en électrochimie et en technologies environnementales), dit-il, a été un bon guide dans le choix de la technologie de raffinage «parce que des vendeurs de raffinage de biogaz, il y en a beaucoup», précise-t-il.

Le président de la Régie voit ce nouveau chapitre des activités de la Régie «comme un legs environnemental pour les générations à venir» de même qu’un excellent «levier financier».

C’est que d’injecter du gaz naturel renouvelable dans le circuit du gaz naturel d’Énergir «nous permet de diminuer notre empreinte carbone», souligne M. Angers, ce qui représente une des missions de la Régie, précise-t-il.

Étienne Champagne, vice-président projets majeurs et développement des marchés émergents chez Énergir, estime que 8,5 millions de mètres cubes, «c’est significatif comme contrat». Cela représente en effet l’alimentation énergétique de 4200 foyers, dit-il.

«Ces nouveaux volumes font augmenter notre offre d’énergie renouvelable», précise M. Champagne.

«C’est une énergie porteuse pour réduire les GES. C’est évident pour nous que c’est un moyen essentiel dans la transition énergétique globale du Québec», fait-il valoir.

Au même moment où elle annonçait son association avec la RGMRM, jeudi, Énergir annonçait également une association avec l’entreprise Canadian American Transport (C.A.T.) pour mettre sur la route le premier camion de transport de marchandises de classe 8 alimenté au gaz naturel renouvelable. En 2014, la conversion de 110 véhicules du diesel au gaz naturel avait permis à C.A.T. de réduire de 3500 tonnes ses émissions de gaz à effet de serre. C’est comme si elle avait retiré de la circulation 22 camions du même genre.