Les employés de la RGMRG ont dressé des lignes de piquetage devant les installations de Saint-Étienne-des-Grès.

RGMRM: «Il y a des conséquences à une grève qui s'étire»

L'ensemble de la population pourrait faire les frais de la position des employés de la Régie de gestion des matières résiduelles de la Mauricie (RGMRM), qui viennent de refuser à 91 % l'offre du conciliateur Jean Nolin. Dans un communiqué de presse, la RGMRM souligne à grands traits que les cols bleus devront «maintenant porter l'odieux non seulement de cette grève qui s'étire inutilement, mais aussi des conséquences qu'elle entraînera pour toute la population de la Mauricie.»
Si on ne parle pas pour l'instant de fermer complètement le site d'enfouissement deSaint-Étienne-des-Grès, donc de paralyser le ramassage des déchets déposés en bordure de rue par les citoyens, la conseillère en communications de la RGMRM, Sylvie Gamache, soutient que les séquelles du conflit seront tout de même palpables et généralisées.
«Ce qu'il faut comprendre, c'est que l'équipe de cadres réussit à maintenir le site d'enfouissement et du traitement des eaux usées en opération depuis plus de deux mois, mais ce n'est pas son mandat, ce n'est pas son rôle et l'organisation ne remplit pas sa mission de façon normale. Nous sommes dans un contexte où le syndicat a décidé de poursuivre la grève. Est-ce que les cadres prendront les vacances qu'ils auraient prises dans un contexte normal? La réponse est non.»
«Il y a des conséquences à une grève qui s'étire depuis plus de deux mois, poursuit Mme Gamache. Le temps que les cadres passent aux tâches d'opération, c'est du temps qui n'est pas consacré aux projets de la RGMRM, à son développement et à son organisation. Donc, oui, il y a des conséquences.»
Des conséquences qui seront également d'ordre financier. La RGMRM est incapable, pour l'instant, d'évaluer les coûts supplémentaires engendrés par la grève, mais ces dépassements auront certes un impact sur l'ensemble de la population. «Nous sommes un organisme public, rappelle Mme Gamache. La RGMRM existe pour offrir des services aux citoyens des municipalités qui en sont membres. Tout contexte qui vient changer notre fonctionnement normal peut avoir des conséquences globales.»
Le président du syndicat régional des employés municipaux de la Mauricie, Mario Mongrain, n'est pas près à prendre sur ses épaules les débours financiers additionnels découlant du conflit. «Les conséquences seront financières, c'est certain, car il y aura un impact sur le compte de taxes des citoyens. La RGMRM dépense beaucoup pour se payer des agents de sécurité inutiles, uniquement pour ne pas que ça brasse, pour ne pas qu'il y ait du grabuge. Je ne prendrais jamais l'odieux de ça. Il y a quatre agents de sécurité assis dans un véhicule qui ne sortent pas de la journée. Il n'y en aurait pas que ça serait la même chose!»
Gestion des boues usées
L'un des points qui achoppe au bon déroulement des négociations à trait à la gestion des boues d'installations septiques. Le syndicat craint que la RGMRM ait recours à des sous-traitants, soit pour collecter ou transporter les boues, un marchandage causant préjudice à ses membres. Une position rejetée du revers de la main par l'administration de la RGMRM.
«En mai, le syndicat réclamait un engagement ferme du monde municipal quant à la gestion des boues usées, et il l'a obtenu. C'est ce que le conseil d'administration de la RGMRM a fait en s'exprimant par résolution. Cet engagement est venu bonifier l'offre patronale que la RGMRM avait soumise. Lorsque le conciliateur a déposé son hypothèse de règlement le19 juin, il a pris soin de maintenir cet engagement. La garantie demandée par le syndicat a donc déjà été offerte par le conseil d'administration. Malgré cela, le syndicat décide de poursuivre la grève. Est-ce que les enjeux ont changé? De quelle façon on négocie?», se questionne Mme Gamache.
Une affirmation qui, selon M. Mongrain, soulève à demi-mot, une demi-vérité. Car si, effectivement, la RGMRM avait garanti au syndicat la gestion et le traitement des boues usées, l'engagement ne stipulait pas que ses membres seraient privilégiés pour la collecte et le transport des dites boues.
«C'est pratiquement 50 % de nos jobs qui pourraient être affectés par ce point. Ce n'est pas simplement une question de gérer les boues usées, nous c'est au niveau de la cueillette qu'on s'inquiète. Où est la garantie? On est rendu à un stade où notre confiance envers l'employeur est nulle. On ne se fiera pas à une clause sujette à interprétation. La compétence des boues de fosses septiques, c'est non négociable.»
Enfin, le syndicat souhaite, ni plus ni moins, le renvoi de l'actuel conciliateur, Jean Nolin, nommé par la Commission des relations de travail.
«On a demandé le retrait du conciliateur parce qu'on a perdu confiance en lui. On ne peut pas négocier avec quelqu'un en qui on n'a pas confiance. Le document de conciliation qu'il nous a déposé nous a très déçu, car il contenait des clauses qui n'avaient jamais été discutées à la table de négociation et qui prenaient le parti de l'employeur.»
Le milieu municipal suit le dossier attentivement
À la Ville de Trois-Rivières, on surveille avec attention les pourparlers qui s'étirent entre le syndicat et la RGMRM, tout en laissant la chance aux parties de discuter selon les formes de l'étiquette et conformément aux règles convenues par la loi. 
Du même souffle, la Ville admet que la RGMRM ne peut pas faire cadeau de ce qu'elle ne possède pas. «Ce qui est certain, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'on ne peut pas payer avec de l'argent qu'on n'a pas, souligne Yvan Toutant, porte-parole de la Ville. Il faut trouver un terrain d'entente. Le syndicat aura beau faire toutes les demandes, mais si la RGMRM n'a pas les moyens de les payer, on n'est pas plus avancé.»
Pour l'heure, aucun contre-coup n'a été observé sur le terrain, les matières résiduelles des citoyens étant collectées sur une base régulière. Dans le cas contraire, la Ville envisage de prendre des mesures adaptées pour faire respecter ce service essentiel.
«Depuis le début du conflit, nous regardons comment ça se passe. Jusqu'à maintenant, nous n'avons rien à redire, les répercussions n'ont pas eu d'impact au niveau de la rue. Si cela devait arriver, nous nous tournerons vers le comité des services essentiels. Nous allons les obliger à offrir des services. Si, dans l'avenir, le travail n'est pas fait, la Ville exigera que le travail soit fait. Avec les canicules d'été, nous ne pouvons pas nous permettre une accumulation de déchets dans nos rues et chez les citoyens. C'est inacceptable», avertit M. Toutant.
Du côté de la Ville de Shawinigan, on ne souhaite pas commenter le déroulement des négociations, bien qu'on en suive l'évolution avec intérêt. Pour le moment, aucune incidence directe n'a affecté les services offerts à la population. Si tel devait être le cas, on réagirait en conséquence. 
«Jusqu'à maintenant, nos transporteurs ont accès au site et tant qu'ils auront accès au site, nous ne prendrons pas de mesure particulière. Si jamais il y a des problèmes au niveau de la collecte des déchets, on prendra des mesures appropriées», conclut le porte-parole François Saint-Onge.
Notons que le conseil d'administration de la RGMRM est composé de délégués des différentes Villes et MRC desservies par ses services, entre autres le maire de Shawinigan Michel Angers, le conseiller municipal de Trois-Rivières René Goyette, le maire de Champlain Guy Simon et le maire de Saint-Étienne-des-Grès Robert Landry. Au moment de mettre sous presse, ces deux derniers n'étaient pas en mesure de commenter le dossier, vacances estivales obligent.