Voici le terrain de l’ex-usine Belgo de Shawinigan. À droite, on aperçoit la Cité de l’énergie.
Voici le terrain de l’ex-usine Belgo de Shawinigan. À droite, on aperçoit la Cité de l’énergie.

Rêver l’après-Belgo

Martin Lafrenière
Martin Lafrenière
Le Nouvelliste
Shawinigan — Pilier industriel de Shawinigan durant plus de 100 ans, l’ancienne papeterie Belgo est sur le point de disparaître du paysage de la ville, alors que la démolition de sa bâtisse principale est bien amorcée. Maintenant que cette étape tant attendue est en réalisation, Le Nouvelliste s’intéresse à ce qui occupera cet immense terrain situé à l’une des entrées de la ville. Comment peut-on imaginer l’après-Belgo?

La démolition de la bâtisse principale sera complétée d’ici la fin de 2020. Il restera ensuite beaucoup de travail à faire pour remettre en ordre ce terrain industriel. Mais Michel Angers affirme que la Ville de Shawinigan lèvera la main afin de récupérer ce terrain lorsque tout sera démoli, nettoyé et décontaminé. Et il voit grand pour cet emplacement de choix même si aucun projet précis n’est encore déterminé.

La démolition de la bâtisse principale de l’ex-usine Belgo progresse.

«Le terrain est un endroit magique, avec l’arrivée de la baie. On voit la Cité de l’énergie. On est près d’une montagne, d’une rivière, des chutes. Imaginons une entrée digne de ce nom, ça pourrait être quelque chose d’assez fabuleux. Il y a de belles opportunités : un parc, des habitations, des pavillons universitaires. Il y a toutes sortes de possibilités. Il s’agit d’être imaginatif.»

Le maire de Shawinigan raconte que des architectes originaires de Shawinigan et travaillant ailleurs au Québec ont contacté l’hôtel de ville pour faire part de leurs idées. Il faudra bien patienter plusieurs mois avant de miser sur un terrain remis en état, mais M. Angers estime que les choses ont le potentiel d’aller assez rondement.

La Belgo s’étend le long du boulevard Pie-XII.

«C’est un projet qui se réalisera lors du prochain mandat du conseil. Mais ça va se faire plus près du début du prochain mandat. On est créatif», ajoute celui qui sollicitera un quatrième mandat à titre de maire de Shawinigan en novembre 2021.

Michel Angers

Parlant de maire, Yves Lévesque a fait face au même genre de défi lorsqu’il occupait cette chaise à Trois-Rivières. Les projets de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, de l’Amphithéâtre Cogeco et de Boréalis ont été réalisés sur les terrains de l’ancienne usine Tripap.

Maintenant citoyen de Shawinigan, M. Lévesque est d’avis que l’endroit doit accueillir un équipement capable d’attirer les touristes tout en demeurant accessible aux citoyens.

Yves Lévesque

«Le meilleur héritage qu’on peut laisser aux gens est le bord de l’eau. La pire erreur serait de vendre le terrain à un privé. La Ville doit acheter le terrain. Comme ça, tu contrôles le développement et tu conserves les berges à la population. La Belgo a un potentiel extraordinaire pour développer une thématique qu’on n’a pas ailleurs. Il y a moyen de faire quelque chose de bon pour la population et si, avec le même dollar, on peut se positionner avec un outil d’attraction pour le tourisme, on doit le faire. Il y a la Cité de l’énergie. Avec la Belgo, on a la chance de mettre une autre pièce d’équipement pour bonifier l’offre.»

Marie-Louise Tardif ne voit pas le retour d’une industrie lourde ou un développement résidentiel à cet endroit. La députée de Saint-Maurice croit plutôt que Shawinigan doit faire une place à un complexe d’entreprises liées à l’innovation et à l’économie du savoir et associé à des espaces publics, le tout développé selon un concept architectural d’envergure.

Marie-Louise Tardif

«Je vois un petit Silicon Valley avec des constructions modernes et vertes, un aménagement paysager, une piste multiusage avec une surface de roulement écologique. Pourquoi ne pas rêver à une piste en bordure de la rivière qui nous conduit aux commerces, aux restaurants du secteur de l’Auberge Gouverneur? Il faut attirer des travailleurs du numérique. Ce sont des gens qui aiment travailler de façon non conventionnelle, qui aiment faire du sport, sortir dehors. Cela peut être un lieu attrayant aussi pour les touristes. Et le terrain pourrait demeurer public avec un grand parc, de la verdure, des arbres. C’est un mélange des deux», propose Mme Tardif, en ajoutant que des programmes gouvernementaux existent pour soutenir financièrement ce genre d’initiative.

L’homme d’affaires Claude Villemure ne veut pas non plus que ce terrain accueille de nouveau une activité industrielle. Il voit davantage un grand parc public qui pourrait avoir aussi une vocation touristique.

Claude Villemure

«On récupère notre nature, on récupère ce qui est à nous. Je vois du monde qui fait du kayak. Je veux des pistes cyclables, des aires de repos. Je suis sûr qu’il y a moyen de faire quelque chose pour du patin, du canot, des jeux pour les enfants. Et ça pourrait devenir un lieu pour la tenue d’événements pour attirer des gens. Quand je vois l’Amphithéâtre à Trois-Rivières, chaque fois je suis émerveillé. On a la Cité de l’énergie. Ça pourrait créer un complément à la Cité pour que les gens viennent ici et qu’ils aient plus qu’un endroit pour avoir un lieu de divertissement culturel, sportif ou de loisir. Et je ne veux pas que la Ville prenne la décision toute seule. Il doit y avoir une consultation. Il faut prendre le temps d’étudier ça comme il faut.»

Un retour à la nature, voilà ce que propose la présidente du conseil d’administration de la Cité de l’énergie, France Brisson. Selon elle, il est temps de refaire une beauté à cette entrée de la ville et de redonner aux résidents du secteur la possibilité de profiter des lieux.

France Brisson

«Ce coin peut être un bijou de la nature, un attrait touristique intéressant. Quand on a retiré les pitounes de la rivière Saint-Maurice, on a redonné la rivière aux gens de la Mauricie. Quand les déchets auront été ramassés, il y a là un potentiel extraordinaire. Il y a une rivière qui n’est plus polluée. Il faudrait laisser les gens de Baie-de-Shawinigan respirer un peu. Avec la Belgo, c’était emmuré. Le mur est symbolique, ça a amené beaucoup de travail et la fierté de Belgoville. Ce serait chouette de faire un clin d’oeil aux papetiers comme à la marina de Grand-Mère avec le parc des papetiers. Faites ça beau! Les gens de la place ont eu un mur dans la face toute leur vie!»

+

• La construction de l’usine Belgo débute en 1900.

• En 1925, la Belgo produit 365 tonnes de papier par jour.

• En 1955, un conflit de travail survient à cette usine embauchant près de 900 travailleurs.

• AbitibiBowater annonce en novembre 2007 la fermeture de l’usine,causant la perte de 550 emplois.

• L’usine ferme en février 2008.