Le professeur Jason Luckerhoff (à l’avant-plan) était le porte-parole des professeurs au cours du lock-out.

Revenir après une tornade

TROIS-RIVIÈRES — Même s’il se réjouit de la levée du lock-out, le député de Nicolet-Yamaska, Donald Martel, constate qu’on «se retrouve devant un champ de ruines», à l’UQTR. La confiance des professeurs envers la direction est en effet toujours fortement ébranlée par ce geste qui a littéralement paralysé l’institution pendant 14 jours. La professeure Lyne Cloutier souligne d’ailleurs que la pétition pour la démission du recteur, Daniel McMahon, qui contient 280 signatures de professeurs en colère et en désarroi, soit 64 %, tient toujours. «On réfléchit au meilleur moment pour l’utiliser», dit-elle.

Retourner au travail après deux semaines de lock-out, «c’est comme revenir après une tornade», résume le professeur Tristan Milot qui est directeur du Centre de recherche CEIDES de l’UQTR. «Mon employeur m’a interdit de préparer mes cours pendant 14 jours. Comment voulez-vous que je sois prêt?», se questionne-t-il.

La professeure Diane Gagné, qui enseigne les relations de travail et la gestion des ressources humaines, voit elle aussi un champ de ruines en termes de relations avec la direction. Malgré la levée du lock-out, «on n’a plus confiance en l’administration de l’Université», dit-elle. «Ce qui me frappe, c’est toute la détresse humaine qui a découlé du lock-out», dit-elle.

«Pourquoi la direction a posé ce geste sauvage de fermer l’Université? Ça, je pense qu’il va falloir qu’elle réponde à cette question», indique le président du Syndicat des professeurs, Ismaïl Biskri.

C’était le chaos complet chez les professeurs, mercredi après-midi. Personne ne savait, ni du côté des professeurs, ni du côté des étudiants, comment se déroulera le jour 1 du retour à la vie normale et surtout, par quel bout reprendre cette vie universitaire pour la remettre sur les rails.

Lyne Cloutier indique que les professeurs auront des cours à donner dès jeudi matin et que les stages devront eux aussi recommencer.

Les professeurs indiquent que des échéanciers doivent être respectés pour assurer la validité des travaux de recherche, par exemple, sinon, ce sont les protocoles de recherche qui sont invalidés. L’étendue des dégâts, dans le cas d’expériences scientifiques laissées en suspens, par exemple, n’est pas encore connue. Le respect des échéanciers dans les prises de mesures est en effet extrêmement important, expliquent les professeurs.

Pour sa part, la professeure Gagné recevra les étudiants qu’elle a à superviser au doctorat et à la maîtrise. Elle indique que beaucoup de professeurs vont partir en colloque. D’autres auront des cours à donner ou des stages à amorcer et devront voir comment récupérer ce qui a été perdu.

Il y aura les corrections à faire pour donner les notes de la session d’hiver. Le président du Syndicat, Ismaïl Biskri, a assuré que la date limite pour remettre les notes de la session d’hiver, soit le 18 mai, ne pourra en toute logique être respectée.

Le Syndicat s’affairait d’ailleurs, mercredi après-midi, à étudier le protocole de retour au travail proposé par la direction pour pouvoir informer ses membres le plus rapidement possible.

Le porte-parole des professeurs, Jason Luckerhoff, indique que selon un sondage organisé par des professeurs en lock-out auprès de leurs collègues, les professeurs «doivent corriger 15 000 copies et remettre les notes aux étudiants, ajuster plus de 300 cours et donner suite à plus de 25 millions $ d’ententes négociées avec des partenaires qui étaient à risque. Récupérer 15 jours de travail, ça ne peut pas se faire en une soirée», plaide-t-il. À elle seule, Diane Gagné a 40 examens de deuxième cycle à corriger, de même que trois rapports de stages et un essai, ce qui représente environ 80 heures de travail.

«Par quoi commencer dans tout ce qui est en retard?», se questionne le professeur Luckerhoff en se demandant si les professeurs devront se taper 12 heures de travail par jour pour rattraper le temps perdu.

Les cours d’été ne sont pas des cours de rattrapage, tient à préciser la professeure Cloutier. Dans son département, sciences infirmières, il y a des cours qui ne se donnent que l’été. «La moitié des étudiants se sont désinscrits», constate-t-elle. Ils devront attendre un an avant de récupérer cette formation.

Le professeur Frédéric Laurin, personne-ressource bien connue des médias en matière d’économie, mentionnait sur sa page Facebook la liste des actions qu’il aura personnellement à poser dès jeudi matin: correction des cours d’hiver 2018, reprise des discussions au sujet des stages, accueil des étudiants pour discuter de l’avancement de leurs essais, mémoires et activités de synthèse et action rapide pour les étudiants qui attendent le paiement de leur travail d’assistant de recherche.

La ministre ayant écrit publiquement qu’elle n’a plus confiance au recteur et en son conseil d’administration, le député Martel croit qu’il va peut-être «être difficile pour l’UQTR d’avoir de l’autorité autour de la table des négociations» qui doivent se terminer avant le 15 juin.

Le président du Syndicat des professeurs croit qu’il ne faut pas parler de rancœur, face à ce qui s’est passé à l’Université et aux effets secondaires du lock-out des professeurs. La question, dit-il, est plutôt de se demander «si l’on peut permettre que l’Université soit dirigée d’une façon aussi radicale. Allez poser la question aux étudiants qui sont actuellement sur de la braise ardente et qui ne savent pas comment va se terminer leur session. Allez poser la question aux professeurs qui ont eu des engagements par rapport à leurs collaborateurs et qui, en fin de compte, n’ont probablement pas pu tenir leurs engagements parce qu’ils se sont retrouvés en lock-out», dit-il.