Luc Jutras, propriétaire de l’entreprise Mon Jardin urbain à Trois-Rivières.
Luc Jutras, propriétaire de l’entreprise Mon Jardin urbain à Trois-Rivières.

Retour vers la terre en temps de pandémie

TROIS-RIVIÈRES — Si les poules pondeuses sont devenues une denrée rare, depuis le début de la pandémie, parce que plus de gens veulent désormais en élever eux-mêmes, les semences pour le jardin le sont devenues tout autant, ce printemps.

L’engouement soudain pour le jardinage se répercute chez tous les distributeurs en ce moment. Luc Jutras, propriétaire de l’entreprise horticole Mon Jardin urbain de Trois-Rivières, s’approvisionne chez un gros fournisseur en affaires depuis 90 ans, WH Perron. En ce moment, il lui faut plus de trois semaines pour obtenir ses commandes de semences. Avant, dit-il, il les recevait en 48 heures. Sur le site de WH Perron, les clients sont d’ailleurs avisés qu’il faut compter 21 jours ouvrables, maintenant, pour recevoir leur commande.

Luc Jutras raconte qu’en voyant la tendance, il a fait des provisions pour ses propres clients.

À Saint-Didace, près de Louiseville, Diane McKay et Yves Gagnon des Jardins du Grand-Portage font connaître l’agriculture biologique au grand public depuis des décennies. Aujourd’hui, leur fille Catherine a pris la relève d’une partie importante de l’entreprise. Basée à Montréal, elle vend en ligne les semences de petits producteurs régionaux, comme ses parents.

Les affaires vont bien. Trop bien. Depuis le début de la pandémie et du confinement, son entreprise croule sous les commandes, qui au début du printemps, entraient aux deux minutes dans la boîte de courriels, raconte Mme McKay.

Alexi Trépanier, propriétaire d’Extermination et Fertilisation LT de La Tuque.

À La Tuque, Alexi Trépanier, le propriétaire d’Extermination et Fertilisation LT, est surpris de voir à quel point la terre à jardin est, elle aussi, devenue populaire. «C’est un peu comme le papier de toilette. On dirait que les gens ont peur d’une pénurie. Tout le monde veut jardiner», dit-il, «même ceux qui n’ont jamais mis les mains dans la terre. En deux semaines, j’en ai vendu plus que dans tout mon été l’an dernier», raconte-t-il.

Bonne nouvelle pour les gens qui comptent sur leur habituel jardin communautaire pour s’adonner à leur passion, la Ville de Trois-Rivières a décidé de les rouvrir, d’ici la fin du mois de mai, tout en s’assurant de répondre aux normes sanitaires. Il y aura donc de l’affichage, de quoi se laver les mains sur place et peut-être des horaires pour assurer la distanciation sociale.

Le territoire de Trois-Rivières en compte huit (rues Girard, Saint-Paul, Sainte-Cécile, de l’Abbé-Paquin, Sirois, Louis-de-France, du Père-Breton et Rochefort.)

La pandémie incite les gens à partir ou repartir à la découverte du jardinage, un art qui n’est pas si simple à maîtriser. Diane McKay en entend de toutes les sortes, depuis quelques semaines. «Une dame a appelé pour dire qu’elle avait reçu ses semences et elle a demandé: ‘‘Qu’est-ce que je fais, maintenant? Je jette ça dans la jardin comme ça’’?»

Yves Gagnon a donc pris la peine d’éclairer ses clients en réalisant une série de vidéos sur Youtube (faire les mots clés Youtube Jardins Grand-Portage pour les visionner).

S’il est un effet positif de la COVID-19, c’est sans doute ce retour vers la nature.

En collaboration avec Audrey Tremblay