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Alors que s’achève la session d’hiver dans quelques semaines, le réseau collégial demande à Québec d’investir dans l’éducation pour redémarrer l’économie.
Alors que s’achève la session d’hiver dans quelques semaines, le réseau collégial demande à Québec d’investir dans l’éducation pour redémarrer l’économie.

Retour progressif au collégial et spectre de grève

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
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Trois-Rivières — C’est très progressivement que certains étudiants reviennent dans les murs de leur cégep, à Trois-Rivières et à Shawinigan, depuis le 8 février. Le choc n’est pas très grand. Avant même que la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann annonce le début d’un retour progressif des étudiants sur les campus collégiaux et universitaires, «on avait déjà beaucoup d’étudiants en présence parce qu’on a beaucoup de techniques, d’activités pratiques, de laboratoires et de stages», rappelle Vincent Roy, président du Syndicat des enseignant(e)s du Collège Shawinigan.

Le retour très attendu se fait surtout du côté des sciences humaines, et de certains cours techniques comme techniques en administration», illustre-t-il.

«Ça se passe plutôt bien», constate de son côté Jean Fournier, président du Syndicat des enseignants du Cégep de Trois-Rivières où, là aussi, il y a beaucoup de formations techniques. «C’était désastreux le 13 mars dernier quand il a fallu quitter nos murs et ce n’est pas plus simple de revenir à l’intérieur des murs», signale-t-il. «Ce n’est pas magique. Il faut se réapproprier nos stratégies pédagogiques, recadrer certaines évaluations, mais les profs qui ont eu envie de le faire ont eu l’occasion de faire ce pas», dit-il.

Au beau milieu de cette nouvelle adaptation, il y a quelques jours, les membres du syndicat de Shawinigan ont voté en faveur de l'intensification de leurs moyens de pression et de la planification de l'exercice de la grève au moment jugé opportun. Le vote est prévu pour le 5 mars du côté de Trois-Rivières.


Il n’est donc pas exclu que la fin de la très difficile session d’hiver, marquée par une pandémie qui n’en finit plus, soit également perturbée par d’importantes actions syndicales d’ici la fin de mai.

«Les budgets du gouvernement provincial vont probablement arriver dans les prochaines semaines. On souhaite qu’il y ait des investissements et qu’on n’oublie pas l’éducation», explique M. Roy. «On sait que le gouvernement a beaucoup dépensé, mais on croit qu’il faut investir dans l’éducation pour repartir l’économie», fait-il valoir.

Ce dernier constate qu’il devient de plus en plus difficile de recruter des enseignants. «Même si l’on a perdu plusieurs emplois dans certains secteurs, d’autres ont continué à maintenir le plein emploi. Le taux de chômage n’est pas si élevé que ça. Lorsque l’économie va repartir, on a peur d’avoir de la difficulté à recruter des profs. Les salaires augmentent. Même pendant la pandémie, c’était environ 2,6 % d’augmentation dans le privé, globalement, alors que dans le secteur public, notre convention est échue depuis un an», rappelle-t-il. Selon lui, sans augmentations salariales dans le secteur public, il deviendra difficile de recruter de la relève enseignante et de faire compétition au secteur privé.

En attendant ces moyens de pression, le retour des étudiants se fait avec grande prudence.

«Jamais le gouvernement Legault n’aurait reçu la bénédiction de la santé publique pour ouvrir les vannes et que tout le monde revienne», rappelle M. Fournier.

Donc, tous les profs ne pouvaient pas tous réinviter leurs étudiants sur le campus en même temps. Ceux qui donnent des cours théoriques pouvant être dispensés à distance attendront, pour la plupart, que la région soit de nouveau en orange avant de laisser leurs groupes revenir en classe, illustre-t-il.

«Il y a des profs pour qui ce n’est pas possible ni souhaitable, par exemple, ceux qui ont des difficultés physiques ou qui approchent la soixantaine ou qui sont les aidants naturels d’un aîné», dit-il. «Ce sont des contextes déchirants», fait-il valoir. «Il y a aussi des collègues qui nous ont dit, en assemblée syndicale, qu’ils n’ont plus de capacité d’adaptation. Ça fait un an qu’on s’adapte, qu’on vire à gauche, qu’on vire à droite», rappelle M. Fournier.

Du côté du Cégep de Shawinigan, c’est aussi quelques cours qui ont été ciblés pour le retour progressif. La coordination du retour à raison d’au moins une journée par semaine sur le campus est assez complexe. «Il ne faut pas qu’il y ait un cours à distance et que 10 minutes après, il y ait un cours en présence», fait valoir Vincent Roy.

Certains cours ont donc recommencé en présence la semaine passée, d’autres cette semaine «et notre relâche est la semaine prochaine», dit-il. D’autres vont débuter après.

«Quand la ministre McCann a annoncé ça, ça faisait déjà trois semaines que la session était commencée», rappelle M. Roy. «Tout virer ça, ce n’est pas facile. Il y a des étudiants qui n’ont pas pris d’appartement ou qui travaillent. Le changement en cours de session, ce n’est pas facile à faire», résume-t-il.

M. Roy signale aussi que «la Santé publique et le ministère n’ont même pas les mêmes normes», déplore-t-il. Pour un, il faut que les étudiants soient assis à 2 mètres les uns des autres. Pour le second, c’est 1,5 mètre. Dans une classe, 1,5 mètre diminue le nombre d’étudiants qu’il est possible d’accueillir, fait-il valoir.

La session d’hiver qui s’achève, prise en sandwich entre la pandémie et les pressions syndicales, sera sans doute une des plus inoubliables de l’histoire des cégeps.