Les installations de l’Aluminerie de Bécancour pourraient faire l’objet d’une modernisation majeure avec le retour au travail des salariés syndiqués.

Retour au travail à l'ABI: vers des investissements de 300 M$?

Bécancour — Après avoir été refoulés à l’entrée de l’usine pendant près de 18 mois en raison du lock-out, un premier groupe de quelque 80 salariés syndiqués va revenir officiellement vendredi à l’intérieur de l’Aluminerie de Bécancour pour reprendre le boulot, même si des activités de mise à niveau étaient déjà en cours depuis quelques jours. Et ce retour au travail tant attendu dans la région pourrait aussi marquer le premier pas vers des investissements potentiels de plus de 300 millions de dollars pour implanter la nouvelle technologie AP60.

Toutefois, il n’en est pas question dans la déclaration formelle de l’entreprise. «ABI est heureuse d’accueillir ses employés à l’usine afin de collaborer au redémarrage sécuritaire et efficient de l’aluminerie. Conformément au protocole de retour au travail, les employés seront progressivement rappelés au travail, pour atteindre 85 % de l’effectif de retour à l’usine au cours des six prochains mois», a indiqué la conseillère en communication à l’ABI, Julie Dubé.

On y apprend que le plan de relance, qui devrait être complété au cours du deuxième trimestre de 2020, prévoit un redémarrage graduel de plus de 600 cuves. La capacité annuelle d’ABI est de 413 000 tonnes métriques.

Selon Mme Dubé, l’objectif d’ABI est d’assurer la compétitivité à long terme de l’aluminerie, «au bénéfice de nos employés, de l’entreprise et de l’ensemble de la communauté». Le Syndicat des Métallos n’a pas voulu commenter la rentrée de ses membres.

«Avec un parc d’usines qui a 25 ans et qui avance, on arrive à des carrefours d’investissement. Avant même d’envisager de l’expansion, il faut envisager de la modernisation», a soulevé le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard, tout en se gardant de commenter le cas d’ABI car, dit-il, «ce sont des choix qui appartiennent aux actionnaires».

Du même souffle, il souligne toutefois que présentement, le prix de l’aluminium, qui oscille à 1700 dollars la tonne, n’est pas favorable à des investissements majeurs. «Le prix est très important comme signal pour des investissements. Il va falloir que le prix de l’aluminium remonte progressivement. Cependant, il y a tout lieu de croire que la convention collective à laquelle ils sont arrivés confère à l’ABI les leviers, les éléments requis pour construire sa compétitivité», croit M. Simard.

Selon lui, le premier enjeu consiste donc à «repartir correctement sur le plan technique». «Et l’enjeu à moyen, long terme, c’est d’accroître la productivité pour améliorer la compétitivité. Et une fois qu’on atteint des objectifs, à ce moment-là, on peut entrevoir la possibilité de faire des investissements. Mais il faut d’abord et avant tout que les opérations soient productives et que les coûts soient compétitifs», explique-t-il.

Et le moment venu, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, affirme que son gouvernement «va être tout à fait disposé à s’asseoir avec Alcoa pour discuter de ses plans et de ses investissements».

«Que ce soit via Investissement Québec ou autre ministère, on va sûrement être attentif et à l’écoute. Et tout ce qui va contribuer au développement socio-économique du Québec, on va être attentif et on va contribuer du mieux qu’on peut, toujours dans une perspective de saine gestion des finances publiques. Mais oui, on sera là, c’est un joueur important pour l’économie du Québec et on va continuer d’être côte à côte avec cette entreprise», précise le député de Trois-Rivières.

D’ailleurs, son collègue Donald Martel était présent lorsque son patron, le premier ministre François Legault, a offert le coup de pouce de l’État à la haute direction de l’ABI, au besoin.

«Tout le long du conflit, ce que j’ai entendu et retenu du côté patronal, on cherche une flexibilité pour assurer la survie à long terme de l’entreprise. Pour moi, la survie à long terme implique des investissements et à cet effet-là, j’ai déjà commencé à les sensibiliser. Je souhaite que le retour au travail se fasse correctement, qu’on prenne ça collectivement comme un beau défi, dire, on veut relancer l’entreprise et si on y arrive, je pense qu’on a de très bons arguments pour forcer, je dis ça positivement, la compagnie à investir. M. Legault a déjà ouvert la porte et moi, je vais m’assurer de faire un suivi de ça», confie le député de Nicolet-Bécancour.

Un optimisme partagé par le président et directeur-général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard. «Ils vont probablement appliquer une nouvelle façon de procéder pour l’aluminium, qu’on appelle l’AP60, ce qui devrait être intéressant au niveau des investissements éventuellement. Et la direction locale reçoit des groupes, des équipes, pour relancer l’entreprise dans cette nouvelle vision de pérennité de l’entreprise à long terme. N’oublions pas que notre compétiteur, c’est la Chine», a-t-il fait savoir.

D’ailleurs, celui-ci trouve que le redémarrage de l’ABI survient au bon moment, soit dans un contexte où le gouvernement a une volonté de développer des zones d’innovation, un dossier qui relève directement de Donald Martel.

Pour le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, il revient à l’employeur de juger de l’importance «de mettre l’entreprise au goût du jour, comme on l’a fait ailleurs dans plusieurs autres endroits». «Il y a la question aussi de la transformation qui serait quelque chose de très intéressant pour nous», conclut le premier magistrat.