«On veut que notre usine continue à vivre durant les 25 prochaines années» - le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois

Retour au travail à l'ABI: «c’est comme sortir d’une longue convalescence»

Bécancour — «Pour nous, c’est comme sortir d’une longue convalescence actuellement. On vient de vivre 18 mois de fragilité, avec une menace au-dessus de nous.» Voilà comment le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, accueille le retour à la normale à l’Aluminerie de Bécancour.

Et avec un enjeu de taxation municipale de plus de quatre millions de dollars par année, «on en a fait des scénarios, des plans A, B, C et même D, si le pire était arrivé», avoue-t-il avant d’ajouter «qu’on n’a pas pu ne pas l’envisager à certains moments».

«J’ai très confiance en l’attitude des employés»
- le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel

Celui-ci dit avoir vécu ce long conflit de travail «péniblement». «On n’était pas en mesure de comprendre ce qui se passait et c’est un conflit privé qui a pris des allures publiques à un moment donné. On était pris pour intervenir dans quelque chose qu’on ne comprenait pas véritablement», raconte le premier magistrat.

Pour sa part, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, qui fut l’objet de critiques blessantes, admet avoir été dur avec le syndicat, mais sans jamais attaquer les travailleurs. «Le conflit est le résultat historique de relations de travail difficiles, mais j’ai très confiance en l’attitude des employés. Ce que je souhaite, c’est que l’harmonie revienne dans l’usine», affirme-t-il.

«C’est comme s’il nous arrivait tout à coup une nouvelle énergie»
- le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard

De son côté, le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard, trouve «assez fascinant» ce retour au travail à l’ABI. «C’est comme s’il nous arrivait tout à coup une nouvelle énergie, pas seulement chez Alcoa, mais dans le parc aussi. Ça anime l’ensemble des entreprises», témoigne-t-il.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, invite les parties à travailler ensemble et à collaborer pour un retour au travail harmonieux, et ce, «malgré les répercussions du conflit au plan humain».

«Ça va être très bon pour le Canada»
- le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard

«C’est un soulagement collectif. Il y a tellement d’acteurs qui ont été impliqués dans ce dossier-là, qui ont contribué au règlement. Je félicite tout le monde. Maintenant, il faut tourner la page, panser les plaies, et si tout le monde est de bonne volonté, on va réussir», a-t-il déclaré.

Celui-ci poursuit son implication alors que les gens de son ministère sont à pied d’œuvre, dit-il, pour offrir ses services en matière de formation, de développement des compétences et d’accompagnement en ressources humaines. «Et quand les parties seront prêtes, j’ai aussi offert des services pour améliorer le climat de relations de travail», précise celui qui a aussi demandé à son personnel, en région, de communiquer avec les sous-traitants pour établir leurs besoins de main-d’œuvre.

«Il faut tourner la page, panser les plaies»
- le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet

Pour le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard, la reprise de la production à l’ABI sera la bienvenue dans le marché. «Ça va être très bon pour le Canada parce que ce sont des parts de marché qui étaient approvisionnées par d’autres régions du monde», fait-il remarquer.

Selon le professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez, on assiste à une rupture dans la culture organisationnelle antérieure avec le départ à la retraite d’une centaine de lockoutés, ce qui a pour effet de rajeunir les effectifs. Et pendant le conflit, la compagnie a procédé à des changements physiques favorisant une modification culturelle.

«L’employeur gagne et le syndicat perd»
- le professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez

«L’offre de travail de la maintenance a été réorganisée sur trois quarts afin qu’elle soit ajustée à la production. Ainsi, ABI casse le modèle antérieur d’une maintenance qui s’effectuait principalement de jour, obligeant des rappels au travail plus fréquents sur les quarts de soir ou de nuit», explique-t-il.

À son avis, l’employeur, «maintenant bardé de cadres qui connaissent à fond les opérations pour les avoir pratiquées pendant le lock-out», se propose vraisemblablement d’imposer le travail continu avec des équipes de travail de plus petite taille, dans le contexte d’une plus grande flexibilité opérationnelle.

De plus, cette rupture culturelle se traduit par des initiatives originales. Par exemple, la semaine dernière, M. Bernatchez rapporte qu’ABI a rappelé uniquement les neuf membres du nouvel exécutif syndical pour de la formation.

De son point de vue, par rapport aux conditions qui prévalaient avant le déclenchement du lock-out, il s’agit d’un résultat gagnant-perdant. «L’employeur gagne et le syndicat perd», soutient le spécialiste.

«Si j’ai un vœu à faire, c’est que la rentrée se fasse avec certaines valeurs de respect des deux côtés, qu’on parle de fierté. On oublie le passé, on veut que notre usine continue à vivre durant les 25 prochaines années, qu’elle vive bien. Il faut changer la façon de se voir et de se considérer les uns les autres. Je souhaite absolument qu’on développe ce climat de respect mutuel dans l’entreprise», conclut le maire Dubois.