Brigitte Alarie, psychoéducatrice en santé mentale jeunesse et Cynthia Fournier, intervenante sociale au service de proximité 13-18 ans, toutes deux du CIUSSS-MCQ.
Brigitte Alarie, psychoéducatrice en santé mentale jeunesse et Cynthia Fournier, intervenante sociale au service de proximité 13-18 ans, toutes deux du CIUSSS-MCQ.

Retour à l'école: il faudra faire parler les adolescents

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Ça fait cinq mois que les ados sont loin de l’école. L’heure de la rentrée a maintenant sonné. Certains en sont fort heureux et célèbrent le retour à la vie normale. D’autres, qui ont des problèmes d’anxiété, subissent un stress de devoir quitter le milieu familial où ils étaient tellement confortables pendant le long confinement.

On ne revient donc pas à l’école après tous ces mois sans une certaine préparation, font valoir Cynthia Fournier, intervenante sociale au service de proximité 13-18 ans et Brigitte Alarie, psychoéducatrice en santé mentale jeunesse, toutes deux du CIUSSS-MCQ. Ces spécialistes invitent les parents à être encore plus à l’écoute de leur ado et à les faire parler. La même suggestion va pour les enseignants, en particulier les titulaires de classes.

«En parler, être à l’écoute, se montrer ouvert, lui demander comment il vit ça, être en observation», sont les mots-clés qu’il faut retenir pour la rentrée.

Mme Alarie croit qu’il ne faudrait pas plonger les jeunes dans les livres dès leur première journée de retour en classe après une absence aussi longue. Dès les premières journées d’école, «il faudra d’abord échanger, faire parler les jeunes de ce qu’ils ont vécu, durant le confinement. Il ne faut pas faire en sorte d’évincer la question et faire comme si ça n’avait pas existé. Il y a encore plein de mesures qui sont mises en place par la Santé publique. Il faut vraiment en discuter avec eux. La classe va être un bon endroit pour le faire. C’est un endroit neutre», fait-elle valoir.

La COVID-19 et ses implications «ont amené beaucoup de stress chez nos jeunes et chez nos parents. Le retour à l’école va être différent cette année. Nos jeunes doivent s’adapter. Il y en a qui sont restés dans leur chambre depuis le mois d’avril alors que d’autres ont travaillé», rappelle Mme Fournier. Certains ont pu retrouver leurs meilleurs copains, d’autres pas, bref, ils n’ont pas tous vécu la situation de la même manière. «Il y a des jeunes plus vulnérables dont les vulnérabilités ont pris de l’ampleur», ajoute Mme Alarie.

Il se peut que certains ados se sentent plus nerveux, aient plus de difficulté à dormir, soient absorbés par une foule de pensées. «Ce sont des symptômes de stress qui sont, dans les circonstances, normaux», assure Mme Fournier.

Les enseignants auront un rôle important à jouer. «Beaucoup de jeunes se confient à des enseignants de confiance», rappelle-t-elle.

Le retour à l’école est synonyme de retour à une routine plus sécurisante, plus normale. «Les adolescents ont beaucoup hâte de retourner à l’école. Tout l’aspect social de l’école est important à cet âge-là», fait valoir Brigitte Alarie. «Ça fait partie du développement normal de se retrouver en groupe», dit-elle. «La routine aide beaucoup à normaliser les choses. On a besoin d’un encadrement minimal», dit-elle, ne serait-ce que pour les heures de lever et de coucher ou les soupers en famille. Aller à l’école fait partie de la routine et fait partie d’un bon développement dans l’adolescence», précise Mme Alarie.

«C’est sécurisant, une routine. C’est prévisible. On sait plus à quoi s’attendre. Ça vient diminuer un certain stress et ça vient favoriser autant la santé physique que la santé psychologique», renchérit Mme Fournier.

«Je pense que beaucoup vont vivre de l’anxiété et du stress en lien avec le retour à l’école, mais est-ce que ce sera de façon marquée? Ce n’est pas si évident. C’est sûr qu’il va y avoir un impact», indique Mme Alarie.

À l’intérieur de leur groupe classe, il n’y aura pas de distanciation sociale entre eux. «Ça va permettre le rapprochement dont ils ont besoin dans leur développement normal. Ça pourrait minimiser les impacts que le confinement a pu avoir», explique-t-elle. Durant les pauses et à la cafétéria, «ils vont pouvoir côtoyer d’autres groupes, mais ils vont devoir respecter les mesures sanitaires», rappellent les deux intervenantes.

Si malgré tout, les parents ou les enseignants perçoivent que l’adolescent a l’air préoccupé ou anxieux, Mme Alarie conseille de communiquer avec lui en utilisant le «message en je». Par exemple, «j’ai l’impression que c’est plus difficile pour toi ces temps-ci. J’observe que c’est plus à la traîne dans ta chambre» au lieu de dire «t’as l’air triste. Ramasse-toi donc».

Cette façon d’aborder son ado évite qu’il se braque et se sente contrôlé, indique Mme Alarie. «Ça amène l’adolescent à porter attention à ce que le parent dit», fait-elle valoir, ce qui peut aider grandement à amorcer cette nouvelle et très particulière rentrée scolaire.

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