Les enseignants ont l’impression d’aller à la guerre avec un fusil à l’eau, selon le Syndicat de l’enseignement des Vieille-Forges.
Les enseignants ont l’impression d’aller à la guerre avec un fusil à l’eau, selon le Syndicat de l’enseignement des Vieille-Forges.

Retour à l’école au primaire: entre hâte et crainte

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Trois-Rivières - À l’école primaire Val Marie, 100% des enseignants étaient de retour, lundi matin, pour préparer l’accueil des élèves, le 11 mai. Environ 70 % de ces derniers seront de retour.

«Les enseignants ont hâte de revoir leurs élèves», constate la directrice, Carla Cholet, qui leur a parlé en matinée. La hâte est toutefois entremêlée d’une certaine crainte. La COVID-19 sera peut-être présente, elle aussi. «On ne sait pas», fait valoir Mme Cholet. Savoir qu’il y a des risques, les enseignants porteraient peut-être plus de vêtements de protection, dit-elle. Pour l’instant, leur directrice leur a fourni chacun un masque lavable dans lequel un filtre à balayeuse ou un filtre à café peut-être inséré.

«On ne sait même pas si le gouvernement va nous en fournir» comme il est supposé en fournir aux établissements publics, dit-elle.

La présidente du Syndicat de l’enseignement des Vieille-Forges, Claudia Cousin, se réjouit que le gouvernement se soit engagé à fournir des masques aux enseignants. «Ça va faire du bien parce que les enseignants avaient l’impression qu’on les envoyait à la guerre avec un fusil à l’eau. On a beau dire : ‘‘Vous n’avez pas besoin de masque’’ si les deux mètres sont respectés, mais lorsqu’on enseigne au préscolaire et avec des tout petits au premier cycle, quand l’enfant va pleurer parce qu’il s’est fait mal, je vais rester deux mètres et lui dire de frotter son bobo? Ça n’avait aucun sens et c’était un manque de respect envers la profession enseignante et le personnel de l’éducation», déplore Mme Cousin.

La question de la fourniture de masques a fort heureusement été posée, lundi, lors de la conférence de presse du premier ministre. Le gouvernement, prévient-elle, «est mieux de ne pas reculer».

Cette semaine sera particulièrement chargée pour les enseignants, car en plus de se préparer à accueillir leurs élèves, dans moins d’une semaine, ils doivent aussi continuer à faire de l’enseignement à distance et divers suivis auprès d’eux. «C’est énormément de travail», souligne Mme Cousin.

Au sujet des deux mètres de distanciation, des consignes ont été données aux enseignants en ce qui a trait aux élèves en troubles de comportement ou présentant de la violence. «La Commission scolaire a dit que c’est la sécurité du personnel et des enfants qui primait. Si des enfants ont des comportements qui mettent en jeu la santé et la sécurité des autres, il va y avoir une réévaluation» de la présence de ces élèves à l’école, dit-elle.

Claudia Cousin, présidente du Syndicat de l’enseignement des Vieille-Forges.

Selon ce que le Syndicat a appris, environ 240 employés de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, tous les emplois confondus, ont fait une demande pour être réaffectés, surtout en télétravail. «Certains ne peuvent entrer au travail à cause de contre-indications médicales sans toutefois être en maladie. Ils ont une condition faisant en sorte qu’ils ne peuvent pas prendre le risque de contracter la COVID-19. Pour les enfants qui ne viennent pas à l’école et restent à la maison, «nos enseignants en télétravail pourront faire le suivi auprès de ces enfants-là», indique Mme Cousin.

Les Commissions scolaires de l’Énergie et du Chemin-du-Roy n’étaient pas encore prêtes, lundi, à répondre aux questions des médias. À la Commission scolaire de la Riveraine, toutefois, on indique que 1800 des 3255 élèves du préscolaire et du primaire, soit 55% des effectifs, reviendront à l’école, le 11 mai.

Ce chiffre semble montrer une tendance générale si l’on se fie à d’autres établissements. Pour Val Marie, c’est 70% et à l’École Vision de Trois-Rivières, 216 des 276 élèves du préscolaire et du primaire seront au rendez-vous le 11 mai, soit 78% des cohortes.

Toutes ces données donnent un aperçu qu’environ 67% des élèves, en moyenne, pourraient revenir lundi prochain dans les établissements.

«Concernant les locaux, nous sommes à analyser la situation de chaque école, afin d’arrimer les besoins d’espace en fonction du nombre d’élèves inscrits», indique la secrétaire générale de la Commission scolaire de la Riveraine, Émilie Guay. «Il est possible que nous réorganisions certains groupes-classes et nous devrons assurément utiliser la majorité des locaux des écoles primaires pour assurer le respect de la distanciation de 2 mètres. Il est également possible que nous ayons à déplacer certains groupes du 3e cycle du primaire vers les locaux vacants des écoles secondaires», dit-elle.

«Nous travaillons très fort à réorganiser le transport scolaire afin de respecter le maximum de 12 élèves par autobus. Nous avons encouragé les parents qui le peuvent à assurer le transport de leur enfant, tel qu’indiqué par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur et nous sommes à refaire nos trajets afin d’assurer le transport pour l’entrée et la sortie quotidienne des classes pour les élèves qui en ont besoin», ajoute Mme Guay.

Claudia Cousin rappelle qu’il n’y aura pas de tests de dépistage pour la COVID-19 dans les écoles. Le personnel et les élèves qui présentent des symptômes doivent donc rester à la maison et consulter. La présidente du SEVF avoue qu’il y a «énormément» d’inquiétude face à cette situation. «On dirait que c’est nous les cobayes pour voir comment le déconfinement va fonctionner. Et on teste ça avec des enfants», dit-elle.

«J’ai amplement confiance au personnel enseignant et à tout le personnel des écoles. Ils vont tout faire pour la sécurité des enfants», assure-t-elle. «On sent que c’est une énorme responsabilité», constate-t-elle toutefois. Le succès du déconfinement est perçu comme «un gros poids sur les épaules», dit-elle.