Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnels en soins de santé de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ), et Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers (FSSS-CSN).
Nathalie Perron, présidente du Syndicat des professionnels en soins de santé de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ), et Pascal Bastarache, président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers (FSSS-CSN).

Rétention et disponibilité dans la mire des syndicats: un enjeu majeur pour la seconde vague

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Le système de santé a beau avoir mis en place tous les protocoles nécessaires afin de mieux affronter la seconde vague de coronavirus, si le personnel en place n’est pas en nombre suffisant pour répondre à la demande, ça ne servira à rien.

Voilà l’avis partagé à la fois par le Syndicat des professionnels en soins de santé de la Mauricie et du Centre-du-Québec (FIQ) et par le Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers (FSSS-CSN).

On sait déjà que plus de 350 nouveaux préposés aux bénéficiaires feront leur entrée officielle dans les établissements du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec le 15 septembre prochain. Une arrivée saluée par les deux syndicats, qui reconnaissent qu’on a fait là un bon coup. Par contre, l’organisation du travail devra faire en sorte qu’on ne perde personne au fil du temps, constate le président du Syndicat du personnel paratechnique, des services auxiliaires et des métiers Pascal Bastarache.

«On continue d’avoir des réserves sur l’application des mesures liées à l’arrêté ministériel, et qui briment le droit conventionnel des travailleurs. On continue d’avoir du haussement obligatoire, de l’abus de gestion. On donne ce qu’on peut, mais si on contraint encore les employés à ces mesures advenant une deuxième vague, je crains que plusieurs ne tombent au combat», note Pascal Bastarache, faisant remarquer qu’il n’aura servi à rien de recruter de nouveaux préposés si, au final, ils ne sont là que pour remplacer ceux qui sont épuisés.

Du côté des infirmières et infirmières auxiliaires, le manque de personnel continue encore et toujours de causer de l’inquiétude, comme le rapporte la présidente de la FIQ en Mauricie et au Centre-du-Québec, Nathalie Perron.

Le syndicat a d’ailleurs entamé récemment une tournée des députés de la région afin de les sensibiliser à ce problème et d’essayer d’obtenir l’implantation d’une formation intensive qui permettrait à des gens de tous les milieux de pouvoir suivre un cours en accéléré en collaboration avec Emploi Québec pour devenir infirmière ou infirmier.

Présentement, à peine 35 % des infirmières auxiliaires ont un poste à temps complet. Nathalie Perron suggère que l’on puisse offrir aux travailleuses la possibilité d’être à temps complet sur une base volontaire, ce qui éviterait d’en contraindre d’autres à travailler à temps plein ou en temps supplémentaire obligatoire sans que ce soit leur choix.

Par ailleurs, l’arrêt de la mobilité du personnel pour éviter la propagation du virus entraînera forcément un problème de disponibilité du personnel auquel il faudra remédier, croit Nathalie Perron. «Parce qu’à l’heure actuelle, ce qu’on se demande, c’est qu’est-ce qu’on n’offrira pas comme services? Pour que les soins soient sécuritaires, il faudra faire des choix», mentionne-t-elle.

Le président et directeur général du CIUSSS-MCQ, Carol Fillion, sait qu’un défi de main-d’œuvre demeure du côté des infirmières et infirmières auxiliaires. À ce titre, il appuie la démarche du syndicat qui souhaite demander à Québec de proposer une formation rémunérée. Il assure en outre mettre tout en œuvre pour éviter de devoir couper dans des services jugés essentiels pour la qualité de vie et les bons soins des gens de la région.

D’un autre côté, le CIUSSS dit avoir amélioré les façons de faire non seulement en travaillant à des horaires à plus long terme, mais aussi en décentralisant les décisions, ce qui permettra d’accommoder davantage les travailleuses qui, pour des détails d’horaires et de disponibilités, pourraient offrir plus de temps à l’employeur avec un accommodement minime lui permettant une meilleure conciliation travail-famille, par exemple.

De son côté, Pascal Bastarache déplore l’inaction du gouvernement à négocier le contrat de travail, échu depuis mars. Selon lui, cette attente fait perdurer la grogne chez les employés. «François Legault a donné une garantie que les salaires seraient de 26 $ de l’heure, mais en réalité, personne ne gagne ça sur le plancher. On a juste ajouté plein de primes temporaires», note M. Bastarache, qui martèle qu’il importe de s’attaquer au problème de rétention du personnel si on veut s’assurer de pouvoir faire face à la deuxième vague.