Une aide financière de 15 millions de dollars a été accordée pour la restauration de bâtiments à caractère religieux dans la province.
Une aide financière de 15 millions de dollars a été accordée pour la restauration de bâtiments à caractère religieux dans la province.

Restauration de bâtiments religieux: une aide bienvenue, mais inaccessible pour plusieurs églises de la région

Amélie Houle
Amélie Houle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Alors que la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a fait l’annonce lundi d’une aide financière de 15 millions de dollars pour la restauration de bâtiments à caractère religieux sur l’ensemble du territoire québécois, cette aide est accueillie favorablement dans la région, mais est loin d’être suffisante, voire même inaccessible pour certains lieux de culte de la région, selon l’historien et président d’assemblée des deux Fabriques de la MRC des Chenaux, René Beaudoin.

«Évidemment, je suis très content de l’aide annoncée cette semaine et c’est un très bon début. Mais bon an mal an, c’est autour de 40 à 45 millions de dollars en demandes d’aide financière qui sont faites. Quand on considère que seulement 15 millions de dollars sont octroyés, ça finance seulement le tiers des demandes actuelles et ça, c’est seulement pour les demandeurs», soutient René Beaudoin.

En effet, les 15 millions de dollars versés serviront plus précisément à la restauration de 62 bâtiments et de trois orgues, répartis dans plusieurs régions du Québec, alors qu’on dénombrait 140 demandes de financement au total.

Il est d’ailleurs important de comprendre que pour pouvoir être admissible à une subvention de la part du gouvernement afin de restaurer un bâtiment à caractère religieux, le propriétaire doit être en mesure d’assumer 30 % du coût des travaux.

«Ce ne sont pas tous les lieux de culte qui font une demande d’aide financière pour la restauration de leur bâtiment, puisqu’une fabrique qui est propriétaire de l’église, mais qui n’a pas l’argent pour payer le 30 % des travaux, car elle n’est pas en mesure de faire des campagnes de financement sait qu’elle n’aura pas droit à cette aide.»

René Beaudoin, historien et président d’assemblée de deux Fabriques de la MRC des Chenaux .

Par ailleurs, ce sont uniquement les églises construites avant 1975 qui obtiennent la cote A,B ou C attribuée par le Conseil du patrimoine religieux du Québec qui sont admissibles à une aide gouvernementale.

«Avec les quelque 3000 lieux de culte au Québec, le gouvernement a mandaté le Conseil du patrimoine religieux du Québec pour faire une évaluation patrimoniale des divers établissements afin de pouvoir déterminer lesquels peuvent être cotés exceptionnels. En Mauricie, on pense à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Nicolet et à l’église de Saint-Grégoire-le-Grand à Bécancour par exemple qui ont la cote A. Elles se retrouvent donc à être les premières à être subventionnées. Les églises qui ont la cote D et E pour leur part, ne peuvent pas avoir cette subvention», précise M. Beaudoin.

En Mauricie, près de la moitié des églises ont obtenu les cotes D et E. Parmi les établissements qui ne peuvent recevoir cette subvention, on n’a qu’à penser aux églises de Sainte-Geneviève-de-Batiscan, de Saint-Tite, de Saint-Mathieu-du-Parc, de Saint-Édouard-de-Maskinongé, Saint-Marc à Shawinigan ou encore à celle de Saint-Barnabé.

«Dans la région, on a plusieurs belles églises de campagne qui sont cotées D ou E pour toutes sortes de raisons. Par exemple, l’église de Sainte-Genenviève-de-Bastican est une église qui est cotée E, c’est-à-dire qui est faible au niveau de sa valeur patrimoniale. Pourtant, il s’agit de la première église de style Dom Bello au Québec. Donc ces églises-là auraient beau faire toutes les demandes de financement qu’elles veulent, elles n’auront jamais d’argent de la part du gouvernement», explique René Beaudoin.

Des demandes beaucoup plus élevées

Bien qu’aucune évaluation n’ait jamais été faite afin de déterminer le montant exact qui serait nécessaire pour permettre à toutes les institutions religieuses de restaurer leurs lieux de culte, l’historien René Beaudoin y va de ses propres estimations.

«On peut supposer que les demandes sont beaucoup plus élevées que ça étant donné que plusieurs églises n’ont pas la cote pour avoir droit à ce programme de subvention. Il n’y a jamais eu d’évaluation faite à cet effet, mais selon moi, ça serait certainement le double, donc près de 80 millions de dollars», estime-t-il.

Dans la région, aucune estimation des coûts n’est faite en ce sens. Il n’est donc pas possible de savoir précisément la somme totale qui permettrait de remettre à niveau les lieux de culte de la Mauricie et du Centre-du-Québec.