Luc Lafrenière, porte-parole de la Maison Olivier de Shawinigan.

Ressources intermédiaires: 151 postes à pourvoir en Mauricie

TROIS-RIVIÈRES — Une enquête sur la pénurie de main-d’œuvre qui vient d’être rendue publique démontre qu’il y a plus de 2500 postes à pourvoir dans les ressources intermédiaires d’hébergement au Québec et qu’il faudrait 2,7 embauches par ressource intermédiaire pour remédier à la situation.

En Mauricie, ce sont 151 postes qui sont à pourvoir, soit une moyenne de 2,8 embauches par ressource intermédiaire. La région se place donc en sixième position à ce chapitre, au Québec, selon le rapport d’analyse produit en décembre 2018 par Charles Tessier, conseiller principal de la firme TACT Intelligence Conseil pour le compte de l’Association de ressources intermédiaires d’hébergement du Québec.

Les ressources intermédiaires sont des milieux de vie qui se veulent une alternative aux CHSLD.

Elles existent pour les personnes qui n’ont pas besoin d’un niveau de soins nécessitant une place en CHSLD, mais qui ne peuvent plus vivre dans leur milieu de vie habituel. Il s’agit principalement de personnes en perte d’autonomie liée au vieillissement, de cas de déficience intellectuelle, de troubles de santé mentale, de déficience physique et de toxicomanie.

Le rapport d’analyse de TACT indique que 83 % des ressources intermédiaires au Québec se disent touchées par une pénurie de main-d’œuvre. En moyenne, il manque un employé pour un peu moins de six résidents. En Mauricie, on parle plutôt de 8,6 résidents par poste à pourvoir.


«  La situation s’aggrave de mois en mois.  »
Luc Lafrenière

Luc Lafrenière, porte-parole de la Maison Olivier de Shawinigan, une ressource spécialisée pour personnes âgées avec troubles cognitifs et possédant 119 lits en contrat avec le CIUSSS et de la Maison d’en face, une ressource en santé mentale de 14 lits, indique qu’il est très difficile de trouver du personnel.

«On est toujours à la recherche d’employés, surtout pour combler les quarts de travail de soir, de fin de semaine et de nuit», dit-il. «Vu qu’il y a pénurie de main-d’œuvre, les gens ont beaucoup de choix un peu partout. Les gens vont prendre des quarts de travail en semaine. C’est plus difficile de trouver des employés pour la fin de semaine, le soir et la nuit», explique M. Lafrenière.

«Il faut trouver des gens qui ont la motivation nécessaire et les connaissances pour ce genre de travail là. Ça prend des gens fiables et qui vont prendre ça au sérieux», fait-il valoir. M. Lafrenière indique qu’il y a également une question de salaire. C’est que celui qui est offert dans les ressources intermédiaires est inférieur de 10 $ par rapport au salaire versé aux employés des CHSLD», dit-il. Ce salaire est imposé par le contrat qui lie les ressources intermédiaires et le gouvernement. Il ne peut donc être augmenté.

Ce sont les ressources intermédiaires de 15 résidents et moins, au Québec, qui sont les plus touchées. Leurs besoins s’élèvent en effet à 1278 employés de plus. Les ressources de 16 à 30 résidents ont besoin de 507 employés de plus et celles qui ont 31 résidents et plus auraient besoin d’ajouter 728 autres employés. L’Association des ressources intermédiaires propose une série de pistes de solutions afin de tenter de remédier à la situation. Elle suggère de faciliter la formation et l’insertion en emploi des personnes exclues du marché du travail, comme les immigrants, les réfugiés et les décrocheurs, par exemple.

L’ARIHQ propose également de faciliter et de structurer l’embauche de travailleurs étrangers temporaires comme le fait, par exemple, le milieu agricole. Finalement, l’Association croit qu’il faudrait intégrer des innovations technologiques dans les ressources intermédiaires afin de permettre aux préposés de se concentrer uniquement sur les soins aux résidents.

M. Lafrenière est d’accord avec les solutions proposées par l’ARIHQ. La formation est également importante. «Quand il nous arrive des gens qui sont déjà formés, l’intégration se fait rapidement», dit-il, car lorsqu’il faut les former, il faut prévoir de trois semaines à un mois avant qu’ils puissent être fonctionnels et efficaces», explique-t-il.

Une pression est alors créée sur le personnel en place, explique-t-il. «Ils font trop d’heures, tombent en maladie. On veut éviter de tomber dans ce cercle vicieux là le plus possible», dit-il.

«La situation s’aggrave de mois en mois et d’année en année. On voit arriver les vacances d’été. C’est plus pénible et c’est plus difficile de trouver des gens stables, car ils essaient 2 ou 3 mois ici et 2 ou 3 mois ailleurs. Ils ont beaucoup de choix», fait-il valoir.

«Avec des ratios aussi bas qu’un employé manquant pour quatre résidents, il est raisonnable de penser que les services pourraient être affectés», prévient l’auteur du rapport d’analyse du TACT.