La coroner Andrée Kronström a terminé le volet factuel de son enquête publique, et reviendra à Trois-Rivières à l’automne pour poursuivre avec les volets des représentations et des recommandations.

Ressource secouée, protocoles améliorés à la Maison Carignan

TROIS-RIVIÈRES — La mort de Lyndia Hamel à l’intérieur des murs de la Maison Carignan, le 27 décembre 2016, est un événement qui a littéralement traumatisé l’organisation. C’est du moins en ces termes que le directeur général de l’époque, Alain Poitras, a résumé l’événement pour lequel il était assigné comme témoin dans le cadre de l’enquête publique sur la mort de la jeune femme de 21 ans, enquête publique qui a terminé le premier volet de ses travaux vendredi au palais de justice de Trois-Rivières.

Alain Poitras était directeur général de la ressource depuis 2014. Lorsque le décès de Lyndia Hamel est survenu, le 27 décembre 2016, il a été appelé très tôt le matin, et est rapidement arrivé au centre, peu après que l’ambulance transportant la jeune femme eut quitté les lieux.

Quelques jours après les événements, il a tenté de faire la lumière sur le fil de la soirée, tant avec les intervenants Anthony Dessureault et Fannie Lampron, qu’avec les directrices cliniques Audrey Alarie et son adjointe Marie-Danielle Vézina. Or, au même titre que les témoignages entendus au cours de cette enquête publique, Alain Poitras soutient avoir lui aussi obtenu des versions contradictoires.

Selon ce qu’il a pu lire dans le rapport daté du 26 décembre, Alain Poitras est d’avis que la situation aurait nécessité l’expulsion de Lyndia Hamel. Or, la directrice clinique Audrey Alarie n’avait pas pu lire ce rapport avant le lendemain matin, et avait été informée de la situation par téléphone par Anthony Dessureault. Dans son témoignage, elle disait avoir été rassurée sur la situation, que Mme Hamel n’était plus en état d’intoxication, que le matériel de consommation avait été saisi et que tout était sous contrôle, ce qui, témoignera-t-elle, était totalement déphasé de ce qu’elle a pu voir dans le rapport le lendemain. Anthony Dessureault avait témoigné, pour sa part, avoir insisté auprès de Mme Alarie pour expulser la résidente. Une version que dément catégoriquement Audrey Alarie.

«Je vais vous dire, je n’ai jamais vraiment su la vérité. Chacun a toujours tenu sa position», relate Alain Poitras.

Questionné à savoir s’il était vrai que la direction clinique devait toujours s’en remettre à lui afin de prendre une décision quant à l’expulsion d’un résident, Alain Poitras n’était pas en mesure de s’en rappeler. Or, puisque tous les autres témoignages convergeaient en ce sens, la coroner Andrée Kronström a indiqué que son idée était faite sur ce sujet.

Procédures

L’actuelle directrice générale de la Maison Carignan, Valérie Piché, est également venue témoigner au terme de cette journée, afin de passer en revue les différentes procédures qui ont été améliorées dans la ressource depuis les événements. Mme Piché a été nommée à la direction générale de la Maison Carignan, à la suite d’un processus d’embauche déclenché après la démission d’Alain Poitras, en 2018, en raison d’un différend avec le conseil d’administration.

Depuis son entrée en poste, le nombre de lits au permis a été diminué de 108 à 98, à la demande de Mme Piché, qui dit avoir voulu donner un répit à son personnel surchargé. Par ailleurs, la prise en charge des personnes hébergées, autrefois faite en groupe selon le niveau de cheminement des bénéficiaires, est aujourd’hui faite de manière individuelle avec un intervenant responsable de la personne hébergée de son entrée au centre jusqu’à son départ.

Les rapports et dossiers de suivis des résidents sont aujourd’hui beaucoup plus étoffés, et le renouvellement des plans d’intervention est plus fréquent.

Le processus de fouille des résidents n’a pas beaucoup changé, étant donné les pouvoirs limités des centres de thérapie, mais Mme Piché indique avoir eu recours à une occasion à des chiens renifleurs, ce qui a eu un effet dissuasif auprès des résidents. Une mesure qu’elle envisage répéter à l’occasion pour maintenir cet effet.

Les procédures entourant les demandes de sortie ont aussi été revues, permettant désormais aux résidents de mieux identifier des situations à risque et d’établir des scénarios pour y faire face.

Un poste est également à pourvoir actuellement pour que la ressource dispose de deux gardiens de nuit, au lieu d’un seul.

Rappelons par ailleurs qu’un nouveau protocole, mis en place par Audrey Alarie à la suite des événements, prône l’expulsion automatique d’un résident dès qu’il y a soupçon de possession ou de consommation de substances interdites dans le centre.

Enquête publique

La portion factuelle de l’enquête publique s’est donc terminée vendredi midi, à Trois-Rivières. L’enquête du coroner n’est toutefois pas close. Deux volets, l’un portant sur les recommandations de divers organismes et l’autre sur les représentations des parties intéressées, se dérouleront à l’automne, à une date qui demeure à être précisée.