Au Château Bellevue de Shawinigan, un gardien de sécurité contrôle les allées et venues à l’entrée principale.
Au Château Bellevue de Shawinigan, un gardien de sécurité contrôle les allées et venues à l’entrée principale.

Résidences pour personnes âgées: «On vit ça un jour à la fois»

Shawinigan — Les résidences pour personnes âgées mettent souvent de l’avant la quantité et la variété d’activités offertes pour attirer leur clientèle. Jusqu’à nouvel ordre, la salle de quilles, le cinéma ou le bingo ne pourront plus être offerts.

Les résidents ne peuvent plus recevoir de visite et doivent limiter les contacts avec l’extérieur. Ils doivent ainsi agir contre nature, contre ce que les organisations les encouragent à faire en temps normal.

Mais justement, il ne s’agit pas d’un temps normal. L’alerte à la COVID-19 n’a laissé à aucun complexe de retraités le choix d’adopter des mesures extraordinaires, qui rencontrent toutes sortes de réactions.

«Nous avons une liste de dix personnes susceptibles d’avoir besoin d’un soutien psychologique», calcule Louise Denis, directrice de la Résidence Christ-Roi de Shawinigan, qui héberge 75 personnes.

Certaines directions avaient pris les devants la semaine dernière en restreignant les activités, mais le premier ministre François Legault a vraiment donné le coup de semonce samedi. Depuis ce moment, c’est la course aux directives.

«En général, ça va bien», reprend Mme Denis. «Nous avons des gens un peu tristes que leurs enfants ne puissent pas venir. Ils ont moins d’activités, ils ne peuvent pas aller autant dehors. On vit ça un jour à la fois!»

Réduire au minimum les activités pour des raisons de santé publique tout en maintenant la joie de vivre représente tout un défi, convient Mylène Dupéré, vice-présidente aux affaires publiques et communications corporatives pour le Groupe Sélection, notamment propriétaire du Coin Saint-Paul à Trois-Rivières.

«Nous demandons à nos employés de faire un travail de moine, qu’ils s’assurent d’un contact avec les résidents, qu’ils parlent avec le plus grand nombre de personnes possible», souligne-t-elle.

Cette entreprise vient de mettre en place une «escouade réconfort», afin justement de porter attention aux personnes plus isolées.

«Les réactions sont variées», constate Mme Dupéré. «Des gens sont très inquiets, d’autres veulent aider. La communication, c’est la clé. On sait à quel point c’est important de rassurer les gens.»

Au Château Bellevue de Shawinigan, un gardien de sécurité est posté à l’entrée pour contrôler les allées et venues. Les livraisons de journaux, de médicaments ou autres sont scrupuleusement vérifiées. Comme ailleurs, toutes les activités sont suspendues.

«Tout est archi-contrôlé», résume Gaétan Daviau, directeur de ce complexe de plus de 300 unités.

Et comment ces mesures sont-elles accueillies?

«C’est un mélange de tout!», reconnaît M. Daviau. «Nous avons à gérer de l’incompréhension, mais de façon générale, nous avons une très bonne réponse. Il n’y a pas eu d’émeute!»

«On communique avec nos résidents à tous les jours», assure Annie Roy, directrice générale des Jardins du Campanile à Shawinigan. «Les visites sont interdites, il n’y a pas non plus d’activités en résidence. La piscine, le gymnase, le cinéma, tout est fermé!»

«C’est sûr que ça change le quotidien des résidents, mais on travaille pour leur sécurité et leur bien-être», enchaîne-t-elle. «Je ne dis pas que ça fait leur affaire. Notre quotidien est chamboulé.»

À la Résidence le Béli à Saint-Tite, les activités intérieures n’ont été annulées que lundi matin. Pour le reste, les recommandations du gouvernement du Québec au sujet des visites sont respectées.

«Nos résidents sont au courant des nouvelles», fait remarquer François St-Onge, directeur de la Résidence le Béli.

«Ils sont fiers qu’on prenne les actions nécessaires. Bien sûr, il faut répéter les consignes, être présent et répondre aux questions. La communication est importante, autant avec nos résidents qu’avec nos employés.»

Reconnaissance

Les représentants des résidents voient bien que les directions doivent s’ajuster de jour en jour devant cette crise sanitaire exceptionnelle. Bien que bousculés, ils reconnaissent leur travail.

À l’immense Place Belvédère de Trois-Rivières, Louis Perron, président du syndicat de copropriété, est impressionné par les mesures mises en place.

«Toutes les portes secondaires sont barrées et la livraison se fait à l’entrée principale, où les choses sont déposées à la réception» raconte-t-il. «Personne n’entre sur les étages. Les mesures sont assez sévères, mais tout le monde est d’accord avec ça.»

«Des petits groupes de quatre ou six personnes se forment pour jouer aux cartes», remarque M. Perron. «Mais ce sont des gens qui ne sortent pas, qui font attention. On ne peut pas éviter tout contact non plus. Il ne faut pas que les gens tombent dans l’ennui.»

Vendredi, la Résidence Christ-Roi avait établi qu’elle limitait les visites aux résidents de 13 h à 16 h. La directive a soulevé un certain mécontentement, mais dès le lendemain, le premier ministre en rajoutait une couche.

Les messages se multiplient, ce qui peut entraîner une certaine confusion.

«Je sais que deux personnes âgées sont sorties quand même», relate Josée Devault, représentante des répondants des résidents sur le conseil d’administration de la Résidence Christ-Roi. «On ne peut pas les obliger non plus; elles ont les clés pour entrer et sortir, elles sont chez elles.»

«On sait que lorsque les personnes âgées ont quelque chose en tête...», sourit Mme Devault. «Elles se disent que ce n’est jamais arrivé, que ça n’arrivera pas.»

«Les médias parlent beaucoup du coronavirus, mais il y a encore des gens incrédules», déplore M. Perron.