La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais.

Résidences pour aînés: «il est urgent qu’on agisse»

TROIS-RIVIÈRES — La récente annonce de la fermeture de la résidence Villa Champêtre du secteur Pointe-du-Lac et le cri du cœur lancé la semaine dernière par la Maison Blanche-Bertrand du secteur Cap-de-la-Madeleine au nom de plusieurs petites résidences privées ont eu des échos jusqu’à la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, qui estime désormais urgent que le gouvernement mette en place des mesures d’assouplissement afin de venir en aide aux petites résidences privées pour personnes âgées.

En entrevue au Nouvelliste, jeudi matin, la ministre Blais a confirmé avoir convoqué d’urgence le sous-ministre mercredi afin de lui faire part de son intention de bouger rapidement dans ce dossier. Selon elle, il est présentement inconcevable que de petites résidences pour personnes âgées ferment leurs portes en raison de difficultés financières qui pourraient être causées par les nombreuses exigences gouvernementales liées tant à la certification des résidences qu’au code du bâtiment, par exemple.

Dans son plan d’action 2018-2023 intitulé Un Québec pour tous les âges, le gouvernement avait mis en place une politique de maintien des personnes âgées à domicile, rappelle Marguerite Blais. «On ne peut pas faire une politique qui s’intitule «Vieillir et vivre ensemble chez soi dans sa communauté au Québec» et faire en sorte que de petites résidences ferment ainsi leurs portes. Ces résidences ne sont pas des commerces, c’est le milieu de vie des personnes âgées, c’est leur chez-soi. Les gens qui ouvrent les petites résidences, ce n’est pas pour s’enrichir, ils ont une mission», indique-t-elle.

Ainsi, Marguerite Blais souhaite qu’à très court terme, le gouvernement en vienne à un assouplissement non pas des règles de sécurité imposées aux résidences, mais des règles d’accompagnement pour atteindre ce niveau de sécurité, assurément lié au financement accordé pour répondre aux exigences.

«J’ai un peu de pain sur la planche car je reçois beaucoup d’échos de petites résidences qui ont de la difficulté avec, par exemple l’installation des gicleurs, avec toutes les exigences qu’on leur demande et il va falloir qu’on ait de la souplesse dans nos façons de faire les choses», mentionne la ministre.

La Villa Champêtre du secteur Pointe-du-Lac fermera ses portes le 30 novembre prochain.

La semaine dernière, le président et directeur général du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), Yves Desjardins, dévoilait que depuis quatre ans, pas moins de 390 résidences pour personnes âgées avaient fermé leurs portes au Québec, la plupart principalement pour des questions de difficultés financières et de manque de main-d’œuvre. La ministre Blais s’est d’ailleurs rendue à la rencontre du RQRA lors de leur dernier congrès afin de leur livrer un message.

«J’ai mentionné aux propriétaires des résidences présents que le ton était pour changer, qu’on allait travailler en collaboration et qu’on allait trouver une voie de passage pour atténuer les problèmes. Ce n’est pas le fun une épée de Damoclès au-dessus de nous. Il faut trouver une solution à court et à long terme. Mais il est urgent qu’on agisse», indique la ministre, qui a d’ailleurs invité les résidences qui seraient actuellement en difficulté à entrer directement en communication avec elle à l’adresse courriel ministre.responsable@msss.gouv.qc.ca. «Les gens peuvent entrer en contact avec moi le plus rapidement possible. Je n’aime pas ça lire ça dans le journal. Je préfère le savoir avant que ça ferme et pouvoir accompagner les gens. Je veux expressément qu’ils me le disent. Je ne veux pas qu’ils vivent avec ce stress-là», a-t-elle fait savoir.

Du concret

Questionnée à savoir si elle se disait satisfaite de la réponse de la ministre Blais, la propriétaire de la Maison Blanche-Bertrand, Claudie Bertrand, a évoqué qu’elle serait soulagée lorsqu’elle verrait de véritables actions se mettre en place. Mme Bertrand et son conjoint ont accepté de sortir sur la place publique la semaine dernière afin de témoigner de la réalité vécue par les petites résidences pour personnes âgées qui peinent à boucler les budgets en raison des nombreuses exigences gouvernementales.

«En autant que ça bouge, moi c’est ce qui compte le plus. Nous avons sonné à toutes les portes pour avoir de l’aide. Moi, je serai satisfaite quand nous aurons quelque chose de concret entre les mains», a-t-elle indiqué, ajoutant avoir reçu des centaines de messages d’appui depuis sa sortie publique, mais sans avoir vraiment senti un mouvement de mobilisation de la part des décideurs.

Villa Champêtre

Par ailleurs, le travail se poursuit du côté des autorités de la santé du CIUSSS Mauricie et Centre-du-Québec afin d’accompagner les résidents de la Villa Champêtre et les familles dans les démarches de relocalisation. Rappelons que la ressource pour personnes en perte d’autonomie fermera ses portes le 30 novembre prochain.

Selon Guillaume Cliche, responsable des communications au CIUSSS-MCQ, sur la trentaine de résidents de cette ressource privée, douze personnes ont déjà identifié un lieu où elles pourront déménager et savent leur date de déménagement. Certaines ont d’ailleurs déjà commencé à quitter la résidence. Quatorze autres personnes ont également trouvé une ressource prête à les accueillir, mais sont encore en attente de connaître la date de leur déménagement. «Pour le moment, ça veut dire pour nous qu’il ne reste plus que quatre résidents qui demeurent toujours à être relocalisés. Nous poursuivons nos démarches pour les accompagner dans ces recherches», explique M. Cliche.

Le Nouvelliste a tenté d’entrer en communication avec l’une des propriétaires de la résidence, mais nos appels n’ont pas été retournés.