Francine Paquin

Résidences Chemins du Roy: le propriétaire tente de recouvrer des loyers

Trois-Rivières — Pendant que les cinq résidences pour aînés qu’il opère sont l’objet d’une enquête, le propriétaire du réseau Chemin du Roy, Jean-Guy Pronovost, persiste à poursuivre huit anciens résidents qui ont rompu leur bail à la résidence Notre-Dame, l’un des cinq établissements. Les dates d’audience ont même été fixées par la Régie du logement. Une première résidente, Francine Paquin, doit ainsi se présenter devant le tribunal le 22 août prochain afin de répondre à une demande de «dommages-intérêts suite à la résiliation du bail» déposée contre elle.

Mme Paquin, qui a quitté la résidence Notre-Dame en septembre 2018 après y avoir séjourné six mois, soutient qu’elle avait une entente verbale avec la représentante de M. Pronovost, Kathleen Ligui, lui assurant qu’elle était libérée de ses obligations. «Elle m’a dit “vous pouvez partir, votre dossier est fermé”», maintient la septuagénaire, qui souffre de diabète et de fibromyalgie. «Je ne me suis pas sauvée, M. Pronovost a même ouvert la porte à mes déménageurs» relate Francine Paquin. Elle dit vivre beaucoup d’anxiété face à l’approche de sa comparution devant la Régie du logement. «Je ne m’en sens pas la force, j’ai un appartement et je veux qu’on me laisse vivre tranquille», déclare-t-elle.

Les propos de Francine Paquin, questionnée sur ses motivations à quitter la résidence Notre-Dame avant la fin de son bail, recoupent plusieurs dénonciations qu’avaient récemment faites d’anciens et de présents locataires de la résidence Notre-Dame. Elle évoque notamment la piètre qualité de la nourriture, la pénurie continuelle d’eau chaude et le manque de civisme de la responsable des lieux.

Raymonde Bertrand

Une autre dame, Raymonde Bertrand, doit de son côté comparaître devant la Régie du logement le 9 septembre prochain, également pour faire face à une demande de «dommages-intérêts suite à la résiliation du bail». Contrairement à Francine Paquin, Mme Bertrand n’a jamais séjourné à la résidence Notre-Dame. Après avoir signé un bail et revisité les lieux pour planifier son emménagement, la dame de 75 ans s’est ravisée. Constatant les façons de faire des responsables de l’endroit, elle raconte avoir rapidement perdu confiance.

Tout comme Mme Paquin, Raymonde Bertrand affirme s’être entendue avec le propriétaire, Jean-Guy Pronovost, pour mettre fin au bail qui les liait. Or, elle avait laissé un dépôt de 500 $ en vue de la prise de possession de son appartement. La représentante de celui-ci, Kathleen Luigi, lui aurait dit d’appeler son institution bancaire pour faire annuler le chèque. Cependant, c’est cette dernière qui avait libellé ledit chèque et elle n’aurait pas donné le bon nom du destinataire à Mme Bertrand, si bien que le chèque a finalement été encaissé. Mme Bertrand tente donc de son côté de recouvrer la somme à la Régie du logement, dans une autre cause. Jean-Guy Pronovost exige quant à lui 2690 $, soit le total de mois de loyer, moins les 500 $ de dépôt.

Au bureau de la ministre Blais, responsable des Aînés et des Proches aidants, on avait déploré que huit causes aient été déposées devant la Régie du logement par un même propriétaire de résidence pour aînés sans que cela ne soit relevé par personne. On soutenait alors que «les ministères devraient pouvoir communiquer entre eux». Or, on concède aussi que le ministère de la Santé et des Services sociaux ne peut pas interférer dans les démarches de la Régie du logement. Par contre, le bureau de la ministre Blais déclarait au Nouvelliste que «s’il s’avère que des informations compromettantes découlent du processus d’inspection des résidences Chemin du Roy, nous ferons certainement le suivi auprès de la [Régie du bâtiment du Québec] afin que ces informations soient connues lors des audiences». À quelques jours de l’audition des premières causes, il semblerait que ça ne sera finalement pas le cas.

D’autres résidents, qui avaient contacté Le Nouvelliste pour dénoncer les conditions de vie à la résidence Notre-Dame, ont depuis quitté les lieux, eux aussi avant la fin de leur bail. Ils pourraient à leur tour s’exposer à une poursuite devant la Régie du logement.