L’enquête du CIUSSS MCQ suit son cours aux résidences Chemin du Roy, dans la foulée d’allégations de maltraitance.

Résidences Chemin du Roy: l’enquête suit son cours

Trois-Rivières — L’enquête menée par le Centre intégré universitaire de Santé et Services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) se poursuit aux résidences Chemin du Roy. Un état de la situation préliminaire a été livré au cabinet de Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants. Si on se refuse à commenter le contenu de celui-ci, le cabinet de la ministre se dit satisfait de la façon dont les inspections sont conduites. Pendant ce temps, des voix s’élèvent pour confirmer ou infirmer les allégations de maltraitance, d’abus et de mauvaise qualité des soins en général qui ont mené au déclenchement de l’enquête.

Le travail des quatre inspecteurs du CIUSSS MCQ continue à la résidence Notre-Dame, première des cinq résidences visées par l’enquête. Bien que l’on se déclare rassuré quant à la sécurité et au bien-être immédiat des résidents de l’établissement, rien n’est exclu pour la suite des choses, indique Caroline Dussault, attachée politique de la ministre Blais.

«Les inspecteurs vont faire enquête et évidemment, si les faits étaient avérés, ça pourrait aller à des amendes, ça pourrait aller jusqu’à la révocation du permis», fait valoir Mme Dussault. Il resterait quelques résidents à rencontrer à la résidence Notre-Dame. Certains seraient prêts à témoigner, rapporte l’attachée politique.

Hormis les insatisfactions de certains résidents quant à la qualité de la nourriture ou face à l’attitude de la propriétaire de l’endroit, ce sont des irrégularités relatives à la gestion des baux de location qui sembleraient davantage poser problème, laisse entendre Mme Dussault. Celle-ci concède par ailleurs que ce dernier enjeu est hors du champ de compétence du CIUSSS MCQ.

Rappelons que le propriétaire des résidences Chemin du Roy, Jean-Guy Pronovost, tente actuellement de recouvrer des loyers non payés devant la Régie du logement, dans huit causes de résiliation de bail. Des usagers de la résidence Notre-Dame ont déclaré au Nouvelliste vouloir eux aussi quitter les lieux dans le plus court délai possible, malgré le bail qui les lie à l’établissement.

D’autres affirment encore que le propriétaire prétend offrir des services qui ne le sont pas dans la réalité, dans le but d’obtenir le crédit d’impôt pour maintien à domicile le plus élevé possible. Cette pratique lui permettrait d’obtenir un prix plus élevé pour ses loyers, soutiennent-ils.

«C’est quelque chose sur lequel on doit se pencher entre les ministères», fait valoir Caroline Dussault. Elle indique que le ministère du Revenu et la Régie du logement seront impliqués dans le dossier. Elle relate qu’au moins un résident aurait actuellement à rembourser un crédit d’impôt versé en trop, précisément pour une déclaration de services qu’il ne recevait finalement pas. «Ce n’est pas hypothétique, c’est quelque chose de vécu», souligne-t-elle.

Au ministère du Revenu, on déclare suivre l’évolution de l’enquête et que l’on pourrait revoir les dossiers concernés «advenant que certaines personnes aient été lésées». Des analyses seraient déjà en cours pour identifier des contribuables qui pourraient avoir été ainsi induits en erreur et à qui l’on aurait réclamé des sommes versées en trop.

Caroline Dussault relate de son côté qu’il reste encore quelques résidents à rencontrer à la résidence Notre-Dame et que les inspecteurs se déplaceront ensuite dans une autre résidence. «Toutes les résidences vont être prises en charge», maintient-elle.

Certains résidents se disent satisfaits

Deux résidents ont contacté Le Nouvelliste, se disant surpris, voire choqués, des allégations de maltraitance ou de soins inadéquats dans certains établissements des résidences Chemin du Roy. Ils rapportent au contraire y vivre de façon paisible et y recevoir un bon service.

Roger Coderre, de la résidence Yamachiche, dit se plaire et bénéficier d’une écoute de qualité de la part du personnel. «On a ajusté mes repas quand je le demandais», témoigne le septuagénaire, qui est usager de l’endroit depuis deux ans.

«Je n’ai pas à me plaindre, j’ai un bel appartement, on est bien nourri, on est loin des autos, il n’y pas de bruit», relate pour sa part Francine Adam, qui habite la résidence Béthanie depuis plus de cinq ans. La femme de 90 ans, qui a travaillé comme journaliste et comme écrivaine, qualifie les propos rapportés par Le Nouvelliste d’exagérés. «Je n’ai aucune critique à faire sur l’endroit», commente-t-elle.

D’autres témoignages accablants

Pendant que le CIUSSS MCQ poursuit son travail d’inspection, plusieurs personnes ont continué de se manifester pour dénoncer les pratiques des exploitants des résidences Chemin du Roy.

D’anciens travailleurs, affectés à la cuisine, à la maintenance ou aux soins infirmiers ont notamment contacté Le Nouvelliste pour corroborer ce que des résidents ont déjà dénoncé ou pour surenchérir sur leurs propos.

On fait entre autres valoir que la gestion des stocks de nourriture laisse à désirer et que l’endroit serait infesté de vermine. Tous affirment avoir eu à s’occuper de résidents en perte cognitive, errants et laissés à eux-mêmes, faute de surveillance.

Une ancienne infirmière confirme, comme le rapportait Le Nouvelliste, que les soins n’étaient pas donnés adéquatement à des usagers de la résidence Le Cénacle St-Pierre. «Mea culpa, lance-t-elle, mais on n’avait tout simplement pas le temps ou les ressources». Elle soutient que les suivis de dossiers étaient défaillants, lorsqu’ils n’étaient tout simplement pas inexistants. Elle ajoute que le roulement de personnel était constant, occasionnant des vacances de postes continuels.

L’infirmière raconte également que l’équipement et le matériel étaient toujours manquants. «Il fallait faire un lavage en plein après-midi pour avoir des débarbouillettes pour pouvoir laver des fesses», déplore-t-elle. Elle relate par ailleurs que hormis la distribution de médicaments, son travail relevait davantage de celui d’une préposée aux bénéficiaires. On lui aurait d’ailleurs dit lors de son embauche que sa présence visait surtout à rassurer les usagers et que l’on ne voulait pas qu’elle intervienne à titre d’infirmière pour ne pas perdre les services du CLSC.

Selon le registre des résidences pour personnes âgées du ministère de la Santé et des Services sociaux, une infirmière est présente de jour à la résidence Notre-Dame et deux le sont de jour et de soir à la résidence Le Cénacle St-Pierre. Une information que dément l’ancienne infirmière à qui nous avons parlé. La présence d’une infirmière augmente le crédit d’impôt pour maintien à domicile.

Par ailleurs, il semblerait que dans la foulée des inspections «surprises» déclenchées par le CIUSSS MCQ, la nourriture et l’entretien ménager se soient déjà grandement améliorés à la résidence Notre-Dame, constate un des résidents qui s’était tourné vers Le Nouvelliste pour dénoncer les pratiques des résidences Chemin du Roy. «Si tel est le cas, ça va ressortir dans les témoignages des résidents», commente Caroline Dussault.