Le père de François Bourassa, André Bourassa, 79 ans, avait été retrouvé sans vie à l’extérieur de sa chambre de la Villa du jardin fleuri le 26 février 2017.
Le père de François Bourassa, André Bourassa, 79 ans, avait été retrouvé sans vie à l’extérieur de sa chambre de la Villa du jardin fleuri le 26 février 2017.

Résidence Notre-Dame de La Victoire: «Tout a été fait pour camoufler des horreurs» 

Trois-Rivières — François Bourassa ne mâche pas ses mots lorsque vient le temps de commenter l’éclosion de COVID-19 survenue à la résidence Notre-Dame-de la Victoire à Saint-Hubert, dont les propriétaires exploitaient également la Villa du jardin fleuri de Trois-Rivières où son père et une autre pensionnaire ont péri dans des circonstances tragiques en 2016 et 2017.

«C’est complètement horrible! Tous les efforts ont été faits pour camoufler la contamination. S’il n’y avait pas eu de décès, on ne saurait rien. Tout a été fait pour camoufler les horreurs. Aucun geste n’a été fait pour le bien-être des résidents. C’est le même comportement qu’avec mon père», a-t-il déploré.

Pour lui, ce drame était inévitable malgré la croisade qu’il a entreprise contre les propriétaires et gestionnaires de la Villa du jardin fleuri, dont Abraham Kaufman. Ce dernier est le président et actionnaire de la résidence Notre-Dame de la Victoire de Saint-Hubert, où la quasi-totalité du personnel et 70 % des résidents sont maintenant atteints de la COVID-19. Le CIUSSS a d’ailleurs pris en charge la gestion de cette résidence la fin de semaine dernière, puisque le personnel n’était plus en mesure d’assurer les services aux résidents.

Les familles déplorent ne pas avoir été informées de la multiplication des cas de COVID-19 et surtout, on reproche au propriétaire, M. Kaufman, d’avoir tardé à sonner la cloche sur ce qui se passait à l’intérieur de sa résidence.

François Bourassa est loin d’être surpris. «Ça fait trois ans que je crie haut et fort d’aller voir ce qui se passe dans les autres résidences appartenant à cette même équipe de personnes. Leur gestion est en chute libre avec un réel dédain pour la vie humaine. Ces gens doivent être suivis et enquêtés. Le pire est que ça va arriver encore tant qu’ils seront là», a-t-il ajouté, ayant peine à cacher sa colère.

Dès le départ, il avait en effet soulevé des doutes sur «les services et les soins offerts dans les cinq autres résidences du groupe,» situées dans les régions de Granby, Valleyfield, Waterloo et Saint-Hubert. «Si on a relevé autant d’anomalies à la résidence de Trois-Rivières, je serais très surpris que les autres résidences soient gérées de façon impeccable. Il va falloir que quelqu’un s’en préoccupe», avait-il notamment confié lors d’une entrevue en 2018.

Rappelons que le père de François Bourassa, André Bourassa, 79 ans, avait été retrouvé sans vie à l’extérieur de sa chambre le 26 février 2017. Selon le coroner Luc Malouin, l’homme était décédé d’hypothermie. Le septuagénaire, qui souffrait de problèmes cognitifs et était en perte d’autonomie, était sorti de sa chambre pour se retrouver embarré à l’extérieur, alors que le système ne permettait pas d’ouvrir la porte de l’extérieur. Confus, il n’avait pas pu regagner l’entrée principale de la résidence et était mort gelé.

L’année précédente, une femme de 93 ans, Thérèse Roberge, était décédée dans des circonstances similaires.

L’enquête du coroner avait conclu que «la Villa du Jardin Fleuri était un endroit non adapté pour les personnes en perte d’autonomie, car plusieurs chambres avaient une porte donnant directement sur l’extérieur de sorte que les personnes souffrant d’errance pouvaient se retrouver à l’extérieur de la résidence sans que le personnel ne s’en rende compte», pouvait-on lire dans le rapport.

De son côté, François Bourassa n’avait pas tardé à mettre à exécution sa menace de poursuite. Il réclame désormais 2,2 millions $ principalement pour dommages punitifs, perte de soutien moral, perte de revenus et remboursement des frais funéraires. La cause civile devait être entendue le 4 avril mais avec la suspension des activités dans les palais de justice, elle a été reportée. «Je peux vous garantir que je vais pousser cette affaire jusqu’au bout. Ça coûtera ce que ça coûtera. En bout de ligne, il faut changer les lois pour éviter d’autres catastrophes», a-t-il conclu.

Le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec avait finalement révoqué le permis de la résidence de Trois-Rivières et l’avait fait fermer en septembre 2017 pour une série d’infractions. Et en juin 2018, le bâtiment désaffecté avait été détruit par un incendie.