Marie-Ève Proulx, ministre déléguée au Développement économique régional, vient d’annoncer la fin des activités du Réseau national des pôles régionaux d’innovation, basé à Shawinigan.

Réseau national des pôles régionaux d’innovation: «On avait mis la charrue avant les boeufs»

SHAWINIGAN — La ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, ne comprenait pas pourquoi une permanence avait été mise en place à Shawinigan pour gérer un réseau dont les composantes n’étaient même pas encore toutes accréditées par le gouvernement du Québec. En prenant connaissance des dernières idées de développement du directeur général du Réseau national des pôles régionaux d’innovation, Philippe Nadeau, elle a décidé que l’expérience avait assez duré.

«L’approche qu’il préconisait, à savoir de commencer par le national pour ensuite donner des orientations régionales, ça ne nous plaisait pas», commente la ministre. «Nous, on voyait l’inverse, depuis le début: les pôles régionaux doivent d’abord être mis en place. Par la suite, s’ils décident de se mobiliser, ils pourront le faire. C’est aux régions de déterminer ce sur quoi elles veulent discuter au plan national et non l’inverse.»

Rappelons que le ministère de l’Économie et de l’Innovation n’avait accrédité que cinq des dix-huit pôles avant le moratoire décrété en janvier. Mme Proulx questionnait la pertinence d’organiser un lac-à-l’épaule en Mauricie en sachant que la grande majorité des composantes régionales n’étaient toujours pas reconnues par Québec.

«Avec le réseau national, il n’y avait pratiquement pas de pôles de créés, mais il y avait un réseau qui donnait des orientations en se basant sur on ne sait trop quoi», analyse-t-elle. «La légitimité n’était pas là.»

À Shawinigan, le RNPRI se définissait pourtant davantage comme un agent coordonnateur et une source d’expertise plutôt qu’une tête dirigeante qui imposait ses volontés. Mme Proulx ne partage pas cette interprétation.

«Ça avait été lancé rapidement, dans une stratégie électoraliste, par l’ancien gouvernement», rappelle-t-elle. «Nous voulions voir l’impact des pôles régionaux et du réseau national et notre analyse nous mène à dire que le RNPRI a été fait à l’envers. Il faut commencer par la base!»

«Dans le contexte, c’est comme si on avait mis la charrue avant les boeufs. On a créé un réseau de mobilisation quand il n’y avait rien à mobiliser. Le gros bon sens nous disait que ça suffisait.»

Curieusement, Mme Proulx annonce sa décision avant même la conclusion de sa tournée sur l’entrepreneuriat et le développement économique régional, entamée en février. Elle terminera l’exercice à Montréal, mais visiblement, son nid était déjà fait.

«Nous étions à la fin de l’année financière et le RNPRI nous demandait un renouvellement», mentionne-t-elle. «Nous avons donc décidé que c’était le moment de mettre fin à l’entente.»

Mystère et audace

Mme Proulx a visiblement été irritée d’apprendre par Le Nouvelliste, il y a deux semaines, que le directeur général du RNPRI, Philippe Nadeau, travaillait sur la création d’un 19e pôle, celui des Premières nations.

«Ce n’était pas dans les mandats prévus à la convention entre le ministère et le réseau national», fait-elle remarquer. «Ce sont des questions préoccupantes. Quand on a des fonds publics à gérer, on doit être responsable. Ça nous a peut-être menés, plus rapidement que prévu, à mettre fin à cette entente.»

De plus, elle déplore que la RNPRI ait fait preuve d’opacité auprès des fonctionnaires.

«Nous demandions une reddition de comptes, comme les états financiers, et on ne nous les remettait pas», explique-t-elle. «Quand je suis partenaire, c’est important que le lien de confiance soit là.»

La ministre ne partage évidemment pas l’interprétation du maire de Shawinigan, qui affirme que le gouvernement rate une belle occasion de faire confiance aux régions en abolissant une direction de réseau établie au DigiHub.

«On ne veut plus que le national impose des objectifs et on ne veut pas que les façons de faire soient centralisées», insiste-t-elle. «On veut que chaque région puisse mettre sa couleur. On ne veut pas un DigiHub multiplié par 18! Si ça fonctionne en Mauricie, bravo, mais si dans une autre région, c’est un autre modèle, tant mieux. On veut promouvoir le respect des spécificités des régions.»

Comme elle s’y était déjà engagée, la ministre maintient que les 32 millions de dollars qui étaient réservés à cette initiative n’iront pas ailleurs qu’au développement économique régional. À lui seul, le RNPRI disposait d’un budget de 3,25 millions sur quatre ans. Sans pouvoir encore le confirmer, Mme Proulx souhaite néanmoins que cette enveloppe soit redistribuée dans l’ensemble du Québec.

«Nous le déterminerons lors des prochaines étapes, mais pour ma part, je veux que cette somme aille vers les régions», avance-t-elle.

En ce qui concerne le processus d’accréditation des pôles régionaux, Mme Proulx compte établir les grands objectifs à atteindre au cours des prochains mois, avant de signer les ententes avec les 13 autres régions, dont la Mauricie et le Centre-du-Québec.

«Nous aurons de nouvelles exigences, mais ce ne sera pas majeur», mentionne-t-elle. «L’ensemble des régions n’ont aucune inquiétude à avoir.»