Monsef Derraji, député de Nelligan et porte-parole de l’opposition officielle en matière de PME et d’innovation.

Réseau national des pôles régionaux d’innovation: le PLQ dénonce le flottement

Shawinigan — Le Parti libéral du Québec ne comprend pas à quoi joue le gouvernement dans son examen du Réseau national des pôles régionaux d’innovation, une structure créée grâce à l’expertise du DigiHub de Shawinigan. Selon Monsef Derraji, porte-parole de l’opposition officielle en matière de PME et d’innovation, l’examen en cours sur la gouvernance de l’organisme suscite de l’inquiétude dans un milieu qui s’était mobilisé au cours des derniers mois.

Pour le député de Nelligan, les coûts pour l’organisation du lac-à-l’épaule prévu les 7 et 8 février à l’Auberge du Lac-à-l’eau-claire de Saint-Alexis-des-Monts ne représentent que de la poudre aux yeux. D’ailleurs, il trouve que le détecteur de scandale du gouvernement caquiste varie selon le contexte, car en décembre, TVA Nouvelles avait relevé que la simple organisation d’une conférence de presse sur la mise à jour économique, l’automne dernier, avait coûté près de 33 000 $.

Rappelons que la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, a mis le Réseau national des pôles régionaux d’innovation sur pause, la semaine dernière, après avoir appris que l’organisation du fameux lac-à-l’épaule était assorti d’un budget de 70 000 $.

«Ces coûts, c’est seulement une excuse pour quelque chose d’autre qui se prépare», croit M. Derraji. «On va voir un réalignement, une nouvelle stratégie, ou tout simplement couper l’argent parce que ce serait une opportunité de remplir la commande du premier ministre.»

Avec un réseau à ses premiers balbutiements et la volonté exprimée par François Legault de serrer la ceinture de tous les ministères, M. Derraji ne cache pas qu’il s’inquiète du budget de 32 millions $ réservé pour le déploiement de ces 18 pôles sur une période de quatre ans.

«Pourquoi cette volte-face?», questionne-t-il. «Est-ce que le gouvernement a un agenda caché par rapport à la récupération de ces fonds? Veut-il les remettre et jouer dans les structures au niveau de la gouvernance régionale? Je ne sais pas pourquoi il y a cette remise en question, quand c’est une demande des régions! Pour un gouvernement qui se dit un gouvernement des régions, j’ai de sérieux doutes.»

Le député libéral observe que les 18 pôles régionaux n’ont pas encore tous reçu l’aide financière promise pour leur première année d’exploitation, un montant de 400 000 $ qui, semble-t-il, doit être investi avant le 31 mars.

«Il y a cinq ou six régions qui ont reçu leur argent, mais d’autres commencent à s’inquiéter», observe-t-il. «Les gens ne voient pas clair, il y a un sentiment d’inquiétude par rapport à l’avenir de ces pôles.»

«Il faut rappeler le contexte de tout ça», enchaîne-t-il. «Nous avons vu l’exemple parfait du DigiHub et le virage d’une économie. C’est l’exemple parfait de l’innovation, d’où l’idée de créer ces pôles. Il y avait une concertation des acteurs et notre gouvernement a appuyé cette initiative. Il y avait une coalition dans l’ensemble des régions.»

M. Derraji ne nie pas qu’à certains endroits, cette initiative annoncée à Shawinigan par l’ex-premier ministre Philippe Couillard, le 5 février 2018, avait été accueillie plutôt froidement. À la mi-janvier, la Fédération québécoise des municipalités a alerté la ministre Proulx, soulevant des questions sur un possible dédoublement de structures.

«Oui, c’est difficile, mais c’est au gouvernement de s’assurer qu’il donnera une vie à cela», prétend-il. «Venir questionner la structure mise en place par notre gouvernement, à l’initiative des régions, c’est une fuite en avant d’un problème réel, soit celui d’accompagner ces structures. Le besoin est là! C’est au gouvernement à consolider ces structures et non pas à jouer dedans.»

«Nous avons mis de l’argent pour dire aux gens: Regardez ce qu’ils ont fait au DigiHub!», insiste le député libéral. «C’est un modèle qui a fonctionné. On ne voulait pas qu’il soit appliqué partout; chaque région doit s’adapter en fonction de sa réalité.»

Du côté de la ministre, la réflexion sur l’avenir du réseau se poursuit. Pour le moment, son attaché de presse, Antoine De La Durantaye, souligne que la direction était bien avisée d’annuler la rencontre prévue la semaine prochaine.

«La ministre avait demandé de revoir l’organisation de ce lac-à-l’épaule», rappelle-t-il. «La décision a été prise de l’annuler et pour nous, c’est une bonne décision pour l’instant étant donné les coûts.»