Marie-Ève Proulx, ministre déléguée au Développement régional.

Réseau national des pôles régionaux d'innovation: la ministre s’interroge sur la gouvernance

SHAWINIGAN — Tout près d’un an après avoir été lancé en grande pompe par l’ex-premier ministre Philippe Couillard à Shawinigan, le Réseau national des pôles régionaux d’innovation devra subir un examen de la ministre déléguée au Développement régional, préoccupée par le budget de 70 000 $ réservé à l’organisation d’un lac à l’épaule à l’Auberge du lac à l’Eau claire de Saint-Alexis-des-Monts, les 7 et 8 février.

Dans son édition de lundi, La Presse expliquait qu’environ 130 personnes étaient attendues lors de ce rendez-vous. Comme tous les frais d’hébergement et de restauration devaient être assumés par le RNPRI, cela équivalait à une facture d’environ 540 $ par personne.

Le glas a été sonné par la Fédération québécoise des municipalités, qui a transmis une lettre à la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Ève Proulx, le 15 janvier. Toutes les municipalités régionales de comté du Québec ont reçu une copie de cette correspondance, dans laquelle le président de la FQM, Jacques Demers, ne cache pas son inconfort sur la création de ce nouveau réseau. Selon lui, il entre carrément en compétition avec les intervenants régionaux de développement économique déjà en place.

Dans ce contexte, la ministre veut prendre un pas de recul et analyser sous tous ses angles le RNPRI. Pour le moment, elle ne veut pas s’avancer sur le sort qui attend le fameux lac à l’épaule du 7 février.

«Cette activité nous amène à questionner la gouvernance de l’organisme, leurs façons de faire», commente-t-elle. «Nous ne prendrons pas de décision précipitée, mais c’est important qu’on se donne le temps de se demander si c’est vraiment ce dont nous avons besoin pour assurer le développement en innovation dans chaque région administrative. Nous sommes en mode évaluation dans tous les pôles d’innovation.»

Le 5 février 2018, le premier ministre Couillard et son ministre délégué aux Petites et moyennes entreprises, à l’Allégement réglementaire et au développement économique régional, Stéphane Billette, se déplaçaient à Shawinigan pour annoncer un investissement de 32 millions $ pour la création et le soutien de 18 pôles régionaux d’innovation. Le DigiHub avait été choisi pour constituer le réseau national reliant ces entités.

Le directeur général de cet organisme, Philippe Nadeau, agit au même titre pour le réseau national. Selon le registraire des entreprises, le conseil d’administration du RNPRI n’a désigné aucun président, mais deux vice-présidents, soit Maude Labrosse (directrice adjointe au Digihub) et Dominique Oury (IS Data Solutions). Mario Lamontagne, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan, agit à titre de trésorier. La liste d’administrateurs comprend aussi M. Nadeau ainsi que Jean-François Garneau (Saint-Lazare) et Natalie Rousseau (Trois-Rivières).

Précipité?

Même si l’annonce de la création de ce réseau remonte à près d’un an, la ministre fait remarquer que les fonds pour son exploitation ont été débloqués beaucoup plus tard.

«Nous nous questionnons sur les façons de faire», explique Mme Proulx. «De manière précipitée, au conseil des ministres du 22 août, le budget a été octroyé pour ces organismes. C’est la veille du déclenchement des élections! Est-ce que l’ensemble des acteurs des régions étaient au courant?»

«L’utilisation des fonds publics doit être faite de manière responsable», insiste la ministre. «Pour nous, c’est prioritaire. Nous avons été élus sur cette notion, d’éviter le gaspillage. Avec ce qui sort comme histoire sur cet organisme, permettez-nous de douter.»

En fait, le réseau des pôles régionaux d’innovation a reçu un million $ pour sa première année d’exploitation.

«Soixante-dix mille dollars (pour un lac à l’épaule), ça représente 7 % du budget annuel», calcule Mme Proulx. «Pour un organisme, c’est immense, pour un événement! Ce sont des fonds publics. Il faut être raisonnable et selon nous, c’est évident que ce n’est pas raisonnable.»

Les fonctionnaires du ministère du Développement régional poseront donc des questions au cours des prochaines heures afin d’obtenir des réponses qui guideront Mme Proulx dans sa réflexion sur l’avenir du RNPRI.

«Nous allons prendre le temps d’évaluer, de réviser les façons de faire», termine-t-elle. «Nous voulons nous assurer qu’il y a une gouvernance adéquate. Est-ce seulement un événement isolé? C’est important d’avoir la bonne information pour prendre de bonnes décisions.»

Ni Philippe Nadeau, ni Michel Angers, maire de Shawinigan et président du DigiHub, n’ont souhaité commenter ces informations pour le moment.