Robert Houle se demande ce qui s’est passé entre l’automne 2018 et le printemps 2019, quand les coûts ont explosé dans le projet d’égout et d’aqueduc autour du lac à la Tortue.
Robert Houle se demande ce qui s’est passé entre l’automne 2018 et le printemps 2019, quand les coûts ont explosé dans le projet d’égout et d’aqueduc autour du lac à la Tortue.

Réseau d'égout au lac à la Tortue: un premier échantillon de doléances

SHAWINIGAN — Le conseil municipal de Shawinigan doit s’attendre à recevoir une volée de bois vert lorsque le millier de résidents du secteur Lac-à-la-Tortue touchés par les travaux d’égout et d’aqueduc recevront leur compte de taxes, en janvier. La hausse des frais réclamés en fera sans doute sursauter plusieurs.

Outre les propos corrosifs observés sur les réseaux sociaux, les premiers signaux de mécontentement sont apparus dès lundi, lors de la période de questions suivant l’adoption du budget 2020. Rappelons que vendredi dernier, l’administration shawiniganaise précisait que la taxe d’amélioration locale s’établirait à 800 $ pour la desserte d’égout en 2020. Pour ceux qui bénéficieront aussi du nouveau réseau d’aqueduc, cette taxe d’amélioration locale atteindra 1175 $.

Dans le cadre de la dernière présentation publique sur cet important investissement en 2017, la Ville de Shawinigan estimait ces coûts annuels à 455 $ pour l’égout et à 630 $ pour les deux services. Si la Ville de Shawinigan ne parvient pas à réduire la facture à la suite de ses négociations avec Allen entrepreneur général, Pluritec et le gouvernement du Québec, chaque propriétaire devra défrayer 16 000 $ par unité desservie par le nouveau réseau d’égout et 23 500 $ pour l’égout et l’aqueduc sur une période de 20 ans. En 2017, les citoyens avaient été avisés que ces frais tourneraient plutôt autour de 6800 $ et 9400 $ respectivement.

Les coûts du projet ont évidemment explosé et tous les montants surpassant les frais admissibles de 40,8 millions $ se retrouvent entièrement à la charge de Shawinigan et d’Hérouxville. En fin d’après-midi lundi, Robert Houle est revenu à la charge auprès du maire Michel Angers pour savoir pourquoi les voyants ne s’étaient pas allumés plus tôt à l’hôtel de ville.

«Jusqu’en novembre 2018, le maire et le directeur général m’avaient toujours mentionné de ne pas m’inquiéter, que la Ville demeurait à l’intérieur de l’enveloppe du budget. En mars 2019, on arrive avec des surprises, des dépassements de coûts, 1000 bons de travail qui n’auraient pas eu de suivi. Vous disiez que vous étiez en colère.»

«Vous allez devoir utiliser vos pouvoirs de maire, car je vous promets que ce ne sont pas les citoyens qui auront à payer ces dépassements de coûts», prévient M. Houle. «Ce n’est pas la faute du citoyen, tous ces manquements au lac à la Tortue.»

Le maire réplique que les élus ont été «pris dans une situation» dans ce dossier, alors que la Ville devait payer les surplus demandés, au risque de paralyser le chantier. «C’est comme ça que ça marche, malheureusement», laisse-t-il tomber.

«Une fois que nous avons les résultats qu’on connaît, on est obligé de s’exécuter et de faire une taxe d’amélioration locale plus élevée que ce que nous avions imaginé», reconnaît le maire. «Par contre, c’est quand même la moitié (de la moyenne des taxes d’amélioration locale à Shawinigan). Ce n’est pas une mauvaise affaire. L’objectif poursuivi est de descendre cette taxe le plus possible. Est-ce qu’on va y arriver? Je ne le sais pas. De l’autre côté aussi, ils se préparent à nous poursuivre.»

Asphaltage

De son côté, Roger Langevin se demande si le conseil municipal ne devrait pas reconsidérer sa position de refiler la facture de l’asphaltage lié à ce chantier aux seuls citoyens desservis par le réseau. À l’origine, ce coût devait être réparti à l’ensemble des Shawiniganais, mais les élus avaient changé d’idée lorsque le projet s’était qualifié pour le Fonds pour l’eau potable et le traitement des eaux usées, qui prévoyait que Québec et Ottawa absorbent 83 % des coûts admissibles plutôt que les 66 % prévus dans le programme Chantier Canada Québec. En 2017, la Ville estimait ces coûts à environ 27 $ par année pour les propriétaires desservis pendant vingt ans.

«Avec la dernière surprise pour l’eau et les égouts au Lac-à-la-Tortue et une hausse moyenne de taxes de 2,24 % qui s’ajoute, pensez-vous pouvoir nous enlever la taxe sur l’asphalte qu’on doit payer en plus?» questionne M. Langevin. «Nous n’avons pas le choix d’accepter les surplus, mais il me semble qu’il serait logique de séparer l’asphalte à tout le monde, avec les tarifs que nous avons à payer.»

M. Angers a simplement répondu qu’il recevait la demande et que les élus réfléchiraient à cette proposition.