Sébastien Doire a vécu, depuis plus de six semaines, l'une des situations les plus intenses de sa vie professionnelle.

Reprendre son souffle après le tourbillon

Le calme est revenu dans le centre des opérations de la Sécurité civile à Trois-Rivières. Dès notre entrée, le directeur régional Sébastien Doire nous accueille café à la main, lui qui a maintenant le temps de s'asseoir un peu plus de deux minutes.
L'image contraste clairement avec le brouhaha d'il y a à peine quelques jours, moment où la région vivait le coeur de la crise des inondations et où une horde de ministres débarquaient pour un point de presse d'urgence, au milieu des intervenants des différents ministères qui coordonnaient tous les appels provenant des dizaines de municipalités sinistrées.
Sébastien Doire ne le cache pas: depuis les six dernières semaines, le sommeil était rare et il n'a à peu près pas vu ses enfants. Le scénario est le même pour la plupart des intervenants de la Sécurité civile, qui n'ont pas calculé les heures sur le terrain pour coordonner les communications, les informations, les opérations et offrir du soutien aux municipalités touchées. 
«On s'est tous mis sur pause dans nos vies durant les dernières semaines. Ce n'était pas rare que le téléphone sonne en pleine nuit pour se rendre sur les lieux d'un autre glissement de terrain. Mes journées commençaient souvent à 4 h du matin alors que j'allais au lit vers minuit. On n'a pas beaucoup arrêté. Mais on sait très bien que le facteur temps joue toujours en gestion de crise et qu'il y a de la lumière au bout du tunnel», constate-t-il.
Mais s'il est vrai qu'il a vécu des journées absolument folles depuis le début du mois d'avril, Sébastien Doire ne voudrait en aucun temps se plaindre, lui qui estime que les sinistrés continuent de vivre bien pire chaque jour, chaque heure. 
«J'ai un peu de temps cette semaine pour rentrer plus tôt à la maison, passer du temps avec mes enfants et même partir ma piscine. Comment pourrais-je me plaindre, alors qu'on a vu des gens dont la piscine a été emportée par l'eau de la rivière ou que leur sous-sol a été complètement détruit. Oui on a travaillé fort, mais ce n'est rien comparé à eux», lance-t-il.
En fait, Sébastien Doire explique que le défi du printemps 2017 est arrivé en deux vagues. La première, un dégel rapide de la glace et de la neige, pour ensuite revenir à une température plus froide. «C'était la première fois qu'on voyait l'aéroglisseur de la Garde côtière sortir si tôt en saison pour défaire des embâcles», se souvient-il.
La seconde vague, imposante, aura été la pluie, qui a d'abord amené son lot impressionnant de glissements de terrain, puis les crues importantes qui ont mené aux inondations des dernières semaines. «En un mois, on a vu autant de glissements de terrain dans la région qu'on en enregistre généralement en deux ans. Juste au début du mois de mai, on a reçu autant de pluie qu'on en reçoit généralement dans tout le mois», rapporte M. Doire, qui estime néanmoins que les municipalités étaient prêtes à y faire face et que le travail a été bien fait.
«On a vécu une crue qu'on vit à peu près une fois aux cent ans, mais les gens étaient préparés. Habituellement, on a tendance à voir les gens en mode réaction, mais la culture au niveau des plans de mesure d'urgence change tranquillement avec les années. La plupart des municipalités étaient préparées, avec de l'information à distribuer, des systèmes de téléphonie ciblée», se réjouit M. Doire.
Toujours difficile toutefois de se préparer à ce qui arrive quand les décisions doivent être prises sur la base de prévisions. Lorsqu'une telle menace s'annonce, mieux vaut alors se préparer au pire, quitte à en faire un peu trop. «Dès qu'on a vu les prévisions, le mot d'ordre était de s'accoter sur la zone inondable du 0-100 ans et de distribuer des poches de sable autour de ces secteurs-là. Si c'est moins pire que ce que les prévisions disent, tant mieux! Le but, c'est de prévoir en conséquence de permettre aux gens de revenir à une vie normale le plus rapidement possible», constate-t-il.
A-t-on donc été trop alarmistes dans la couverture de ces inondations, comme le laissent entendre certains politiciens? Sébastien Doire ne commente pas les impressions de ces gens, mais préfère s'appuyer sur les faits. «On a eu une fois et demie les quantités de neige habituelles au nord. On a battu des records de pluie en avril. On a reçu l'équivalent de toute la pluie du mois de mai en seulement quelques jours. On a pratiquement atteint la zone du 0-100 ans. Si ce n'est pas une situation hors de l'ordinaire, je ne sais pas ce que c'est», évoque celui qui se réjouit d'avoir aussi pu compter sur l'aide de l'armée à travers les opérations.