Nancy Fournier veut porter plainte contre deux médecins et des membres du personnel de l’urgence du CHAUR qui l’ont renvoyée chez elle alors qu’elle avait une plaie qui s’aggravait de jour en jour.
Nancy Fournier veut porter plainte contre deux médecins et des membres du personnel de l’urgence du CHAUR qui l’ont renvoyée chez elle alors qu’elle avait une plaie qui s’aggravait de jour en jour.

Renvoyée chez elle avec une plaie qui s’aggrave

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — C’est deux fois plutôt qu’une que des médecins du Centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières (CHAUR) ont renvoyé chez elle une résidente du secteur Gentilly, alors que la plaie qu’elle a développée à la suite d’une chirurgie plastique s’aggravait.

Venue consulter une première fois le 14 septembre, Nancy Fournier a dû revenir deux jours plus tard à l’urgence du CHAUR, puisque la plaie qu’elle avait grandissait. Or, à chaque fois, elle affirme qu’on l’a renvoyée chez elle avec pour seul traitement une prescription d’antibiotiques. Ce n’est que le 17 septembre, après avoir monté le ton lors de sa dernière consultation, qu’elle a pu voir un chirurgien plastique de garde, qui a enfin pu lui venir en aide.

«Ça n’a pas de bon sens, ça pisse le sang. En une journée, je pouvais passer quatre boîtes de 200 gazes. Ça traverse tout, même les piqués industriels que j’ai à la maison. J’ai même dû me mettre à porter des couches parce que je devais changer de culotte à tout bout de champ», relate Mme Fournier. Cette dernière en avait long à dire sur la façon dont elle dit avoir été traitée au CHAUR. Elle déplore l’attitude des deux médecins généralistes qui l’ont auscultée.

«Les deux fois, quand j’ai demandé s’ils allaient nettoyer la plaie et l’irriguer, ils m’ont répondu que non, ce n’était pas nécessaire. Mais c’est impossible que ça se referme tout seul: au début, c’était de la grosseur d’un petit pois et là, on pourrait y faire entrer un oeuf», illustre-t-elle. Mme Fournier indique qu’elle a dû hausser le ton et se faire très insistante pour rencontrer un chirurgien plasticien de garde, rendez-vous qu’elle a finalement obtenu jeudi et qui lui a permis de recevoir des soins qu’elle estime adéquats.

«Quand il a vu la plaie, il m’a dit: ‘’je comprends que vous ayez pété votre coche’’. Il m’a dit qu’il ne comprenait pas que je ne l’aie pas vu le lundi, alors qu’il était là. Selon lui, c’était évident que ça allait s’agrandir. Il m’a même dit qu’il trouvait que j’avais bon caractère, compte tenu des circonstances», mentionne-t-elle.

Le chirurgien en question a nettoyé la plaie, l’a irriguée et a installé des mèches pour l’aider à guérir, des interventions que réclamait depuis le début Mme Fournier, une ancienne infirmière auxiliaire. Il ne lui reste qu’à espérer que la plaie guérisse avec le temps. La dame ne décolère toutefois pas de la façon dont elle se dit avoir été traitée par le personnel du CHAUR à qui elle a eu affaire, soit les deux médecins généralistes qui l’ont vue, une infirmière et un gardien de sécurité.

«Je vais porter plainte au Collège des médecins, c’est certain. Je veux aussi porter plainte contre l’hôpital, je vais m’informer comment faire, où il faut que j’aille pour le faire. Ça n’a pas de bon sens, j’étais rendue à me dire que je ferais mieux d’aller voir un vétérinaire», s’insurge-t-elle.

La plaie de Mme Fournier, le 14 septembre dernier.

Mme Fournier soupçonne que le fait qu’elle ait subi sa chirurgie esthétique, un lifting des cuisses, en Tunisie ait pu influencer sur le jugement porté par les deux médecins qu’elle a vus. Pourtant, elle assure que l’opération a été mieux faite à l’étranger qu’elle ne l’aurait été au Québec.

«Je me suis fait faire un lifting des mollets au Québec et le médecin m’a charcutée. Mes mollets sont tout plissés, on dirait des poches de patates vides qui fripent. Alors je me suis dit que tant qu’à me faire charcuter au Québec pour 5000 $, j’étais aussi bien d’aller à l’étranger. Et ça a très bien réussi, ce n’est qu’une fois revenue au Québec que la plaie est apparue», relate-t-elle.

Son opération a eu lieu le 31 août. Ce n’est toutefois qu’à son retour au Québec que la plaie est apparue, affirme Mme Fournier.

Un manque de chirurgiens plastiques en Mauricie?

Lorsqu’elle est venue consulter lundi dernier au CHAUR, Mme Fournier affirme s’être fait dire qu’il n’y a qu’un seul chirurgien plastique de garde pour toute la Mauricie. Après vérification auprès du CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, il appert qu’il y en a deux pour la région. Des effectifs que, sans qualifier d’insuffisants, le CIUSSS aimerait augmenter.

«On s’affaire à déployer des actions pour en recruter, mais c’est une spécialité qui est convoitée dans toute la province. Dans un monde idéal, on en recruterait davantage, mais on s’affaire aussi à ce que lors des prises en charge, selon la condition clinique de l’usager, d’autres spécialités connexes viennent prêter main-forte», explique Valérie Provencher, agente d’information au CIUSSS.

Concernant la décision de renvoyer Mme Fournier chez elle sans aucun autre soin, Mme Provencher ajoute que, bien que le CIUSSS ne puisse commenter le cas de ses usagers, le plan de traitement approprié repose entre les mains du médecin qui a fait la consultation.

«Le médecin juge de la condition clinique de l’usager et fait un plan de traitement et de surveillance de l’évolution de la condition. On ne souhaite évidemment pas qu’un usager reste à la maison avec une condition qui se détériore. Le 811 est un bon guide pour voir si l’état de la personne nécessite un déplacement à l’urgence», ajoute-t-elle.

La même plaie, deux jours plus tard.

Mme Provencher indique par ailleurs que toute personne qui désire porter plainte peut le faire en passant par le Commissaire aux plaintes du CIUSSS.