Un élève par banc représente une mission impossible pour les centres de services scolaires.
Un élève par banc représente une mission impossible pour les centres de services scolaires.

Rentrée scolaire: le plus gros défi sera le transport scolaire

TROIS-RIVIÈRES — Alors qu’aucun autre cas de COVID-19 n’a été répertorié sur le territoire des trois centres de services scolaires de la région (nouvelle appellation des commissions scolaires) au cours de la dernière semaine, les enseignants de la région s’attendent à devoir abattre beaucoup de travail de préparation pour être en mesure de démarrer l’année scolaire, en septembre, en fonction des nouvelles mesures sanitaires édictées mardi par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Les directions des centres de services scolaires, de leur côté, prévoient que le pire casse-tête sera du côté de l’organisation du transport scolaire puisqu’il ne pourra y avoir qu’un seul élève par banc dans les autobus.

«Rapidement, nous pouvons déjà dire que le transport scolaire sera un enjeu important sur notre territoire», prévoit le directeur général du Centre de services scolaire du Chemin-du-Roy, Luc Galvani. «Ça va être un enjeu important», prévoit également Pascal Blondin, directeur général du Centre de services scolaire de la Riveraine. La collaboration des parents pour transporter les enfants sera sollicitée, dit-il. «Déjà beaucoup le font puisqu’en ce moment, on ne peut mettre que 12 élèves par autobus», rappelle-t-il.

«Je ne sais pas comment on va pouvoir s’en sortir», avoue le directeur général du Centre de services scolaire de l’Énergie, Denis Lemaire. «Dans notre cas, on parle de 150 autobus et de 6500 élèves qui sont transportés matin et soir. Même si demain matin, on demandait à des transporteurs de mettre 2 autobus au lieu d’un, ils n’ont pas 2 autobus», fait-il valoir.

«Présentement, on est en train d’expérimenter des doubles parcours avec des heures variables d’entrées dans les écoles. Ce n’est pas l’idéal et notre enjeu, c’est que ce sont les mêmes autobus qui transportent les élèves du primaire et du secondaire», explique M. Lemaire.

Les écoles privées aussi s’inquiètent grandement de cette situation et estiment qu’il faudrait privilégier le port du masque au lieu d’une mesure de distanciation sociale, sinon, «les coûts risquent d’exploser», prévient la Fédération des établissements d’enseignement privés.

La présidente du Syndicat de l’enseignement de la Mauricie, Chantal Légaré, estime que l’assouplissement des règles de distanciation aura des effets bénéfiques sur les élèves. «Pour éduquer, il faut aussi socialiser. C’est un de nos mandats.»

D’ailleurs, les directeurs des centres de services scolaires se réjouissent de voir les élèves revenir en classe. «Pour nous, c’est très positif. Il faut vraiment que nos gens reviennent parce qu’on est conscient que l’enseignement à distance, oui ça a pu nous dépanner, mais c’est clair qu’au niveau du décrochage scolaire, il y a un plus grand risque», estime-t-il.

Les nouvelles mesures de distanciation annoncées, incluant la création de sous-groupes, font en sorte que «c’est encore plus complexe», constate Mme Légaré qui n’a pas entendu le ministre, à ce chapitre, parler de masques. «Nos enseignants vont encore avoir besoin de protections, comme des masques. On n’est pas à l’abri d’une deuxième vague», fait-elle valoir, une opinion que partage la présidente du Syndicat de l’enseignement des Vieille-Forges, Claudia Cousin. «La sécurité de tous devra être assurée», estime-t-elle.

«N’oublions pas que si le tout se déroule bien dans le milieu de l’éducation depuis le début de la pandémie, c’est que le personnel y a mis toute son énergie. Le ministre affirme ‘‘avoir confiance’’ et ‘‘faire confiance’’ que nous allons y arriver pour la rentrée 2020. Il devra pour ce faire, collaborer avec nous», plaide toutefois Mme Cousin.


« Des ressources humaines et des moyens financiers supplémentaires devront être déployés pour pouvoir donner une attention particulière à nos élèves en difficulté et à nos élèves vulnérables. »
Claudia Cousin

«Le défi sera grand, mais je sais que nos équipes-écoles feront preuve encore une fois d’une grande collaboration afin de répondre aux exigences de santé publique tout en permettant un retour en classe stimulant pour nos élèves», estime Luc Galvani. «Nous avons l’expérience de la rentrée du mois de mai qui a bien fonctionné alors nous entrevoyons positivement le retour en classe de nos élèves en septembre», dit-il.

Chantal Légaré ne cache pas son inquiétude, toutefois, face aux élèves qui ont fait du suivi pédagogique sur une base volontaire. On a toujours des différences entre nos élèves. On le comprend. On le sait, mais je pense que les différences vont être encore plus accentuées à l’automne. Nos élèves auront cheminé depuis le 13 mars de façons vraiment variables», constate-t-elle.

Il y aura donc du rattrapage à faire en début d’année.

«Il y a des élèves qu’on n’a pas réussi à joindre avec l’enseignement à distance», indique Pascal Blondin. «On a un défi de mise à niveau.» Denis Lemaire indique que la présence pour les formations à distance a varié de 25 % à 50 % des élèves.

Là où se situent encore plus de préoccupations, c’est pour les cours optionnels où, d’habitude, les élèves du secondaire ne sont plus dans leur classe et leur groupe habituels. «On ne peut pas dire à un jeune qui veut s’en aller au collégial et qui a besoin de sa chimie qu’il n’aura plus de chimie parce qu’il ne peut pas entrer dans tel groupe», fait valoir M. Lemaire. Il faudra donc de l’imagination, dit-il.

Pascal Blondin estime qu’il faudra aussi des règles claires pour les périodes de transition comme les dîners, l’utilisation des casiers et les salles de toilettes. «Dans les périodes de transition, si la distanciation n’est pas respectée, on vient un peu travailler contre ce qui est mis en place dans les classes», fait-il valoir.

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Les transporteurs attendent les directives de Québec

La reprise des classes pour tous les élèves du primaire et la majorité de ceux du secondaire promet d’entraîner d’importants défis pour les entreprises oeuvrant dans le transport scolaire. Si les mesures de distanciation physique actuellement en place dans les autobus scolaires doivent toujours être respectées en septembre, il sera impossible de transporter tous les enfants qui prennent normalement chaque matin l’autobus jaune pour se rendre à l’école. Des transporteurs attendent donc avec une certaine impatience les nouvelles règles de la Santé publique. 

Depuis le retour en classe d’une partie des élèves, les transporteurs scolaires doivent s’assurer que les enfants respectent la distanciation physique. C’est pourquoi un autobus qui transporte normalement une soixantaine d’enfants ne peut en accueillir que douze au maximum. En l’absence de règles définies par Québec, les entreprises de transport scolaire ne savent pas à quoi s’attendre. 

«Au niveau du transport scolaire, on ne sait pas encore de quelle façon ça va procéder et combien d’enfants vont être autorisés à prendre l’autobus», mentionne Johanne Paquette, responsable à Autobus La Mauricie, une filiale d’Autobus Auger qui dessert des secteurs de Grand-Mère, Saint-Georges et Shawinigan.

«À la prochaine rentrée, est-ce qu’on va pouvoir embarquer plus d’élèves que les onze qu’on a par autobus actuellement? Est-ce qu’on va devoir faire plusieurs voyages? Est-ce que les horaires des écoles vont être modifiés? Je suis dans l’inconnu.»

Même son de cloche du côté du Groupe Gaudreault, une entreprise qui exploite plusieurs circuits scolaires dans la région. Le vice-président de l’entreprise qui regroupe une flotte de 270 véhicules dans plusieurs régions du Québec, Guy Sirois, nage en plein inconnu à la suite de l’annonce de la reprise de l’école obligatoire en septembre. 

«On a été un peu surpris de l’annonce. Et des questions ont été posées au ministre de l’Éducation et on dit qu’il y aura encore de la distanciation physique. On a beaucoup moins d’élèves par autobus. Donc techniquement, on va devoir avoir beaucoup plus d’autobus», affirme M. Sirois qui précise que cela entraînera inévitablement des défis de main-d’œuvre. 

«Nous avions déjà avant la pandémie une pénurie de conducteurs pour les autobus scolaires. Si ça prend plus d’autobus, je ne sais pas comment on va faire pour régler ça. Le ministre a dit qu’il avait une enveloppe pour ça, mais j’ai bien peur qu’un moment donné, les enveloppes ne suffisent plus.»

Les dirigeants des Autobus Hélie à Bécancour attendent aussi des réponses de Québec. «On ne sait pas du tout comment ça va fonctionner. Est-ce qu’ils vont rajouter des véhicules? On n’en a aucune idée», précise Normand Hélie, le vice-président des Autobus Hélie. «Et oui, il faut les conduire les autobus. Ça va être un sérieux problème.»

La Société de transport de Trois-Rivières(STTR) effectue aussi des transports scolaires pour des élèves du niveau secondaire ainsi que d’écoles privées. Le conseiller en communications de la société, Charles-Hugo Normand, affirme que la STTR va aussi attendre le plan de Québec pour élaborer son plan pour septembre prochain. M. Normand mentionne toutefois que la STTR s’assure depuis le début de la pandémie de respecter les mesures sanitaires en place afin de limiter les risques de propagation pour les usagers et les chauffeurs.