Mgr Jean-Louis Martin et soeur Jacqueline Martin lors de la célébration tenue dimanche à Trois-Rivières soulignant 60 ans de vie religieuse.

Religion: 60 ans au service des autres

Trifluviens d'origines, Mgr Jean-Louis Martin et soeur Jacqueline Martin ne pouvaient imaginer où leur mission religieuse allait les amener lorsqu'ils ont prononcé leurs voeux il y a maintenant 60 ans. Si l'aînée des deux a parcouru le monde comme religieuse et s'est retrouvée au coeur d'événements majeurs comme le génocide du Rwanda, son frère a été nommé évêque de Pucallpa au Pérou à la fin des années 80.
Plusieurs proches et amis se sont réunis dimanche à l'église Jean-XXIII à Trois-Rivières pour célébrer le 60e anniversaire de sacerdoce de la soeur et du frère de la famille Martin. Après une messe bien spéciale, une fête était organisée pour commémorer six décennies de vie religieuse bien remplies.
Jean-Louis Martin et Jacqueline Martin sont nés dans le quartier Saint-Philippe à Trois-Rivières dans une famille pieuse. Très jeunes, les cinq enfants ont perdu leur mère, emportée par une hémorragie le jour de l'An 1941. Cette épreuve difficile à surmonter pour cette famille d'un quartier ouvrier a bien sûr marqué les esprits de tous les enfants. L'aînée de la famille, Jacqueline Martin, n'avait alors que huit ans. 
Quelques années plus tard, Jacqueline Martin a feuilleté une revue des Soeurs missionnaires de Notre-Dame d'Afrique où elle y aperçut une religieuse originaire de son quartier. «Elle était de ma paroisse et elle était déjà en Afrique», se souvient soeur Martin. «Dans cette photo, je voyais la misère humaine en Afrique. J'ai alors senti un appel et je me disais que j'étais capable de faire ça.»
Dès lors, l'idée de consacrer sa vie aux plus démunis de notre planète germait dans l'esprit de la toute jeune femme qu'elle était. «J'ai laissé mûrir l'idée. Un jour, je savais que Jean-Louis allait être ordonné prêtre. Ça faisait déjà onze ans que je gardais la maison, car j'ai dû quitter l'école à 13 ans pour avoir la responsabilité de la maison aidée de mon papa. J'avais 24 ans à ce moment et je me demandais ce que je pouvais faire pour aider. Cette idée de joindre les soeurs revenait souvent», confie la religieuse. «Et finalement, j'ai fait les démarches pour les Soeurs missionnaires d'Afrique. J'étais certaine que j'irais en Afrique.»
Soeur Jacqueline Martin avait raison. Au cours de sa vie de missionnaire, elle a oeuvré dans plusieurs pays africains, dont la Tanzanie, le Kenya, en République démocratique du Congo ou encore au Rwanda. Elle était d'ailleurs dans à cet endroit lorsque la terreur s'est emparée du pays. Témoin des pires atrocités, elle a dû sortir du pays à bord d'un convoi militaire. Le jour même de cette évacuation d'urgence, l'évêque qui l'avait ordonnée a été assassiné. Soeur Jacqueline connaît aussi la misère des camps de réfugiés.
«Lorsque je vois à la télévision les drames humains que ce soit en Syrie ou dans des camps de réfugiés, je sais ce que ça veut dire. Je l'ai vécu», souligne-t-elle. «J'ai vu des gens affamés dans les camps, les sidatiques qui avaient besoin d'aide et les femmes en détresse qui venaient accoucher et qui n'avaient pas de nourriture pour leur bébé.»
Malgré ces moments difficiles, soeur Jacqueline Martin conserve de très bons souvenirs de toutes ses années passées en Afrique. «J'avais la possibilité d'entrer chez les gens», note-t-elle sous le regard admiratif de son frère cadet devenu évêque. «J'ai appris durant ces années la beauté de la personne humaine. L'accueil des Africains est beau. Je les ai vus tout donner alors qu'ils n'ont rien.»
Du quartier Saint-Philippe à évêque au Pérou
Jean-Louis Martin, que les fidèles du Pérou connaissent sous le nom de Monseñor Juan Luis Martin, a été ordonné prêtre de la Société des missions étrangères le 1er juillet 1957 à l'église Saint-Philippe, à  l'endroit même où il assistait aux messes du dimanche avec sa famille.  
Au cours de sa longue carrière comme prêtre, il a oeuvré en Indonésie puis au Pérou. C'est d'ailleurs dans ce pays d'Amérique du Sud qu'il a passé trente ans de sa vie.  
«L'intérêt pour moi était d'aller aider les gens qui en avaient le plus besoin. Et c'était peut-être à l'extérieur qu'ils étaient», souligne tout naturellement l'évêque émérite de Pucallpa qui est très redevable de ses fidèles péruviens. «On va ailleurs pour apporter un message à d'autres, mais on en reçoit un. On pense des fois convertir les autres, mais c'est les autres qui nous convertissent dans bien des cas. Les gens nous transmettent des valeurs.» 
En 2005, Mgr Martin a réalisé un projet qui lui tenait beaucoup à coeur. Il inaugurait la nouvelle cathédrale de Pucallpa, une toute nouvelle église construite pour permettre aux fidèles de se rassembler. Et plusieurs Trifluviens ont contribué à son érection en participant notamment à des activités de financements. 
Quelques années plus tôt, en 2001, Mrg Martin a rencontré le pape Jean-Paul II. Cette brève rencontre a bien sûr été marquante pour lui. De plus, l'élection à la tête de l'Église catholique du pape François, qui était auparavant un cardinal argentin connu pour ses positions progressistes, a été un moment historique pour les fidèles de l'Amérique du Sud, précise l'évêque émérite.  
Après des années de services auprès de l'Église, Mgr Jean-Louis Martin et soeur Jacqueline Martin vivent leur mission différemment. Ils sont tous les deux de retour au Québec et résident respectivement à Laval et Québec. Bien sûr, cela ne signifie pas pour autant une retraite. Ils sont toutefois libérés des obligations administratives des postes qu'ils sont occupées durant leur vie.