Le Tribunal administratif du travail juge impardonnable la conduite d'un enseignant qui a fréquenté de manière inappropriée une élève de 12 ans de son école.
Le Tribunal administratif du travail juge impardonnable la conduite d'un enseignant qui a fréquenté de manière inappropriée une élève de 12 ans de son école.

Relation entre un enseignant et une élève de 12 ans: une «erreur de jugement impardonnable»

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
SHAWINIGAN — Un enseignant en éducation physique embauché en 2004 par la Commission scolaire de l’Énergie a été congédié le 11 novembre 2016 à la suite de fréquentations inappropriées avec une élève de 12 ans d’une classe de 6e année de son école. L’affaire a refait surface cette semaine, car le Syndicat de l’enseignement de la Mauricie avait déposé un grief et défendu cet enseignant en faisant valoir qu’aucune plainte n’a été formulée par l’enfant, ni par ses parents, la DPJ ou la police, bref qu’aucune faute n’a été retenue contre lui. Le tribunal d’arbitrage vient de trancher et rejette la demande du Syndicat.

Puisqu’il n’y a eu aucune accusation criminelle dans cette histoire, Le Nouvelliste a pris la décision de ne pas nommer l’enseignant en question ni l’école où il travaillait. L’histoire n’en est pas pour autant moins intéressante puisque l’arbitre qui a rejeté le grief, Me Richard Bertrand, estime que l’enseignant a commis «une erreur de jugement impardonnable et une faute d’une extrême gravité», surtout de la part d’un enseignant.

L’homme en question, dans la quarantaine, marié, père de trois enfants, n’a peut-être pas fait d’attouchements ou autres gestes plus graves encore à l’enfant. Toutefois, la jeune fille était amoureuse de lui. Non seulement n’a-t-il rien fait pour l’en empêcher, mais au contraire, il lui donnait des cours de golf, l’invitait au restaurant, lui textait des messages «presque 24 heures par jour». Il l’a également invitée à un match des Cataractes accompagné, cette fois, de sa femme et de ses enfants. Il allait manger de la crème glacée chez McDonald avec elle. La plupart du temps, les parents de la jeune fille étaient au courant de ces activités.

Toutefois, des collègues, de même que la direction de l’école se sont vite aperçus du rapprochement anormalement étroit entre l’élève et son enseignant d’éducation physique. Ce dernier a d’ailleurs reçu de nombreux avertissements de leur part. Selon le jugement rendu par l’arbitre, même si des drapeaux rouges se sont levés à plusieurs reprises et qu’on lui recommandait avec fermeté de mettre un terme à cette relation, l’enseignant semblait ambivalent. Il trouvait que «c’est difficile, que ça ne se fait pas comme ça».

La directrice de l’école a finalement jugé bon d’en aviser la mère de la jeune fille et de lui faire part de ses inquiétudes face à cette relation malsaine. La mère lui a répondu qu’elle n’avait pas d’inquiétude, que sa fille «n’est pas rendue là».

Le jugement indique que la jeune fille de 12 ans était plus avancée que les autres dans son développement physique. «Ce que je vois, c’est un adulte qui ressent dès les premiers instants un sentiment trouble à l’égard d’une fillette qui a l’air d’une femme. La jeune fille semblait avoir une aisance particulière pour jouer au golf, ce qui a servi de porte d’entrée au rapprochement avec son enseignant.

L’enseignant s’est senti anxieux dès le début de cette affaire, toutefois, au point où après un certain temps, à la suggestion d’un voisin qui lui trouvait un air inhabituel, il s’est rend à l’urgence pour consulter un psychiatre. «J’ai décidé de consulter avant qu’il arrive quoi que ce soit», a-t-il confié au tribunal d’arbitrage. C’est le médecin de garde qui le reçoit puisqu’aucun psychiatre n’est disponible. Le médecin note au dossier: «Obsession amoureuse. Symptômes dépressifs».

Il verra deux psychiatres subséquemment. À ce stade-là, son couple est bord de la rupture. De son aveu, sa relation avec la jeune fille «dépassait le cadre de la relation professeur-élève. Il y avait ‘‘un courant’’ ou une ‘‘chimie’’ qui se développait. Vers la fin, j’avais des pensées plus sexuelles envers elle et c’était peut-être réciproque», a-t-il déclaré au cours de son témoignage.

L’arbitre de grief souligne que selon la preuve médicale, l’enseignant «ne souffrait d’aucune maladie pouvant justifier son comportement. Je dois me demander s’il est acceptable qu’un éducateur de 45 ans non seulement tombe amoureux d’une enfant de 11 ou 12 ans, eut-elle même l’apparence physique d’une jeune femme, mais également qu’il laisse se développer chez cette enfant ce qui a toutes les apparences d’un sentiment amoureux, qu’il multiplie les occasions de rencontres et de risques, à telle enseigne, qu’il admet lui même ‘‘qu’il était temps que ça s’arrête’’», résume l’arbitre.

Me Bertrand souligne que l’enseignant «n’admet pas la gravité de sa faute et n’offre pas de repentir véritable. Cette faute est encore plus impardonnable lorsque celui qui la commet est un éducateur à qui la société confie ses enfants. Je crois que la conduite du plaignant frappe au cœur même de ce qui constitue l’essence de la vocation d’un enseignant.»

Même s’il y a absence de plainte et de poursuite criminelle, dans cette affaire, «cette conduite n’est pas atténuée par l’absence d’agression sexuelle», affirme Me Bertrand.

La présidente du Syndicat, Chantal Légaré, n’a pas voulu commenter la décision, vendredi. Du côté de la Commission scolaire de l’Énergie, on se dit satisfait du jugement puisque les gestes reprochés ont brisé le lien de confiance avec cet enseignant, explique la responsable des communications, Amélie Germain-Bergeron. La protection des élèves, fait-elle valoir, est prioritaire pour la Commission scolaire.