Les syndiqués de l'usine Sural ont accepté de faire certains réaménagements dans leur régime de retraite en vue d'une relance de l'usine.
Les syndiqués de l'usine Sural ont accepté de faire certains réaménagements dans leur régime de retraite en vue d'une relance de l'usine.

Relance de l’usine Sural: les syndiqués s’entendent avec l’acheteur potentiel

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
Bécancour — Le vent a rapidement tourné dans le dossier des négociations entre le Syndicat des Métallos et l’entreprise brésilienne Alubar, pressentie pour la relance de l’usine Sural à Bécancour, fermée depuis février dernier. Réunis en assemblée générale, vendredi soir, les syndiqués ont en effet consenti, dans une proportion de 93,2 %, à des réaménagements dans leur convention collective, moins de deux semaines après avoir refusé la première proposition de la Brésilienne, dans une proportion à peu près égale.

«On a accepté de faire certains réaménagements dans le régime de retraite. Mais l’essentiel de la convention collective est préservé », déclare Sylvain Amyot, président de l’unité syndicale membre de la section locale 9700, dans un communiqué émis samedi matin. On précise que l’entente ne concerne que l’usine de Bécancour. L’autre usine de Sural, à Victoriaville, n’ayant pas les mêmes créanciers, fera l’objet d’une autre démarche visant à la relancer, fait valoir le syndicat.

Le rejet de la première offre de l’acheteur potentiel avait été accueilli avec une certaine déception par les acteurs locaux, la région se relevant à peine d’un long et difficile conflit à l’ABI, dont Sural est justement un client important. «On vient d’en essuyer un conflit, on n’en veut pas d’autres», avait alors commenté Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour.

Aujourd’hui, le maire Dubois voit toutes les raisons de se réjouir. «On peut présumer d’une réouverture prochaine», avance-t-il. Pour lui, la relance de Sural s’inscrit dans la continuité logique de la reprise du travail à l’ABI. «Toutes les conditions sont là, les conditions de proximité, les conditions de facilité de transport, toute la logistique est déjà préparée, c’est vraiment l’entreprise idéale pour être en suivi d’ABI», analyse le maire. «Je pense que Bécancour est en train de reprendre son rythme de croisière», s’enthousiasme-t-il, soulignant du même souffle que sa municipalité a eu droit à son lot de difficultés au cours des dernières années.

Jean-Claude Bernatchez, professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, accueille aussi la nouvelle avec positivisme. S’il se garde de risquer des pronostics pour la suite des choses, il soutient néanmoins que les conditions sont réunies pour un dénouement heureux. «Québec y tient. ABI y tient, ça fait partie de son modèle d’affaires. Les travailleurs et le Syndicat des Métallos y tiennent aussi, ils ont réussi à s’entendre sur un nouveau projet de convention collective», fait-il valoir.

Appelé à commenter le revirement rapide et drastique de situation dans le processus de négociation, le professeur Bernatchez souligne d’abord que le caractère quasi unanime des décisions des syndiqués est caractéristique des petits milieux de travail. 

Quant au changement de cap, le professeur croit que le gouvernement du Québec a probablement fait œuvre de pédagogue en expliquant le modèle québécois de conditions de travail aux dirigeants d’Alubar. Il rappelle que l’article 45 du Code du travail prévoit le maintien de la convention collective par le nouvel acquéreur. Cela ne l’empêche toutefois pas de conditionner son offre d’achat à un réaménagement de celle-ci, précise-t-il.


Le professeur Jean-Claude Bernachez qualifie le résultat des négociations de «gagnant gagnant»

Une valeur symbolique

M. Bernatchez souligne que «l’usine de tube de Bécancour faisait partie de la stratégie de diversification industrielle du Québec». À cet égard, et malgré sa taille somme toute modeste, avec ses quelque 60 employés, elle a une valeur symbolique pour la population, selon lui. D’où le capital de sympathie dont jouissaient les employés dans cette même population, dans le cadre de leurs négociations avec l’acheteur potentiel, analyse le professeur.

Pour ce qui est des concessions qu’ont dû faire les travailleurs, Jean-Claude Bernatchez estime qu’ils conservent l’essentiel de leur convention collective. «Ils ont fait leur principal compromis sur leur régime de retraite à prestations déterminées, qu’ils ont probablement adapté en un régime de retraite à prestations ciblées ou à financement salarial», croit-il.

La rapidité avec laquelle se sont conclues les négociations laisse finalement entrevoir que les relations entre le syndicat et l’acheteur éventuel semblent s’établir sur la base du respect. Si Alubar a pris acte du modèle québécois de conditions de travail, il soutient que les travailleurs jouissaient d’une excellente convention collective. «Il y avait place au compromis», commente-t-il. Il qualifie le résultat final de «gagnant gagnant».

L’étape de la négociation avec le syndicat étant maintenant réglée, il restera à voir comment se négocie l’achat, si celui-ci doit aller de l’avant, continue le professeur Bernatchez. En plus des rénovations à prévoir, il rappelle que quand Sural a fermé, la compagnie devait 39 millions $ à ABI. «Sûrement qu’ABI va chercher à retrouver sa mise», note-t-il.