Sylvie Boisvert tente de convaincre les résidents de toutes les zones qualifiées pour la demande d’approbation référendaire du changement de zonage de la route des Champagne de se déplacer pour signer le registre à l’hôtel de ville, vendredi.

Registre pour le projet du lac Vincent: une vraie guerre de tranchées

Shawinigan — Le projet de construction de maisons à vocation touristique sur la route des Champagne, dans le secteur du lac Vincent, se transforme en guerre de tranchées. Vendredi, des résidants en périphérie dicteront la suite des événements parce que les promoteurs se sont mobilisés pour qualifier trois zones afin d’augmenter le nombre de signatures requises au registre à l’hôtel de ville de Shawinigan.

La stratégie a été maintes fois utilisée au fil des années. Dans le cadre de ce dossier, seulement 20 signatures auraient été requises au registre de vendredi si seules la zone directement concernée par le changement de zonage pour permettre l’usage de résidences de tourisme et celle des riverains du lac Vincent avaient été qualifiées. Mais parce que les propriétaires de trois autres zones contiguës ont été sollicités par les promoteurs, le bassin de population a augmenté. Il faudra ainsi atteindre 41 signatures pour envoyer ce débat en référendum ou pour forcer les élus à abandonner le projet.

Cette situation met hors d’elle Sylvie Boisvert, militante de la première heure contre ce projet de développement de six maisons touristiques. Elle-même responsable de recueillir des signatures dans son secteur pour la demande d’approbation référendaire, elle se demandait pourquoi trois autres zones contiguës au projet, mais nettement plus éloignées, s’étaient qualifiées pour la suite du processus.

L’une de ces zones est située le long de la rivière Saint-Maurice. Une autre se trouve juste derrière, en deuxième rangée, avant l’entrée de la route des Champagne. La troisième, immense, couvre une superficie qui s’étend jusqu’aux portes du lac des Piles! Les résidents de ces trois territoires peuvent se prononcer parce que leur zone est contiguë au projet présenté par Jimmy et Mélissa Marcouiller. L’homme d’affaires confirme qu’il a sollicité l’appui de ces résidents au cours des dernières semaines.

«Nous avons travaillé là-dessus», commente M. Marcouiller. «Nous mettons toutes les chances de notre côté pour assurer la viabilité de notre projet. Nous avons été très bien reçus dans ces zones, avec des mots d’encouragement. Nous sommes confiants.»

«Si jamais ça allait au référendum, ces gens seraient prêts à voter parce qu’ils sont en faveur de notre projet», ajoute-t-il.

Mme Boisvert tente de faire comprendre aux mêmes personnes que les promoteurs peuvent construire les maisons sans problème, mais qu’elle lutte pour interdire leur exploitation commerciale.

«Dans ces trois zones, il y aurait zéro impact», fait-elle remarquer. «Aucun impact sur la rivière Saint-Maurice. Je suis allée jusqu’au rang St-Olivier... c’est loin! Les gens n’ont pas tous compris ce que leur signature signifiait.»

Il n’en fallait qu’une douzaine par zone pour la qualifier. Cette récolte permet non seulement de doubler le nombre de signatures requises au registre vendredi, mais également de diluer le poids des opposants lors d’un éventuel référendum, le cas échéant.

«Je ne comprends pas pourquoi les promoteurs demandent une approbation référendaire, puisque la Ville a accepté leur projet», souligne Mme Boisvert. «Les personnes qui sont contre veulent avoir un droit de parole.»

Étienne Vincent, président de l’Association des propriétaires du lac Vincent, déplore également que la barre du nombre de signatures soit haussée.

«La vraie zone concernée, c’est à partir du chemin des Champagne», croit-il. «Il y a environ 30 personnes qui habitent là et là-dessus, il doit y en avoir 20 qui ont des chalets. Mobiliser 41 personnes dans ce contexte, ça n’a pas beaucoup de bon sens. Même si on avait 100 % de participation dans notre secteur, ce serait insuffisant. Autrement, il faut convaincre des gens qui n’ont aucun lien avec cette histoire. C’est loin d’être gagné.»

La démarche des promoteurs demeure tout à fait conforme, souligne Me Chantal Doucet, directrice du Service du greffe et des affaires juridiques à la Ville de Shawinigan. En fait, la demande d’approbation référendaire n’est pas mise en place uniquement pour les opposants, mais aussi pour ceux qui, pour toutes sortes de raisons, souhaitent que le projet concerné se réalise.

«Je considère que c’est un processus très, très ardu», déplore Mme Boisvert. «En plus, dans notre secteur, ce sont des chalets d’été. Ils sont maintenant fermés et les gens habitent à l’extérieur. Ce n’est pas évident de déplacer les gens (pour la signature de registre).»

Mme Boisvert a pris son bâton du pèlerin pour expliquer aux riverains du Saint-Maurice et des deux autres zones plus éloignées les enjeux autour de ce projet. Elle offre même le transport pour ceux qui ne pourraient se déplacer pour signer l’important registre de vendredi.

«On ne veut pas les empêcher de construire des maisons», insiste-t-elle. «On veut juste éviter que ce soit commercial.»